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Interview de Marc du Pontavice, Fondateur et président de Xilam, société de production audiovisuelle et multimédia

Présentez-nous votre parcours ?

Peu de temps après la fin de mes études, le groupe Gaumont est venu me chercher pour démarrer une activité dans laquelle ils souhaitaient se développer : la production de télévision. En 1990, Gaumont Télévision a été créé et nous avons rapidement connu d’importants succès, comme la série Highlander qui s’est fait connaître dans le monde entier. En 1994, j’ai eu envie d’acquérir une autonomie éditoriale de producteur et c’est ainsi que j’ai proposé à Gaumont de créer une nouvelle division, Gaumont Multimédia. Avec cette nouvelle entité, j’ai lancé de nombreux projets de dessins animés, de jeux vidéo et de sites Net. Là aussi, nous avons connu des succès impressionnants et très rentables comme Oggy et les cafards ou les Zinzins de l’espace. En 1999, Gaumont a décidé de se séparer de cette branche, que j’ai rachetée et renommé Xilam. Ensuite, j’ai continué à développer cette affaire en toute indépendance, puis j’ai eu envie de l’amener en bourse pour intensifier son développement. Xilam est donc entrée à la Bourse de Paris en 2002.

Pourquoi Gaumont avait-il décidé de se séparer de cette branche multimédia ?

Acette époque, le groupe investissait massivement dans les multiplexes et consacrait toute la trésorerie à cette activité. Pour eux, il n’était pas stratégique de conserver le pôle multimédia, activité considérée comme périphérique, au sein de Gaumont.

Créer votre entreprise a donc été une histoire d’opportunité ?

Même si je ne cultivais pas le rêve de créer mon entreprise, j’ai depuis toujours eu un tempérament très indépendant. Chez Gaumont tout se passait très bien. L’activité de Gaumont multimédia était un peu à part et le groupe me laissait une grande autonomie. Quand Gaumont a décidé de se séparer de cette branche, j’ai voulu mener la logique d’indépendance jusqu’au bout. J’ai profité de cette belle occasion pour me lancer.

Vous avez racheté l’entreprise avec vos fonds propres ?

J’ai fait un montage financier qui me permettait de racheter la branche multimédia à un prix abordable en conservant la totalité du capital. J’avais passé des accords de diffusion importants avec une firme allemande dont les besoins d’investissement étaient très importants car elle venait tout juste d’être cotée en bourse. Ces fonds ont été suffisants pour que je puisse racheter Gaumont Multimédia. Le groupe a consenti un prix très correct et plutôt favorable en ce qui me concerne. J’ai pu financer la boîte, en partie en cash et en partie grâce à un crédit-vendeur, ce qui m’a permis de rester indépendant.

Au moment de la création, avez-vous eu peur de vous lancer ?

Je n’ai pas eu de doutes, mais j’ai eu des peurs. Quand on est entrepreneur on a toujours peur car l’entrepreneuriat est toujours lié à la notion de risque. Dans mon cas, lorsque je me suis lancé, je connaissais parfaitement le marché et j’y étais déjà bien implanté. Dès le lancement de Xilam, j’avais déjà un portefeuille de productions en cours et un carnet de commandes. La peur demeure présente, bien sur, car il faut gérer la trésorerie. Comme toute activité de commandes, notre métier génère un stress important. Chaque année nous devons chercher de nouvelles commandes, ce qui demande énormément d’énergie et de confiance.

Qu’avez-vous retenu de votre passage dans un grand groupe ?

J’ai appris deux choses qui me servent aujourd’hui : à structurer mon entreprise en termes d’encadrements et à toujours travailler avec des personnes expertes dans leurs domaines.

Le leadership, l’avez-vous de manière innée ou bien avez-vous dû le développer ?

C’est dans mon tempérament. Selon moi, le leadership, n’est pas une question d’autorité ou de commandement, mais une affaire de capacité à tirer les autres vers le haut. Un bon dirigeant emmène avec lui ses salariés à un niveau auquel ils ne travailleraient pas forcément s’ils avaient un poste dans un grand groupe, avec des responsabilités plus segmentées.

Confiez-vous beaucoup de responsabilités à vos salariés ?

Je délègue assez facilement. Il s’agit davantage d’une affaire de dialogue que de répartition des responsabilités. Le bon fonctionnement de ce type d’organisation au sein de Xilam réside dans le fait que, dans une structure moyenne comme la nôtre, l’échange avec l’ensemble des cadres peut se faire quotidiennement.

Avec l’expérience, j’ai fait évoluer l’organisation interne de la société. Suite à l’entrée en bourse, j’ai pensé, dans un premier temps, qu’il fallait introduire une notion de direction générale au sein de Xilam. Pendant plusieurs années, tout s’est bien passé, mais, quand le DG a quitté l’entreprise, je ne l’ai pas remplacé. Je me suis rendu compte que, lorsque, sur une activité comme la nôtre, vous avez un DG, les cadres qui travaillent avec lui ont tendance à se sentir déresponsabilisés ou infantilisés. Lorsque le DG est parti, les cadres se sont sentis responsabilisés. La délégation, au lieu d’être centralisée, s’est trouvée distribuée sur l’ensemble des cadres qui dirigent la maison.

Dans vos locaux sont placardés de petites affiches annonçant : « Le dernier mercredi du mois, c’est jour de massage ». Qu’est-ce qui vous a motivé à organiser cette activité pour vos salariés ?
Il y a quelques années, j’étais à New York, en visite dans une entreprise du secteur. J’avais été un peu surpris car je voyais des gens se faire masser à droite à gauche dans les bureaux. J’ai trouvé cette idée formidable car, dans notre métier, les gens passent tout leur temps devant leur écran. Cela leur fait beaucoup de bien d’avoir la possibilité de se délasser de la sorte une fois par mois. Dans une activité qui requiert une grande concentration, le corps doit suivre autant que la tête. Les 20 min de massage ne sont pas trop chères et cela procure un grand bien-être aux employés.

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