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Le risque de change : kézako ?

Focus sur cette notion méconnue des entrepreneurs, qui revêt pourtant un caractère crucial dès lors que l’on désire vendre ses produits ou acheter de la marchandise à l’international, dans un pays où la monnaie locale n’est pas l’euro. 

Définition de la notion de « risque de change ».

Le risque de change, c’est quoi ? Il s’agit ni plus ni moins de l’incertitude du taux de change d’une monnaie par rapport à une autre à court ou moyen terme. Concrètement, cela signifie que lorsqu’une entreprise effectue une transaction à l’international, dans une monnaie choisie pour le règlement qui n’est pas l’euro, elle prend alors un risque relatif à la valeur de la devise, du fait de la potentielle variation future du taux de change. En effet, dans les cas où il existe un certain délai entre la facturation d’une opération et son règlement monétaire, les fluctuations des cours des monnaies peuvent occasionner des problèmes. Pour les pays qui sont dans la zone euro, la question ne se pose pas. Dans tous les cas, se trouver dans l’incertitude de l’évolution d’un taux de change alors que telle ou telle facture n’est pas encore réglée implique des difficultés pour les professionnels, voire occasionne des pertes de revenus.

Les risques encourus. Concrètement, les conséquences de la fluctuation des cours de la monnaie sur l’entreprise sont de deux ordres :

Le risque de transaction. Ce type de risque induit par le risque de change est fréquent. Souvent, les opérations d’exportation et d’importation induisent des délais de paiement, c’est-à-dire un laps de temps plus ou moins important qui s’écoule entre la date de la signature du contrat et le règlement de l’opération. Si, pendant cet intervalle de temps, le cours de la devise change, le montant final de la facture convertie en monnaie locale s’en verra affectée.

Risque de perte de compétitivité. Dans le même ordre d’idée, la variation des taux de change d’une monnaie par rapport à une monnaie étrangère peut avoir des conséquences négatives sur la compétitivité des produits/services d’une société. Concrètement, cela signifie que les variations du taux de change peuvent affecter leur prix, les rendant plus ou moins élevés pour les consommateurs étrangers si le pays où vous les commercialisez décide de dévaluer ou de réévaluer sa monnaie. De façon plus générale, au-delà d’un risque ponctuel, la perte de compétitivité de l’entreprise en cas de variation des cours de change peut s’effectuer sur le moyen ou le long terme. Une hausse de monnaie nationale peut avoir pour conséquence la modification de la position concurrentielle de l’entreprise sur le territoire visé. Les marges peuvent s’en trouver affaiblies.

Comment gérer le risque de change ?

Face au risque de change, il existe des techniques, outils et solutions pour les entreprises qui souhaitent se prémunir des risques. En cas de variation de taux de change, vous ne pourrez qu’en atténuer les conséquences et non supprimer totalement le risque. Vous pouvez, au choix, utiliser des méthodes internes ou transférer la gestion du risque à d’autres organismes externes, bancaires ou financiers. Voici une liste (non exhaustive) de solutions qui s’offrent à vous :

Choisir la monnaie de facturation avec parcimonie. Vous pouvez dans un premier temps choisir la devise qui sera mentionnée dans le contrat de vente. Il s’agit d’une solution relativement simple pour votre entreprise. Le choix d’une monnaie par rapport à l’autre vous permettra de minimiser le risque de change. Si vous décidez de facturer dans votre monnaie nationale, cela vous permettra de transférer le risque vers l’autre partie contractante. Attention néanmoins : vous serez en mesure de choisir la monnaie idéale, si vous possédez un fort pouvoir de négociation, une forte notoriété, ou une influence sur votre interlocuteur. Pensez que l’autre partie peut également se trouver en position de force, si elle pratique des tarifs intéressants ou des délais de règlements raisonnables. Enfin, si vous optez pour cette solution, pesez bien le pour et le contre. Ce choix pourrait avoir des conséquences sur la compétitivité de vos produits/services. Un acheteur étranger pourrait tout aussi bien être séduit par un concurrent acceptant de facturer dans la devise de l’acheteur !

Insérer des clauses contractuelles. Vous pouvez inclure dans le contrat d’achat/de vente certaines clauses qui peuvent permettre d’ajuster le prix de vente à la suite d’une variation du cours de la devise de facturation. Cela vous permettra de réduire le risque de change, voire de l’éliminer ! Ainsi, il vous est possible d’insérer une clause de risque partagé, qui permet de répartir le risque entre l’acheteur et le vendeur en cas d’une évolution défavorable des cours pour l’un ou pour l’autre. Vous êtes également en mesure d’exprimer le montant de la transaction en plusieurs devises différentes, en laissant la possibilité pour l’une ou l’autre des parties de choisir la monnaie de règlement à l’échéance de paiement. C’est ce que l’on appelle la clause « multidevises ».

Agir sur les délais. Vous avez la possibilité de jouer sur les délais de règlement dans la devise étrangère, ce qui vous permettra de limiter le risque de change. Ainsi, une entreprise est en mesure d’accélérer ou de retarder les paiements en devises étrangères en anticipant l’évolution des cours de change. Cette technique porte un nom, il s’agit du « termaillage ». Concrètement, il s’agit de faire varier les délais de paiement, le tout dans le but de profiter de l’évolution des cours. Si l’entreprise anticipe le fait que la valeur de la devise dans laquelle il achète une marchandise va baisser, il serait plus sage de retarder le paiement. à l’inverse, s’il anticipe une appréciation de la devise, il a tout intérêt à retarder la date du règlement. à noter : on appelle « lead » un paiement anticipé, alors que le paiement différé s’intitule « lag ». 

Se tourner vers les banques. Les banques, voire les compagnies d’assurance, proposent à leurs clients professionnels des dispositifs et solution qui visent à se prémunir contre les risques de change. Parmi ces différents instruments de couverture, on peut citer les avances en devise (AED) import et/ou export AEDE. Si on prend l’exemple de l’AED export, ce processus permet à l’entreprise qui exporte d’emprunter à la banque une somme équivalente à celui de la créance pour une durée au moins égale au délai de paiement du client. En somme, il s’agit d’un crédit de financement à court terme en devises. La banque prélèvera quelques intérêts sur l’opération. Également, le change à terme constitue un dispositif très utilisé par les professionnels dans le but de réduire le risque de change. Le principe est simple : dès la conclusion du contrat en devises, vous fixez un cours de change pour une date à venir. à cette date ultérieure, établie à l’avance avec votre banque, l’échange de devise s’effectuera de façon simultanée, autour d’un cours comptant fixé au préalable. Aucun flux de trésorerie n’aura lieu avant l’échéance prévue. l

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