La gestion active du BFR : quand la trésorerie devient un enjeu stratégique

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Il y a des sujets qui paraissent techniques, presque arides, jusqu’au jour où ils deviennent vitaux. Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) fait partie de ceux-là. Longtemps cantonné aux tableaux financiers et aux discussions d’experts-comptables, il s’est imposé ces dernières années comme un véritable baromètre de la santé des entreprises. Dans un contexte économique marqué par l’inflation, la tension sur les financements et l’allongement des délais de paiement, gérer activement son BFR n’est plus une option : c’est une question de survie.

Comprendre le BFR au-delà des chiffres

Le Besoin en Fonds de Roulement (BFR) correspond, en termes simples, au décalage entre les encaissements et les décaissements liés à l’activité courante. Il s’agit du capital que la société doit préfinancer pour subvenir à ses besoins de stocks et à ses créances clients, tout en gérant ses obligations envers les fournisseurs. Un BFR positif indique que la société bloque une partie de sa trésorerie. Un BFR négatif, qui est plus inhabituel, signifie qu’elle obtient une partie de son financement auprès de ses partenaires.

Cette définition comptable dissimule en réalité des aspects très tangibles :

  • les salaires à régler,
  • les fournisseurs à payer,
  • les clients qui retardent leurs paiements.

D’après une recherche de l’Observatoire des délais de paiement (Banque de France, 2024), la durée moyenne de retard dans les paiements en Europe reste supérieure à 11 jours, atteignant plus de 14 jours dans certains secteurs tels que le BTP ou la distribution spécialisée. Un nombre de jours pendant lequel la liquidité reste tendue.

Pourquoi le BFR est devenu un enjeu central

La crise sanitaire, suivie des tensions géopolitiques et de l’inflation, a profondément modifié la donne. Les entreprises ont vu leurs coûts augmenter plus vite que leurs revenus, tandis que l’accès au crédit s’est durci. En 2023, selon une enquête de PwC, près de 45 % des PME européennes déclaraient que la gestion de la trésorerie était leur principale préoccupation, devant la croissance ou l’innovation.

Dans ce contexte, le BFR agit comme un révélateur. Une entreprise peut être rentable sur le papier, mais fragilisée par un BFR mal maîtrisé. Les défaillances d’entreprises le confirment : en France, plus de 30 % des faillites sont liées à des problèmes de trésorerie, souvent aggravés par une mauvaise gestion du cycle d’exploitation (Altares, 2024).

Passer d’une gestion subie à une gestion active

Gérer activement son BFR, c’est changer de posture. Il ne s’agit plus de constater a posteriori un besoin de trésorerie, mais d’agir en amont sur ses composantes clés : les stocks, les créances clients et les dettes fournisseurs.

Optimiser les stocks sans fragiliser l’activité

Les stocks représentent souvent la part la plus visible du BFR. Trop élevés, ils immobilisent inutilement de la trésorerie. Trop faibles, ils exposent l’entreprise à des ruptures et à une perte de chiffre d’affaires. Selon une étude McKinsey (2024), une réduction de 10 % des stocks peut libérer jusqu’à 5 % de trésorerie supplémentaire, sans impact négatif sur le service client, à condition d’être pilotée finement.

Les entreprises les plus performantes s’appuient aujourd’hui sur des outils de prévision, des indicateurs de rotation et une meilleure coordination entre les équipes commerciales et logistiques. La gestion active du BFR commence souvent sur le terrain, au plus près des opérations.

Réduire les délais de paiement clients

Le poste clients est un autre levier majeur. Allonger les délais de paiement accordés aux clients revient, de fait, à leur accorder un crédit gratuit. En Europe, le délai moyen de paiement client reste autour de 60 jours, malgré les cadres réglementaires.

Les entreprises qui améliorent leur BFR travaillent sur plusieurs axes :

  • facturation plus rapide,
  • relances structurées,
  • incitations au paiement anticipé.

Une étude de l’AFDCC (Association Française des Credit Managers, 2024) montre qu’une réduction moyenne de 5 jours du DSO (Days Sales Outstanding) peut améliorer la trésorerie de 3 à 4 % du chiffre d’affaires annuel.

Négocier intelligemment avec les fournisseurs

Allonger les délais fournisseurs peut sembler une solution évidente pour soulager la trésorerie. Mais cette approche a ses limites. Une gestion active du BFR privilégie l’équilibre et la relation de long terme. Négocier des conditions adaptées, lisser les échéanciers ou recourir à des solutions comme l’affacturage inversé permet d’améliorer le BFR sans fragiliser l’écosystème.

Selon une étude d’EY (2023), les entreprises qui intègrent leurs fournisseurs dans une démarche collaborative de gestion du BFR réduisent de 20 % les tensions de trésorerie liées aux pics d’activité.

Le rôle clé des outils et de la data

La gestion active du BFR s’appuie de plus en plus sur la donnée. Tableaux de bord en temps réel, indicateurs de rotation, simulations de scénarios : les directions financières disposent aujourd’hui d’outils puissants pour anticiper plutôt que subir.

Les solutions de cash management et d’ERP permettent d’identifier rapidement les dérives et d’agir avant que la situation ne se dégrade. Selon Gartner (2024), les entreprises ayant digitalisé le pilotage de leur BFR améliorent leur trésorerie nette de 15 à 25 % en moyenne sur deux ans.

Une culture à diffuser dans toute l’entreprise

La gestion du BFR ne relève pas uniquement de la finance. Elle concerne les commerciaux, les acheteurs, les logisticiens, et même les dirigeants. Instaurer une culture de la trésorerie, c’est faire comprendre que chaque décision opérationnelle a un impact financier.

Les entreprises qui réussissent sont celles qui décloisonnent. Elles fixent des objectifs partagés, sensibilisent les équipes et intègrent le BFR dans les indicateurs de performance globale. Cette approche transversale transforme un concept financier en levier stratégique.

Le BFR comme avantage compétitif

Sur le long terme, une gestion proactive du BFR se transforme en un avantage compétitif réel. Elle procure une plus grande souplesse, diminue la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs et stimule la capacité de résistance en cas de crise. Dans un contexte d’incertitude, avoir des liquidités n’est plus une simple commodité, mais un outil stratégique.

« Comme le souligne un chef d’entreprise cité dans une étude Bpifrance (2024) : « La trésorerie, ce n’est pas ce qui fait rêver, mais c’est ce qui permet de durer. » L’administration proactive du BFR correspond précisément à cette approche : moins impressionnante que la croissance à tout prix, mais infiniment plus pérenne.

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