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WEMaintain, la remise de la valeur réelle à celui qui la mérite

Jade Francine, Benoit Dupont et Tristan Foureur, fondateur de WeMaintain

Créée par Jade Francine, Benoit Dupont et Tristan Foureur, WeMaintain, cette startup, qui digitalise le processus lié à la maintenance et à la réparation des ascenseurs, revalorise le métier de technicien ascensoriste. Elle rencontre un franc succès avec déjà 48 salariés et 2 levées de fonds à son actif. Cette entreprise prend à cœur de redonner de la valeur à ceux qui développent une économie ancrée dans la vie quotidienne et qui contribuent dans l’ombre à notre bien-être de tous les jours.

L’origine de l’idée de WEMAINTAIN et la fondation de l’équipe


Les germes de l’idée viennent à la base de Benoit Dupont, un des trois associés, qui, après un passage chez OTIS, s’aperçoit alors que son industrie est statique et que rien ne bouge en comparaison des métiers de service qui évoluent rapidement à la suite de l’arrivée du digital. Alors qu’il se trouve en Chine, le projet mûrit dans sa tête et il se dit qu’il pourrait très bien se développer à Paris et dans sa banlieue car le marché n’a toujours pas pris en compte le digital et qu’il représente un très grand potentiel en termes d’ascenseurs. A son retour en France, il discute avec Jade Francine, en poste dans un cabinet d’avocat d’affaires, qui est séduite par le projet : « Le projet me plaisait énormément parce qu’il répondait vraiment à un besoin et je me disais que je voulais participer à quelque chose qui a vraiment du sens, qui a un impact sur la société. ». Le projet lui plaît d’autant plus qu’elle a l’habitude d’accompagner les start-ups dans les phases de création et de levée de fonds. « Je connaissais bien la partie montage de projet et j’ai accompagné de nombreuses start-ups qui était dans l’e-commerce. Je trouvais certains projets intéressants mais je désirais que l’entreprise ait un peu plus de sens » nous confie la cofondatrice. Alors que les discussions se poursuivent en 2017, ils rencontrent un troisième associé potentiel en juin. Ils s’aperçoivent qu’il serait l’associé idéal pour devenir leur CTO mais pensent qu’il ne sera pas intéressé pour les rejoindre. Celui-ci dispose du bon profil avec des expériences sur des postes techniques très avancés, une compétence « nécessaire » pour l’entreprise. Au cours de leurs échanges, Jade et Benoît lance « ce serait bien que tu nous rejoignes » et à leur grande surprise celui-ci leur répond positivement « c’est très bien que vous m’en parliez parce que je n’osais pas le faire ». Ni une ni deux, dès le mois d’août, ils se retrouvent à trois.

Le concept en lui-même


Le concept est relativement simple : il s’agit de se servir des outils digitaux pour donner un service plus qualitatif aux gestionnaires d’immeubles, d’immeubles de copropriété, de bureaux ainsi que les copropriétaires, bref tous ceux qui sont amenés à gérer des ascenseurs, en leur offrant un service réactif et un maximum de visibilité sur ce qui se passe. De l’autre côté, les techniciens souhaitent continuer à être proches des immeubles dans lesquels ils maintiennent les ascenseurs tout en étant plus réactifs et désirent davantage d’indépendance. Le concept prend forme et ils décident d’utiliser les outils digitaux pour mener à bien cette mission : « WeMaintain a développé une application mobile pour les techniciens et la plateforme clients en co-construction avec ces derniers. En parallèle, l’équipe IoT a développé un boîtier de maintenance prédictive qui permet d’assister le technicien dans sa maintenance et qui fournit des informations essentielles sur l’utilisation du bâtiment. N’étant pas intégré au contrôleur de l’ascenseur, le risque de cyber sécurité est inexistant. Cet outil digital leur permet de bien s’organiser pour la maintenance et de remonter directement l’information du technicien vers l’espace client ». Et pour cause l’organisation joue un rôle fondamental avec des contrats généralement « d’un an qui comportent de nombreuses échéances qui sont réglementaires. Il faut donc savoir s’organiser sur les dates de visites notamment et avoir le bon matériel à disposition afin d’assurer la sécurité des utilisateurs comme du technicien » nous raconte Jade Francine.

Des techniciens de l’ombre


Si le concept fonctionne, il s’agit avant tout de convaincre des techniciens qui sont des experts de leur domaine. Les cofondateurs se penchent alors fortement sur leur motivation. « On a constaté qu’il y avait une certaine lassitude notamment car ils étaient surchargés en ascenseurs. Ils n’avaient pas le temps de faire du travail de qualité alors que ce sont des gens qui ont des compétences techniques très pointues. Il y a beaucoup de contextuel en fonction de l’immeuble, de l’ascenseur ou encore des conditions de la panne. Ces derniers désirent qu’on repense le rythme de travail en fonction de tous ces éléments et pas seulement de devoir faire un nombre d’ascenseurs par jour ». Les techniciens, des hommes que l’on ne voit que très rarement, veulent une chose très simple : être proches des immeubles dont ils s’occupent et de gérer leur temps comme ils le souhaitent. Finalement les dirigeants qui pensaient que ces derniers désiraient être salariés par l’entreprise s’aperçoivent qu’ils veulent en réalité liberté et autonomie, ce qui implique un modèle où le technicien est à son compte car « ils désirent être comme un artisan qui se gère et veulent leur entreprise et la maîtrise de leur temps. Il est apparu au fur et à mesure des discussions qu’ils voulaient être responsabilisés et pouvoir se gérer. Cependant, ils ne voulaient pas s’occuper de certains aspects comme le chiffrage ou encore trouver les pièces détachées. D’autre part, Ils rencontraient une difficulté avec les assurances qui étaient très frileuses pour assurer des indépendants ». Le concept s’affine et les cofondateurs créent un environnement où le technicien est pleinement dédié à la maintenance et où les fondateurs s’occupent de tout ce qui est à côté (outils technologiques, le chiffrage, les commandes de pièces…)

Un concept qui prend rapidement


Alors que l’entreprise prend forme, Benoit Dupont contacte les membres de son ancien réseau qui ne sont alors plus forcément en poste dans son ancienne entreprise. Il faut dire que 8 ans se sont écoulés depuis ce moment. Très rapidement, un engouement se crée autour du projet et la rumeur circule dans le petit milieu de l’ascenseur et les fondateurs se dotent rapidement d’une ressource technique en interne avec un directeur qui devient leur premier salarié ainsi qu’un commercial qui « avait du réseau chez les syndics car on n’y rentre pas comme cela et qui nous a rejoints rapidement ». En novembre 2017, l’équipe compte alors déjà 7 personnes avec un grand défi : celui de convaincre les syndics qui ont besoin de temps car il ne suffit pas d’être intéressé lors de la présentation mais bien que les contrats arrivent à échéance. Au final, le démarrage doit beaucoup à l’insatisfaction des clients qui d’ailleurs ne les contactent que dans ce cas. « Si un client nous appelle en général, c’est qu’il n’était pas satisfait à la base. Quand les gens n’ont pas de problèmes d’ascenseurs ils ne viennent pas nous voir. Il faut que quelque chose n’aille pas pour qu’ils aient envie de changer de prestataire. Cette insatisfaction peut être liée aux pannes, au manque de communication, … La grande difficulté n’était pas de convaincre car les grands comptes et les personnes en charge connaissent bien l’activité. Ils adhèrent toujours à notre façon de voir les choses mais il faut le bon timing pour qu’ils puissent essayer. »

La remise de la valeur à celui qui la mérite


Si la société démarre si bien, c’est avant tout parce qu’elle redonne de la valeur à ceux qui la créent. Ce sont ainsi les techniciens qui profitent au maximum des contrats, un désir d’ailleurs profond de la cofondatrice « La crise avec le confinement a permis de mettre en avant les gens qu’on ne voit pas que ce soit les livreurs, les caissiers et les techniciens notamment qui sont sur le front. Une des propositions de valeur que nous faisons là-dessus c’est que les techniciens touchent une très grosse partie du contrat de maintenance et donc ils ont des rémunérations plus intéressantes qu’auparavant. Ce sont ces gens que l’on prend un peu pour acquis et qui ne sont pas remplaçables par des machines et des algorithmes, qui y passent du temps et qui sont là même dans les pires situations. » Une réalité qui plaît aux clients. « Cela touche beaucoup nos clients de voir que quand ils payent une prestation cela va chez le technicien car il faut savoir là où va l’argent. On voit que cela motive de payer la bonne personne. »

Des levées de fonds successives


Pour que le concept se développe et prenne vie, les cofondateurs ont décidé de réaliser plusieurs levées de fonds dont la première, début 2018 avec 1,8 millions d’euros afin de renforcer les équipes de développeurs et d’avoir la technique informatique en interne. « Nous ne voulions pas l’externaliser et c’était important qu’ils puissent discuter avec notre directeur technique afin de pouvoir embaucher. Nous n’étions pas encore rentables et nous avons levé des fonds car nous voulions grandir très rapidement notamment en nombre de clients. ». Pour cela, ils s’adressent à des investisseurs qui connaissent bien le milieu : « ils savaient que la montée en puissance allait prendre du temps car ils connaissaient le domaine ». Cette levée de fonds permet également de construire l’espace client et de faire en sorte que l’application soit pratique pour les techniciens et donne du temps pour démarcher et se faire connaître des clients. Pour achever de les convaincre, ils décident d’ailleurs de signer en premier quelques grands comptes afin de rassurer les copropriétaires. « Nous avons fait un effort commercial important pour trouver les grands comptes et j’ai personnellement fait de nombreuses démarches en ce sens » nous raconte la cofondatrice. Mais ils ne s’arrêtent pas là et décident de procéder à une seconde levée de fonds en avril 2019. Le but ? Pas l’internationalisation qui est d’ailleurs reportée. Ils désirent simplement se développer encore plus rapidement et en région parisienne en priorité car « notre service est bon quand il y a de la densité et donc de la proximité. Il faut comprendre que Paris-Ile de France c’est 40 % des ascenseurs situés en France et la stratégie est donc de continuer. Notre développement passe actuellement plus par les clients qui ont signé en 2019 et qui nous donnent davantage de parcs. Une fois que cela leur plait et que nous avons fait nos preuves, ils veulent continuer. »

Un maintien de la culture d’entreprise et la transmission de valeurs nécessaires


Pour que l’entreprise continue à se développer et fonctionne parfaitement, la culture d’entreprise et la transmission des valeurs restent nécessaires et représentent une des clés du succès. « Ce n’est pas vraiment un défi mais nous y passons énormément de temps. Tout ce qui touche à la culture d’entreprise est fondamental car nous avons des personnes qui ont des profils très variés avec des techniciens pour les ascenseurs, des développeurs, des datas scientist… Du coup, c’est un challenge pour qu’ils partagent les mêmes valeurs et voient de la même manière l’entreprise qu’ils soient sur le terrain ou au bureau, qu’ils aient 20 ans ou 2 ans d’expérience. Il faut qu’ils restent alignés sur la raison pour laquelle ils ont rejoint WeMaintain ». Pour ce faire les entrepreneurs communiquent très régulièrement et se servent des valeurs qui sont utilisées au travers des échanges sur la plateforme : « Pendant le premier mois, toutes les personnes de l’équipe pouvaient discuter avec une autre tirée au sort. Cela permettait aux gens de se découvrir. Ensuite nous avons plusieurs rituels chez nous comme le Weekly meeting, une fois par semaine l’équipe les lundis peut poser toutes les questions qu’elle veut à l’équipe fondatrice, tout le monde se connecte. Ensuite nous avons profité du confinement pour augmenter la communication. Aussi en interne, nous pouvons féliciter quelqu’un de l’équipe et ils font très souvent référence à une des valeurs. ». Attention à ceux qui ne répondent pas aux messages et qui risquent de se voir reprocher de n’être pas très « care » (attentionné, ndlr).

Des défis encore à venir


Si l’entreprise a su conquérir, les fondateurs ont encore des défis à relever et notamment celui de la féminisation, particulièrement désirée par Jade Francine. « Nous sommes à la frontière entre le monde des techniciens et celui des développeurs mais qui ne sont pas très féminins. Nous avons 35 % de femmes dans les équipes et j’aimerais vraiment augmenter le pourcentage, ce qui reste compliqué mais je ne désespère pas ! Je suis contente en revanche que personne n’ait quitté l’équipe depuis le début ». Un défi à relever en même que celui de continuer leur croissance et notamment de tripler rapidement, sachant qu’ils pourront sûrement compter sur la moitié de la croissance qui devrait venir de l’existant. 

Les grandes valeurs de l’entreprise

  1. Le Care : déjà à la base WeMaintain a été construit autour du fait que le client et le technicien manquent de considération alors qu’il s’agit des deux personnes clés. Nous appelons cela l’attention ou le « care » c’est à dire de faire attention à chaque personne, non pas parce qu’il y a une relation hiérarchique ou de vente mais de considérer les différences et que ce n’est pas parce que certains pensent autrement que nous avons forcément raison. On n’a pas raison tout seul.
  2. La détermination : l’autre aspect est que les gens doivent avoir de la détermination. Il faut être très motivés. Nous sommes entrés dans un monde où les acteurs étaient là depuis des décennies et qui n’avaient pas bougé. Il fallait donc une certaine détermination pour faire bouger les lignes. L’autre aspect est que nous avons toujours eu l’idée de faire une boite internationale et nous nous disions qu’il n’y avait pas de raisons pour qu’il n’y ait pas de grosses start-ups en France. Nous en voyons certains y parvenir, nous ne voulions pas faire un champion chinois ou américain. Nous voulions que la France ait son rôle à jouer.
  3. La différence et la singularité : enfin nous aimons la différence et la singularité car nous pensons que quand les gens viennent comme ils sont, ils se sentent bien dans leurs baskets et donc mieux avec les autres. Il n’y a pas de compétition malsaine et cela crée une ambiance agréable. Il faut être soi-même et donc authentique. 

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