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Le crowdfunding : révolution des mœurs ou transposition de valeurs ancestrales ?

Le crowdfunding est devenu un allié pour les entrepreneurs. Ils peuvent quand les banques leur font défaut, pour mettre en œuvre leur projet, y faire appel. En effet, les banques ont souvent des processus qui sont un véritable carcan même si elles sont toujours à l’affût de nouveaux clients, porteurs de projets emplis de promesses. Les entrepreneurs trouvent des personnes prêtes à investir et à prendre des risques hors des sentiers battus. Le « Crowdfunding » connaît une véritable explosion sur le Web depuis 4-5 ans.

Une révolution ?

La notion de « financement collaboratif/participatif » n’est absolument pas une innovation liée aux bouleversements numériques de ces dernières années. La réalité selon laquelle l’acheminement de la Statue de La Liberté de Bartholdi depuis Paris jusqu’à la baie de Manhattan a été rendue possible grâce aux dons de nombreuses personnalités de l’époque reste révélatrice.

Depuis longtemps, le crowdfunding s’ancre profondément dans certaines cultures. Cependant, l’émanation récente via Internet ne représente que le prolongement numérique de mœurs existantes. Aux Etats-Unis, où aucun système d’aide publique n’existe à proprement parler, le réflexe de « dons » reste parfaitement naturel. A ce titre, le premier réflexe d’un nouveau milliardaire aux USA sera de verser un million de dollars à l’université où il aura étudié.

Kézako en réalité?

Dans l’offre actuelle du crowdfunding, née au début 2006, on distingue trois grands principes véhiculés par des plateformes différentes : le prêt entre particuliers, le « don contre don » dans l’univers créatif ou artistique, et l’investissement entrepreneurial proprement.

Face à l’envergure sans précédent du phénomène, quelle garantie possède le donateur afin de s’assurer de l’utilisation à bon escient de son argent dans le projet auquel il souhaite participer ? Quelle garantie a-t-il de recevoir ce qui lui est promis ?

Après sept années d’existence, le marché du crowdfunding a de lui-même trouvé la réponse dans l’expérience acquise : si ces questions sont effectivement logiques et naturelles, il n’en demeure pas moins que l’ensemble des plateformes à travers le monde enregistrent moins de 1% de réclamation à cet égard.

En effet :
– Le donateur agit le plus souvent par générosité, il se trouve donc moins demandeur d’un service en retour, quelle qu’en soit sa nature.
– Réciproquement, le « demandeur » sollicitera d’abord son premier cercle relationnel, qui transmettra la demande à ses « voisins » : la confiance, clef de voûte du système, se trouve alors elle aussi mutualisée. On parlera alors de confiance « virale », au même titre que le marketing numérique.

La réaffirmation de nos « relations » ?

Le succès croissant du Crowdfunding actuel se construit et se poursuit encore, grâce à l’avènement et l’explosion des réseaux sociaux sur le Web. Tout individu peut se connecter en effet aujourd’hui via les réseaux à 7 autres personnes au minimum.

Ainsi, nous vivons quotidiennement toutes et tous au centre de cercles concentriques ou « cercles relationnels » de congénères. A ce titre, la réussite du crowdfunding repose sur la persuasion que l’on peut témoigner soi-même à son premier cercle personnel sur le projet proprement dit.

Gage de générosité ?

Ces nouveaux courants collaboratifs régénèrent intrinsèquement des volontés sociétales existantes. Grâce à eux, « monsieur tout le monde » génère une impulsion beaucoup plus forte qui, à travers ces dons, peut choisir et encourager librement l’émanation de nouveaux courants culturels ou de secteurs économiques atypiques par ses investissements financiers.

Pour autant, l’Europe continentale ne connaît encore que les prémices d’un phénomène en pleine expansion mondialement.

Pour la 4ème année consécutive (2023), Mazars et l’association Financement Participatif France (FPF) publient le baromètre de référence du crowdfunding en France. Ce baromètre fait état du fait que le crowdfunding poursuit sa progression malgré les intempéries macro-économiques, géopolitiques, sanitaires, etc.

En 2022, 2,355 milliards d’euros ont été collectés sur les plateformes de financement participatif, soit une croissance de 25% par rapport à l’année 2021. Depuis 2015, les chiffres ont été multipliés par 14x. On atteint les 7 milliards de financement depuis l’émergence du crowdfunding en France, tout modèle transactionnel confondu (don, prêt, investissement).

Ce principe général, qui fait échos aux tendances naturelles chez l’individu, trouve des débouchés toujours plus variés : systèmes de coworking, de time-shares d’appartements, de voitures ou de parkings.

La croissance exponentielle de ce nouveau mode collaboratif devrait effectivement contribuer à changer en profondeur les mœurs, voire même les économies lassées des errances de la finance internationale.

La réaffirmation de soi par l’Autre !

Au plan géopolitique, à travers ces phénomènes faussement nouveaux mais pour autant révolutionnaires, nous assistons à la volonté des peuples de reprendre la main sur leur société en court-circuitant les intermédiaires, le tout sous l’égide louable du partage mutuel de valeur.

Au sein des fameuses « communautés » numériques (terme consacré désormais) qui se ramifient de plus en plus dans le réel, nous assistons au cœur d’une économie de marché internationale à la genèse d’une forme renouvelée de communisme général moderne, au sens noble du terme.

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