L’ATI ou le « chômage des indépendants » : entre filet de sécurité et parcours du combattant

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Pendant des décennies, choisir l’indépendance signifiait renoncer à toute forme de protection en cas d’échec. Depuis 2019, l’Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) tente de briser ce dogme. Mais en 2026, alors que la France compte désormais plus de 4,4 millions d’indépendants, ce dispositif est-il enfin à la hauteur des enjeux ? Enquête sur une bouée de sauvetage encore trop souvent hors de portée.

Le rideau tombe et l’aventure de l’auto-entreprise s’est arrêtée brutalement en décembre dernier après une procédure de liquidation judiciaire. Comme des milliers d’autres, elle s’est tournée vers France Travail (anciennement Pôle Emploi) avec une question en tête : « Ai-je droit à quelque chose ? ». La réponse tient en trois lettres : ATI. Mais derrière cet acronyme se cache une réalité administrative que beaucoup découvrent avec amertume.

1. L’ATI en 2026 : radiographie d’un dispositif sous tension

Le paysage de l’entrepreneuriat a muté. Selon les dernières données de l’Insee et de l’Urssaf publiées début 2026, le nombre d’indépendants a continué sa progression constante, portée par la micro-entreprise. Pourtant, l’ATI reste un dispositif de niche.

Si le revenu global des indépendants a grimpé de 9,3 % en 2024, la précarité guette les plus fragiles. L’ATI a été conçue pour eux, mais ses conditions d’accès ressemblent encore à un filtre extrêmement serré.

2. Les chiffres clés : Ce que vous pouvez espérer

En 2026, le montant de l’allocation a été légèrement revalorisé pour coller à l’inflation, mais il reste modeste comparé au chômage des salariés.

CaractéristiqueValeur en 2026
Montant journalier minimum19,73 € (env. 600 € / mois)
Montant journalier maximum26,30 € (env. 800 € / mois)
Durée d’indemnisation182 jours (6 mois non renouvelables)
Délai pour demanderDans les 12 mois suivant la cessation

3. Les critères d’éligibilité : le goulot d’étranglement

C’est ici que le récit journalistique rencontre la rudesse des chiffres. Pour toucher ces 800 euros mensuels, l’indépendant doit franchir plusieurs obstacles majeurs :

  • L’activité minimale : Il faut avoir exercé la même activité non salariée pendant au moins 2 ans sans interruption.
  • Le critère de sortie : L’arrêt de l’activité doit être « involontaire ». Cela signifie soit une liquidation judiciaire, soit un redressement judiciaire, soit, depuis la réforme, une cessation d’activité devenue économiquement non viable (avec une baisse de revenu de 30 % sur les deux dernières années).
  • Le seuil de revenu : C’est le critère le plus discriminant. L’indépendant doit avoir généré au moins 10 000 € par an sur l’une des deux dernières années.

Exemple concret : Un artisan ayant déclaré 8 000 € la première année et 12 000 € la seconde sera éligible. S’il a fait 5 000 € puis 15 000 €, il ne l’est pas (la moyenne ne compte pas, c’est le seuil annuel qui prime).

  • Les ressources personnelles : Vos ressources (hors activité) doivent être inférieures au montant du RSA (environ 646 € par mois pour une personne seule).

4. Pourquoi si peu de bénéficiaires ?

Malgré l’assouplissement des règles en 2022, le nombre de bénéficiaires de l’ATI reste dérisoire face aux millions d’indépendants. En cause ? Une méconnaissance du dispositif mais surtout une inadéquation avec la réalité des micro-entrepreneurs.

Beaucoup d’indépendants en difficulté ferment boutique bien avant d’atteindre le stade de la liquidation judiciaire « officielle », optant pour une radiation simple. Or, sans procédure judiciaire ou attestation de non-viabilité certifiée, les portes de l’ATI restent closes. De plus, le montant plafonné à 800 € est souvent jugé trop faible pour constituer un véritable levier de rebond, surtout dans les grandes métropoles.

5. L’avenir : vers une assurance chômage universelle ?

En 2026, le débat politique s’intensifie. Avec la hausse des cotisations sociales pour les micro-entrepreneurs (passées à 26,1 % pour les prestations de services au 1er janvier 2026), beaucoup réclament une contrepartie plus protectrice.

Les syndicats d’indépendants plaident pour une fusion de l’ATI avec le régime général, ou du moins une indexation du montant sur le revenu réel cotisé, plutôt qu’un forfait fixe.

6. Comment sécuriser son dossier ?

Pour ceux qui traversent une tempête professionnelle, les experts conseillent trois étapes cruciales :

  1. Anticiper la clôture : Ne pas attendre d’être à découvert pour lancer une procédure de redressement si l’activité périclite.
  2. Documenter la « non-viabilité » : Faire appel à un expert-comptable pour certifier la baisse de revenu de 30 %.
  3. Vérifier le plafond de ressources : Attention, si vous vivez en couple et que votre conjoint a des revenus confortables, vous pourriez être exclu du dispositif.

Une ambition à transformer

L’ATI est une avancée historique, mais elle reste une « allocation de survie » plutôt qu’une véritable assurance chômage. En 2026, elle symbolise encore le fossé entre le statut de salarié et celui d’indépendant. Pour que le « droit à l’erreur » entrepreneurial devienne une réalité, le dispositif devra sans doute évoluer vers plus de flexibilité et un montant plus en phase avec le coût de la vie actuel.

L’indépendance est un risque, certes. Mais en 2026, ce risque ne devrait plus rimer avec chute libre.

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