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Interview de Thibaut Bechetoille, Président de Qosmos

Interview de Thibaut Bechetoille, PDG de Qosmos, qui fournit à ses clients des composants logiciels d’analyse du trafic internet pour tout type d’applications.

Comment a débuté votre parcours professionnel ?

Je possède un diplôme d’ingénieur informatique, obtenu à l’ENSIMAG à Grenoble en 1984. Une année avant la fin de mes études, j’ai organisé mon premier projet entrepreneurial puisque j’ai mis en place un voyage d’études dans la Silicon Valley. J’ai trouvé des fonds et j’ai monté le projet de A à Z. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai fait la connaissance d’un jeune entrepreneur français, Eric Benhamou, qui m’a ensuite pris comme stagiaire dans son entreprise 3Com. Il m’a ensuite embauché comme ingénieur logiciel, puis comme « product manager ». Je suis rentré en France en 1988 où j’ai travaillé comme Directeur marketing de 3Com Sud Europe jusqu’en 1991. Après un bref passage chez Cisco, j’ai créé la filiale française d’une boîte américaine, dans laquelle J’ai officié en tant que patron jusqu’en 1998, date à laquelle l’entreprise a été rachetée par Nordtel. Je suis alors devenu responsable des canaux européens de « Nortel solutions entreprises », une entreprise de 90 000 personnes. Il s’agissait d’un rôle très fonctionnel. J’ai fini par négocier un départ et j’ai démarré mon premier projet entrepreneurial. 

Quel était-il ?

En réalité, je suis parti d’une feuille blanche sur laquelle j’avais écrit 5 idées différentes de business plan. En présentant un des projets à un investisseur, ce dernier a cru en ma capacité à le mener. Il a mis 30 millions de francs sur la table ! Il s’agissait d’une entreprise qui fournissait une externalisation de réseaux pour les professionnels. Le projet s’intitulait Maiaah ! et la boîte a officiellement démarré en février 2000. L’aventure a duré environ 3 ans. Nous avons développé le business jusqu’à 4 millions d’euros de chiffre d’affaires environ. Avec l’effondrement du marché des télécoms en 2001/2002, le numéro 2 du secteur a déposé le bilan et nos clients ont soudainement été plus frileux à l’idée de travailler avec une start-up. Résultat : fin 2002, nous avons vendu l’entreprise à Easynet, ce qui nous a permis de préserver 20 emplois. Personnellement, j’ai suivi une formation à l’Executive MBA de HEC entre fin 2002 et début 2003 avant de quitter Easynet mi- 2003. J’ai pris un congé sabbatique pendant 6 mois à la suite duquel j’ai travaillé comme consultant indépendant pendant quelques mois.

De quelle manière a débuté votre aventure chez Qosmos ? 

J’ai rejoint le projet en 2005. Il s’agissait de redémarrer l’entreprise sur la base de ce qui existait déjà. à l’époque, Qosmos réalisait 600 000 euros de chiffre d’affaires et 2 millions d’euros de perte. J’ai mis à profit les enseignements sur la stratégie tirés de mon MBA et avec mes collègues, nous avons travaillé sur la stratégie de l’entreprise pour essayer de la repositionner. à partir de la technologie développée par Qosmos, nous avons identifié quinze segments stratégiques sur lesquels il était possible de nous positionner, dont la sécurité, la gestion de trafic pour les opérateurs, la mesure des audiences… Cela nous a pris un an pour mieux positionner nos offres et cibler nos propositions de valeur. à force d’itération, nous sommes arrivés au constat que le point commun à toutes nos problématiques clients, c’était le besoin d’extraction d’informations du réseau IP pour différentes applications liées au business. Nous avons décidé d’adopter ce modèle horizontal pour fournir des composants d’analyse du trafic internet. Cette stratégie a été lancée en 2007. 

Que représente l’entrepreneuriat pour vous ?

C’est ma vie ! Je me passionne pour l’accompagnement de jeunes entrepreneurs. Je participe activement à trois associations : Réseau Entreprendre, Croissance Plus et Citizen Entrepreneurs. Je suis passionné par la stratégie et j’adore réfléchir à de nouveaux modèles à mettre en place dans les entreprises. La chaîne de hamburgers Big Fernand constitue un très bon exemple d’entreprise qui entre dans un domaine connu et éprouvé par la terre entière, mais qui parvient quand même à se différencier ! De la passion, de l’intérêt, de la stimulation, de l’échange, du partage… c’est un peu tout ça, l’entrepreneuriat. Mais si je dois rester plus pragmatique, je dirais que l’entrepreneuriat, c’est aussi un métier. Quel que soit le domaine dans lequel vous créez votre entreprise, vous passerez toujours par des étapes communes à chaque dirigeant : la gestion quotidienne, les différentes marches à franchir, la recherche de financement… Il existe un vrai savoir-faire et une méthodologie propre à l’entrepreneuriat.  

Comment conciliez-vous la vie professionnelle et la vie personnelle ?

Plutôt bien. Ayant réalisé une bonne partie de ma carrière aux états-Unis, j’ai suivi des formations assez tôt sur la gestion du temps. J’ai toujours estimé que ce n’était pas forcément en travaillant 15h par jour que l’on avait les meilleurs résultats. Le soir, je rentre chez moi à des heures raisonnables. Le week-end, je traite quelques e-mails, sans plus. J’encourage d’ailleurs mes employés à avoir une vie relativement équilibrée. Je n’hésite pas à mettre en place du télétravail si cela peut aider. Récemment, nous avons recruté une responsable des ressources humaines qui a commencé aux 3/5e car elle a 2 enfants en bas âge. Aujourd’hui, elle est devenue DRH et travaille aux 4/5e. Elle n’est pas présente le mercredi et est en télétravail le vendredi). Je fais attention à ce que les personnes avec lesquelles je travaille se sentent bien au quotidien et puissent avoir un équilibre de vie. 

Quels conseils donneriez-vous à de futurs entrepreneurs ? 

Je pense en premier lieu qu’il faut avoir une obsession de la réflexion et de la différenciation stratégique. Ce n’est pas un gros mot, il s’agit simplement de savoir situer son projet entre une vision long terme et ce qui constitue la réalité du terrain. Cela permettra de savoir là où l’entrepreneur souhaite réellement investir. Dans un deuxième temps, je crois fortement qu’une société doit posséder des fondations solides. Toutes les fonctions clés doivent être couvertes. Et ne croyez pas qu’il s’agit d’une question de taille d’entreprise. Même une petite boîte peut s’intéresser aux ressources humaines ! Simplement, au départ, elle embauchera peut-être une consultante RH seulement un jour par semaine, mais cela fera déjà une importante différence ! Avoir des fonctions clés couvertes ne veut pas nécessairement dire que tout le monde doit être embauché en CDI à plein temps. Enfin, dernier conseil : ayez de l’ambition. Je remarque trop souvent la timidité et la frilosité des entrepreneurs français, notamment vis-à-vis du financement. N’ayez pas peur de lever des fonds, c’est l’essence dont vous aurez besoin pour faire fonctionner la machine.

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