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Interview de Cathérine Néressis, Fondatrice de PAP, Particulier à Particulier

D’où vous est venue l’idée de créer PAP ?

Je me suis lancée dans l’aventure PAP, il y a 33 ans, avec mon compagnon, devenu depuis mon mari (Patrick Jolly).

Alors étudiante, je ne possédais pas beaucoup d’argent et recherchais un appartement. à l’époque, la seule possibilité pour trouver un logement, consistait à passer par une agence immobilière. Cela impliquait de leur verser un mois de loyer. J’ai refusé de devoir débourser cet argent et me suis mise à la recherche d’annonces de particuliers dans les associations, supermarchés…

L’idée de rassembler ces annonces dans un journal a alors germé dans mon esprit.

Comment avez-vous mis votre idée en oeuvre ?

A l’occasion d’un petit travail au sein de la rédaction de Stratégies, j’ai pu étudier les différentes étapes de la fabrication d’un journal. J’étais prête pour lancer mon projet. Les banquiers que nous avons rencontrés afin d’obtenir un prêt pour la création n’ont pas cru à notre projet. « Si c’était une bonne idée, ce serait déjà fait ! », nous ont-ils assénés !

Nous nous sommes donc passés des banques, à l’amorçage comme tout au long de la vie de l’entreprise : nous avons tout financé par des fonds propres.

Le démarrage réel de l’entreprise a ainsi été retardé d’une année, le temps que nous arrivions à rassembler suffisamment d’économies. Ce choix ne nous a peut-être pas permis d’aller aussi vite que si nous avions eu un capital important dès le début. Au départ nous avons publié sur Paris, puis nous avons su convaincre des municipalités d’île de France, les régions et enfin la France entière.

Quand on crée, on commet nécessairement des erreurs. Démarrer petit nous a permis de les faire à petite échelle. Nous n’étions pas nés avec des journaux dans notre berceau mais ce développement dans la durée nous a permis d’avoir le temps d’apprendre notre métier, de nous roder.

Etudiante et Femme, avez-vous rencontré des barrières spécifiques ?

Aujourd’hui, sauf dans certains milieux, la parité est devenue la règle. à l’époque, une femme créant son entreprise, c’était très original. Mes interlocuteurs me considéraient au premier abord comme une secrétaire charmante et me demandaient de rencontrer ma direction ! Et comme je sortais tout juste des études, on pensait souvent que PAP était l’entreprise de mes parents ! S’imposer a parfois été une tâche complexe.

Avez-vous toujours eu envie de créer une entreprise ?

J’ai monté mon entreprise car je désirais plus de liberté. Mes expériences professionnelles en tant que salariée ne correspondaient pas à mes attentes. Avant tout, je voulais comprendre pourquoi je travaillais. L’envie d’entreprendre mûrissait également dans la tête de mon mari. Nous nous sommes donc lancés en pensant que si cela ne marchait pas, nous pourrions en tirer une expérience précieuse. à ce moment, notre grand rêve était d’avoir 5 salariés, et il représentait pour nous le stade ultime du développement de l’entreprise. Aujourd’hui nous sommes 270 !

Comment a évolué le groupe PAP ?

Nous avons débuté l’activité avec un seul journal, « De Particulier à Particulier » et, petit à petit, nous avons diversifié notre offre et lancé d’autres titres tels que Immoneuf, Faire construire sa maison, Bureaux et Commerces… soit en tout 12 références couvrant les différents secteurs de l’immobilier. L’autre évolution majeure du groupe s’est faite grâce au minitel puis au Web, qui se sont imposés et ont révolutionné nos méthodes de travail : nous avons surfé sur la déferlante Internet et créé un site sur lequel le nombre d’annonces proposées et les photos associées ne sont plus limitées par les contraintes matérielles liées à la fabrication du journal.

Quelle est votre stratégie de développement de l’entreprise ?

Cela fait 33 ans que nous improvisons ! Quand on crée son entreprise on se construit tout un scénario, mais le développement d’une entreprise ne se déroule jamais comme prévu. Si je devais résumer ma stratégie, ce serait celle de la « plus rapide réaction ». Dans le monde actuel je pense qu’on ne peut rien prévoir. Qui aurait imaginé la place que prend aujourd’hui Internet dans les entreprises ? Tout bouge très vite et on ne peut pas prévoir ce que sera l’entreprise demain. Quelle nouvelle technologie séduira la population et avec laquelle il faudra composer ?

Vos deux enfants ont créé des entreprises. l’entrepreneuriat, c’est contagieux ?

Mes deux enfants ont grandi avec cet état d’esprit que créer son entreprise, c’est du domaine du possible. Ils se sont donc orientés vers ce chemin naturellement. L’entrepreneuriat est contagieux ! L’exemplarité d’un parcours réussi inspire les autres. Les gens voient qu’on parle de notre entreprise de façon heureuse : ils osent donc plus facilement concrétiser leurs aspirations.

Quelques conseils pour les futurs chefs d’entreprise ?

  • Démarrez petit ou en ne réalisant qu’une partie de votre projet. Le développement sera plus lent mais solide.
  • Ayez l’obsession du client : c’est le client qui fait vivre l’entreprise, pas les subventions.
  • Créez pour satisfaire le client, l’argent viendra naturellement. Commencez par la question « comment trouver le jackpot ? » mène à un échec certain. Demandez vous d’abord si votre produit/service apporte un plus au client, si vous lui faites plaisir, si vous l’aidez.
  • N’hésitez pas à sauter le pas, même en cas d’échec, cela représentera une expérience qui séduira vos futurs recruteurs.
  • Ne considérez pas l’entrepreneuriat comme une prison : créer son entreprise ne vous enferme pas dans le rôle de chef d’entreprise pour la vie.
  • Embarquez dans l’aventure la personne avec laquelle vous vivez : Si il/elle ne vous soutient pas, cela va être très dur. Créez la complicité autour de votre projet.

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