Pourquoi l’épargne est le nouveau carburant de l’entrepreneur

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Dans un environnement instable, l’épargne n’est plus un luxe ni un simple filet de sécurité. Elle devient un outil stratégique. Longtemps reléguée au second plan derrière l’investissement et la croissance, l’épargne personnelle de l’entrepreneur s’impose désormais comme un levier d’équilibre, de négociation et de liberté. Car sécuriser le pilote, c’est sécuriser la trajectoire.

1. Le mythe du « Tout dans la Boîte »

Pendant des décennies, le dogme entrepreneurial dictait de réinvestir chaque centime dans la croissance. C’est une vision héroïque, mais dangereuse. L’entrepreneuriat est, par définition, une exposition au risque. Ne pas épargner à titre personnel, c’est faire tapis à chaque tour de main.

L’épargne doit être perçue comme votre « coût d’opportunité de la tranquillité ». Elle ne sert pas uniquement à préparer une retraite lointaine, mais à financer votre prochain pivot, à absorber un impayé client ou simplement à vous permettre de dire « non » à un contrat toxique.

2. La pyramide de sécurité : construire ses fondations

Avant de viser la Bourse ou l’immobilier, l’entrepreneur doit structurer ses réserves selon une logique de disponibilité.

La réserve de précaution (L’Airbag)

C’est le premier palier. Elle doit représenter 3 à 6 mois de vos charges de vie personnelles. Pourquoi ? Parce que le chômage n’existe pas (ou peu) pour vous. Cet argent doit rester sur des livrets liquides (Livret A, LDDS).

  • Le conseil narratif : Considérez cet argent comme votre « prime de sommeil ». Si elle est pleine, vous dormez ; si elle est vide, vous paniquez au moindre retard de virement.

Le matelas de trésorerie professionnel

Distinct de votre épargne personnelle, ce fonds doit couvrir 3 à 6 mois de charges fixes de l’entreprise. En période de vache maigre, ce matelas évite de piocher dans vos économies personnelles pour payer le loyer de vos bureaux ou vos abonnements logiciels.

3. La méthode du « payez-vous en pemier »

C’est le secret le mieux gardé des entrepreneurs sereins. Au lieu d’épargner ce qu’il reste à la fin du mois (c’est-à-dire souvent rien), inversez la logique.

La formule est simple :

  1. Définissez un virement automatique dès la réception de votre rémunération.
  2. Commencez petit : même 5 % de votre revenu crée le muscle de l’habitude.
  3. Augmentez progressivement à 10 % ou 15 %.

En automatisant, vous retirez l’émotion de l’équation. Vous n’avez plus à choisir entre un nouvel écran et votre épargne ; le choix est fait par votre banque à J+1 de votre salaire.

4. Optimisation fiscale : les outils de l’indépendant

Épargner intelligemment, c’est aussi éviter que l’inflation et la fiscalité ne grignotent votre effort. En France, le paysage offre des opportunités spécifiques pour les chefs d’entreprise et freelances.

Le Plan Épargne Retraite (PER)

C’est le couteau suisse de l’entrepreneur. Les versements volontaires que vous effectuez sont déductibles de votre bénéfice imposable (ou de votre revenu global).

  • L’avantage : Vous baissez votre impôt aujourd’hui tout en bloquant une somme pour demain.
  • La nuance : L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, fin de droits chômage, etc.).

L’Assurance-Vie et le PEA

Pour garder de la flexibilité, le PEA (Plan d’Épargne en Actions) est idéal après 5 ans pour l’exonération d’impôts sur les gains. L’Assurance-Vie, quant à elle, reste le véhicule de transmission et de diversification par excellence.

5. La stratégie du « Split » de dividendes

Si vous êtes en SASU ou en EURL avec une option pour les dividendes, la tentation est grande de tout sortir en une fois pour un projet plaisir.

La technique journalistique du 50/30/20 adaptée :

  • 50 % pour le réinvestissement ou le train de vie.
  • 30 % pour la fiscalité future (ne jamais l’oublier !).
  • 20 % injectés directement dans un portefeuille d’actifs long terme.

6. L’investissement : ne Soyez pas qu’un patron, soyez un investisseur

Une fois le matelas de sécurité constitué, l’épargne doit travailler. L’entrepreneur a souvent un profil de risque élevé, ce qui peut être un piège.

  • Diversifiez hors de votre secteur : Si vous travaillez dans la tech, n’achetez pas que des actions tech. Si vous êtes dans l’immobilier, ne misez pas tout sur la pierre.
  • Les ETF (Exchange Traded Funds) : Pour l’entrepreneur pressé, les trackers qui répliquent les indices mondiaux (comme le MSCI World) permettent une exposition maximale avec une gestion minimale. C’est de l’épargne « Set and Forget ».

7. Le piège de l’inflation du style de vie

C’est le syndrome du « premier gros contrat ». On augmente ses revenus, alors on augmente ses dépenses : meilleure voiture, bureau plus grand, abonnements premium.

L’astuce des entrepreneurs qui durent ? Maintenir un décalage. Si votre revenu augmente de 20 %, n’augmentez votre style de vie que de 5 %. Les 15 % restants sont votre « capital de guerre ». C’est ce capital qui vous permettra, dans 10 ans, de racheter un concurrent ou de prendre une année sabbatique pour lancer un nouveau projet.

L’épargne comme acte de création

On imagine souvent l’entrepreneur comme un parieur, un fonceur qui brûle ses vaisseaux. La réalité est plus nuancée. Les plus grands succès s’appuient sur une résilience financière qui permet de tenir une seconde de plus que la concurrence.

Épargner, ce n’est pas être avare. C’est se donner les moyens de ses ambitions. C’est transformer son stress financier en une force de frappe stratégique. Comme on dit dans le milieu de la voile : « On ne peut pas diriger le vent, mais on peut ajuster ses voiles. » Votre épargne, c’est le lest qui empêche votre navire de chavirer lors de la prochaine tempête.

Alors, dès ce mois-ci, regardez vos comptes non plus comme un gestionnaire inquiet, mais comme un architecte de votre propre liberté.

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