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Quelle idée de copier un dessin ancestral des indiens Kuna du Panama

Difficile d’être créatifs quand nos ancêtres ont déjà été tellement inspirés et nous offrent une kyrielle de merveilles. Pourtant l’innovation est au cœur de nos vie et pourquoi pas chez les designers.

Nike accusé de contrefaçon par des Indiens du Panama

Selon des représentants du peuple Kuna, le design d’une chaussure vendue par l’équipementier américain est inspiré d’un art du textile qui lui est propre : les « molas ». Les Indiens Kuna du Panama ont accusé ce mardi le géant Nike d’avoir « copié » illégalement des dessins traditionnels sur un modèle de baskets dont la vente a finalement été annulée par l’équipementier américain. Ces derniers, qui ont accusé le géant américain de violation de la propriété intellectuelle, ont réclamé que la vente de ces baskets, qui devaient être mises sur le marché le 6 juin au prix de 100 dollars la paire, soit suspendue. Pour les avocats de la communauté, le design de ces chaussures de sport – une édition limitée du modèle Air Force  1 – s’inspire des « molas », un art du textile richement coloré, traditionnel du peuple Kuna.

Une affaire pour le moins étonnante

Dans cette affaire ce qui est le plus étonnant c’est qu’au sein de Nike pour qu’un dessin soit choisi ou sélectionné, il passe sous les fourches caudines de l’équipe de création, du responsable design, du sémiologue, d’experts au fait de la contrefaçon. Alors, que s’est-il passé ? Un porte-parole de l’entreprise a présenté ses excuses : « Nous nous excusons pour la représentation inexacte de l’origine de la conception du Nike Air Force 1 Puerto Rico 2019. En conséquence, ce produit ne sera pas disponible à la vente. » Selon le site spécialisé Sneaker News, Nike avait indiqué que le dessin – coloré sur fond noir – était un hommage à Porto Rico et représentait la grenouille Coqui, emblématique de l’île caribéenne, également territoire américain. 

Une reconnaissance pour les peuples autochtones

Or, les responsables de l’entreprise « doivent reconnaître que le ‘mola’ qui apparaît sur les baskets vient du peuple Kuna », avait estimé lors d’une conférence de presse à Panama City, le cacique Belisario Lopez. Selon lui, cette affaire n’est pas un cas isolé. « Des milliers de dessins et de savoir-faire traditionnels des peuples autochtones sont piratés par les multinationales ». « Nous avons déjà envoyé une lettre de protestation à Nike, mais nous n’avons pas reçu de réponse », avait précisé l’avocat Aresio Valiente. Les Indiens Kuna vivent au Panama et en Colombie, la majorité sur les îles San Blas, sur la côte caribéenne du Panama. « Pour les Kuna, le mola est comme un drapeau. Il y a une réelle identité culturelle qui s’exprime autour du mola. C’est un élément fort de l’identité », a expliqué Monica Martinez, professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Barcelone qui étudie le peuple Kuna depuis une vingtaine d’années. « Il y a des débats au sein de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et les peuples autochtones exigent que des mesures soient prises. Mais rien n’est fait », déplore ce professeur. Rappelons que copier un concurrent ou une marque connue ou un emblème, c’est prendre le risque de se retrouver devant les tribunaux et de perdre toute crédibilité lorsque la supercherie est découverte. C’est pourquoi les créatifs étudient avec soin le fait de ne pas avoir été inspiré sans s’en rendre compte pour ne pas être accusé de plagiat. 

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