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Comment trouver de l’argent en 2020 ?

Nicolas SÉRÈS, président du CA et co-fondateur de WISEED nous livre les secrets pour financer son entreprise. Avec 206 M € investis dans 500 projets depuis 2009 et 86 M € remboursés grâce à 178 sorties positives, l’entrepreneur sait de quoi il parle !

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de créer Wiseed ?

Je voulais contribuer à l’économie. C’est la volonté d’ouvrir un nouveau canal de financement alternatif pour les entrepreneurs et dirigeants qui rencontrent des difficultés à accéder à un certain type de financement. Il y a un souhait global de participer de plus en plus à l’économie réelle. De nombreuses personnes cherchent à donner du sens à leur investissement. C’est également mon cas.

Qu’est-ce que fait Wiseed ?

Il s’agit d’une plateforme de financement alternatif. Nous sommes bicéphales car nous avons deux catégories de clients. D’une part, nous recherchons des dirigeants et entreprises qui souhaitent obtenir des capitaux pour se développer. D’autre part, nous packageons des produits financiers que nous allons diffuser auprès d’un réseau d’investisseurs particuliers non professionnels. Nous avons donc ces deux parties prenantes.

Pourquoi fait-on appel au financement participatif ?

En fait, il couvre des besoins en financement que la finance traditionnelle ne couvre pas et où elle se révèle souvent défaillante. Les banquiers ne financent pas la prise de risque ou encore l’immatériel. Ils ont des délais d’étude de dossier qui sont trop longs. Grâce à cela, nous avons eu le terreau pour nous développer. Je pense que nous sommes capables de prendre du risque là où les autres ne le prendraient pas forcément. Le principal intérêt du financement participatif c’est que nous pouvons intervenir plus tôt sur les opérations. Nous pouvons aussi financer la dette privée, ce qui n’est pas le cas des autres acteurs. Nous rencontrons aussi des dirigeants qui viennent chercher une forme d’exposition médiatique car les opérations sont relayées sur le site et ouvertes au public. Ils viennent donc pour développer leur notoriété.

Quel est le type de projet le plus financé ?

Aujourd’hui, 75 % des deals vont vers des projets immobiliers. Il en existe de deux natures : soit du financement pour la construction, soit l’équivalent du marchand de biens. En réalité, nous sommes un multi-spécialistes et nous savons financer de l’activité des énergies renouvelables (ENR), des start-ups en amorçage ou encore les PME. Nous maîtrisons quasiment l’ensemble des instruments du marché comme les obligations simples, les actions, les titres participatifs ou, bientôt, les obligations convertibles. Notre particularité est que nos investisseurs sont des non professionnels quasiment à 100 %. Sur certaines plateformes, il s’agit parfois de financements institutionnels et d’investisseurs professionnels, ce qui je trouve ne correspond pas au fondement du modèle.

Comment choisir sa plateforme ?

Il faut d’abord utiliser les plateformes qui sont agréées par l’AMF car il s’agit d’une activité qui est bien encadrée par le législateur. Regarder la qualité des projets et s’assurer qu’ils soient solides et fiables si vous êtes un investisseur est une priorité. Pour cela, regarder les chiffres mais également la nature des projets que proposent les plateformes fait partie des incontournables. Au final, c’est surtout la qualité de la relation client et il ne faut pas hésiter à contacter les plateformes pour faire part de son besoin et de sa recherche.

Que représente aujourd’hui le financement participatif en chiffres ?

Il s’agit d’une industrie, aujourd’hui, mature. Cela reste des chiffres modestes par rapport à la finance globale mais, pour autant, cela commence à devenir vraiment intéressant. Par exemple en 2019, nous avons réalisé 55 millions d’investissements. Si nous nous comparons avec une bonne société de private equity en France, nous sommes sur les mêmes volumes et supérieurs à l’ensemble des réseaux de Business Angels français (qui investissent environ 40 M € par an).

Quelles sont les bonnes pratiques quand on lance une campagne ?

Si j’avais un conseil à donner dans le domaine, c’est de faire preuve de transparence. C’est d’ailleurs la clé ! Même si pour les entreprises qui relèvent du secteur technologique cela peut constituer un frein puisqu’elles doivent décrire précisément leur projet, y compris le business plan ou les aspects de la propriété intellectuelle. Aujourd’hui, les gens ne viennent pas forcément rechercher de meilleures valorisations de leur entreprise car nous travaillons avec un haut niveau professionnel. La qualité des réponses par rapport aux interrogations des internautes joue énormément.

Est-ce qu’aujourd’hui on peut tout financer ?

Personnellement, je pense qu’aujourd’hui il y a trop d’acteurs et que le marché va se consolider dans certains domaines, sans doute sur des environnements sectoriels. Par exemple sur l’immobilier, il existe une vingtaine de plateformes dont 2 – 3 qui dominent les autres. Il devrait y avoir ainsi une concentration sur de nombreux univers. Certains ont moins d’acteurs que d’autres comme l’equity.

Est-ce que vous rencontrez des freins légaux au développement ?

Je ne pense pas qu’aujourd’hui cela représente un vrai frein parce que nous sommes autorisés à financer jusqu’à 8 millions d’euros par opération pour les non-professionnels. En pratique, ce volume n’est jamais atteint. Nous arrivons à atteindre plusieurs millions mais je pense que nous avons encore de la marge. Pour le moment, le plafond est suffisant. Le législateur autorise cette activité sous réserve de maîtrise de process interne ce qui me semble nécessaire. La question se pose plus au niveau européen car il n’y a pas d’uniformisation. Nous sommes d’ailleurs les seuls à pouvoir nous introduire en Europe car nous sommes les seuls à disposer d’un agrément supérieur, PSI pour Prestataire de service d’investissement, qui le permet. Après, il existe une différence entre le fait de vouloir le faire et le fait d’en avoir les moyens.

Agissez-vous souvent en co-investissement ?

Nous sommes 100 % en co-investissement quand il s’agit de financer les start-ups. La BPI s’implique par exemple quasiment systématiquement quand nous participons à de l’investissement technologique. De la même manière, nous co-investissons souvent avec les fonds d’investissements. Ce n’est pas un critère exclusif mais les communautés sont bien plus rassurées quand nous travaillons à plusieurs sur une opération. Nous pouvons ainsi partager nos avis et nos visions. Ce n’est pas vraiment le cas quand nous parlons de financement de l’immobilier.

Pensez-vous que le financement participatif va évoluer ?

Je pense déjà que ce modèle de financement va continuer à se développer et qu’il va prendre de plus en plus de poids dans le financement de l’économie réelle. Je ne vois pas de frein à ce développement en tout cas. De nombreux éléments devraient venir compléter le dispositif actuel comme les assurances pour les investisseurs ou encore lorsqu’il y aura une implication encore plus forte des investisseurs qui restent souvent des experts ou des cadres dirigeants. Nous avons des spécialistes dans tous les domaines donc c’est vraiment le début de l’aventure.

De manière générale que pensez-vous du financement ?

Il y a un autre sujet c’est celui de la « start-up nation » qui fait la part belle aux entrepreneurs qui lèvent des millions. Je ne pense pas que le but soit d’arriver à faire des grosses capitalisations et de s’enrichir par ce biais sans pour autant être rentables ou encore vendre ses produits. Il y a une sorte d’escalade sur des modèles qui ne sont pas encore en place et une médiatisation trop forte sur ce type d’entreprise. D’autres structures lèvent beaucoup moins mais seront sûrement celles qui seront encore là demain, elles ne feront peut-être pas des milliards mais seront rentables. 

Je pense déjà que ce modèle de financement va continuer à se développer et qu’il va prendre de plus en plus de poids dans le financement de l’économie réelle.

Nicolas SÉRÈS, président du CA et co-fondateur de WISEED

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