Entrepreneur

Interview de Diaa Elyaacoubi, Fondatrice de Streamcore

Comment êtes-vous arrivée à l’entrepreneuriat ?

Ce ne sont pas mes études qui m’ont donné la soif d’entreprendre, mais mon expérience au sein d’une petite entreprise qui était alors une jeune start-up, Cegetel. Je me suis retrouvée face à d’importants challenges au sein de cette start-up. L’impression de partir d’une page blanche et d’avoir tout à écrire a éveillé en moi cette dynamique de création qui m’a poussée à entreprendre. Je conseille d’ailleurs aux jeunes qui sentent en eux un profil d’entrepreneur, de se tourner vers les jeunes entreprises plutôt que vers les grands groupes dans lesquels il n’y a pas la même énergie émulatrice. Dès qu’on y goûte, on ne peut plus s’en passer ! C’est ainsi que, dès que Cegetel a commencé à se structurer en grande entreprise, le besoin de monter ma propre entreprise s’est imposé à moi.

Dans quelles conditions s’est faite votre première création d’entreprise ?

J’ai d’abord essayé de monter ma société en interne chez Cegetel, ce qui s’est avéré trop compliqué à réaliser. J’ai alors décidé de me lancer sans filets avec mon associé de l’époque. Nous nous disions qu’au pire des cas la seule chose qui pouvait nous arriver était d’échouer et de reprendre une activité salariée. La peur de l’échec a été plus faible que l’envie d’agir. Nous avions la chance de vivre dans une période formidable d’émulation entrepreneuriale avec l’essor des start-up Internet. Nous avons lancé E-Brands, un fournisseur d’accès à Internet en marque blanche. Nous fabriquions toute l’infrastructure que nous revendions aux marques existantes telles que Wanadoo. Même si cela n’a pas toujours été rose, l’entreprise a tellement bien marché que nous avions deux possibilités : soit continuer seuls avec du financement, soit nous adosser à un groupe industriel. Le groupe Vivendi nous a convaincus et nous avons revendu l’entreprise pour développer en interne ce que nous faisions en externe.

Pourquoi avoir accepté l’offre de Vivendi ?

Pour dire vrai, le groupe a mis sur la table une offre qu’on ne pouvait refuser ! Au-delà, nous sentions que le marché évoluait et qu’il valait mieux être adossé à un groupe. De plus, avec Vivendi, nous avions beaucoup plus de moyens à notre disposition pour développer l’entreprise. Dernier point : entrer par la grande porte chez Vivendi représentait pour nous une petite revanche vis-à-vis du groupe dont nous étions sortis quelques années auparavant par la petite porte (ndlr : Cegetel est une filiale de Vivendi) ! Malheureusement, au sein de Vivendi je n’avais pas la même indépendance en tant qu’entrepreneur et je suis donc partie au bout de deux ans, après avoir assuré le service après vente !

Comment avez-vous vécu le rachat de votre entreprise par Vivendi et son évolution au sein du groupe ?

Pour un entrepreneur, l’entreprise est comme son bébé. Il a donc du mal à la voir aller dans une autre direction. Cela n’a pas été facile à vivre pour moi. Le fondateur est quelque part l’âme de l’entreprise. Quand il se retire du projet, l’entreprise perd son esprit initial.

Vous vous êtes alors lancée dans un nouveau projet entrepreneurial ?

Non, pas tout de suite. Le développement de E-Brands a été pour moi une belle aventure entrepreneuriale, un magnifique laboratoire pour apprendre à gérer une entreprise et se challenger sur son business model. Je savais donc que j’avais envie de créer une nouvelle entreprise mais, avant cela, j’ai pris le temps de découvrir de nouveaux horizons. J’ai fait un tour du monde d’un an, équipée de mon sac à dos. Je suis rentrée juste après l’explosion de la bulle internet. Les gens étaient assommés et personne n’osait plus se lancer dans l’entrepreneuriat. Je me suis rendue compte qu’en France nous avions un terreau de jeunes et d’innovations extraordinaires mais que les gens ont peur d’entreprendre par peur de l’échec. J’ai alors ressenti la nécessité de rassembler les jeunes entrepreneurs pour les encourager et les aider. J’ai donc fondé le club Esprits d’Entreprises dont le but est d’inciter l’émergence d’une dynamique entrepreneuriale en France.

Quelle est la particularité de ce club business ?

La vocation de ce club est de promouvoir les valeurs entrepreneuriales à travers des actions et des prises de positions militantes. Nous considérons que les valeurs entrepreneuriales sont celles qui sont les plus précieuses pour un pays et qu’il est de notre responsabilité de les encourager. Pour cela il faut donner l’exemple de parcours d’entrepreneurs et aider les porteurs de projets qui en ont besoin. Je pense que nos actions militantes contribuent à changer la donne.

Et vos propres projets entrepreneuriaux ?

J’ai monté une nouvelle entreprise, Streamcore, spécialisée dans la construction d’équipements de réseaux télécom. Rien que cette année, l’entreprise a reçu 5 prix de l’innovation ! Tout l’enjeu de cette société est pour moi de développer en France une innovation compétitive à l’échelle mondiale.

Chef d’entreprise, présidente d’association et désormais mère de jumeaux : arrivez-vous à tout concilier ?

Je veux montrer, grâce à mon parcours, qu’on peut mener à bien des projets associatifs et entrepreneuriaux, tout en menant une vie de famille. Ce n’est qu’une question d’envie, de volonté et de discipline. La clé est de réussir à concentrer son énergie et d’aller à l’essentiel dans chacune de ses activités.

5 CONSEILS

1. Ne pas hésiter à prendre des risques. Contrairement à ce qu’on croit, le risque qu’on prend en créant son entreprise est beaucoup plus faible que les bénéfices qu’on peut tirer. Et on ne peut pas gagner si on ne prend pas de risques. Le plus bel ascenseur social aujourd’hui ce n’est plus l’école mais la création d’entreprises.

2. Savoir bien s’entourer.

 3. Rester lucide.

4. être énergique et très enthousiaste.

5. Ne pas se raconter d’histoire par rapport à la situation. On peut être enthousiaste pour se motiver ou pour motiver les gens autour de soi, mais un entrepreneur doit toujours regarder les choses avec lucidité.

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