
Depuis toute petite j’étais passionnée par la Chine. Après mon bac, ma famille s’est cotisée pour m’offrir un billet pour Pékin. Cela a été le début de dix années de vie partagée entre la France et la Chine. J’étudiais le chinois et, en parallèle, j’effectuais des missions pour développer des entreprises sur le sol chinois. Cette vie partagée entre deux pays convenait totalement à la soif de liberté et d’aventures que j’ai toujours eu.
Enceinte à 29 ans, il a fallu que je fasse alors un choix et que je me pose dans un pays. Mais j’avais tout de même envie d’aventures !
L’idée est partie d’un manque. Enceinte, j’avais de folles difficultés pour m’habiller. L’offre existante était soit peu valorisante, soit hors de prix et quasi-inexistante sur le web. J’ai eu alors l’idée de créer un site qui pouvait satisfaire toutes les envies des femmes enceintes et de créer une vraie marque qui démocratiserait la mode future maman avec des vêtements de qualité, tendance et très accessibles en termes de prix.
Petit à petit j’ai mis en place un atelier de confection de modèles à Pékin, en démarrant ma première collection avec mes anciens partenaires chinois. Le site a été lancé en 2006. Le concept a pris très vite et, l’année de notre lancement, nous avons déjà expédié quelques dizaines de milliers de pièces.
Au départ j’avais appelé la société Nuwa, du nom de la déesse de la maternité en Chine. Mais personne ne comprenait le nom, il fallait tout le temps l’épeler… Et puis un soir, en travaillant devant mon ordinateur, mon œil est tombé sur un petit bracelet que je m’étais confectionné et où j’avais inscrits « Envie de fraises ». J’ai eu un flash ! Je me suis dit que ce serait tellement audacieux et décalé à la fois d’appeler l’entreprise comme ça ! Le soir même le nom était déposé.
Non, plus aucun produit n’est fabriqué en Chine aujourd’hui. Début 2008 nous avons quasiment tout relocalisé en Europe. La production en Chine n’est pas adaptée au modèle du e-commerce où il faut une grande réactivité. Aujourd’hui 80 % des vêtements sont produits en Europe, dont 80 % en France.
Au départ j’ai financé l’entreprise avec 30 000 € obtenus en love money. Puis, en 2008, nous avons fait une première augmentation de capital de 500 000 € avec des business angels qui ont fait de belles réussites sur le web. Cette levée de fonds nous a permis de faire connaître la marque, d’améliorer notre offre et de passer un cap important.
Ils croyaient dans le modèle économique novateur que nous avions développé avec Envie de Fraises. Cette marque est la première web brand française, c’est-à -dire que nous maîtrisons notre offre, avec des produits propres, brandés Envie de Fraises, ce qui nous assure une exclusivité et une prime à la visibilité sur Internet.
Ce qui nous différencie, c’est avant tout notre offre et maintenant, notre marque. Envie de Fraises a acquis une notoriété forte sur notre cible aujourd’hui puisqu’une récente étude a montré que 70 % des futures mamans primipares connaissent Envie de Fraises. Enfin, je préfère être obsédée par mes clientes que par mes concurrents !
Nous créons pour cela les évènements « Mum in the city » qui nous permettent d’entrer en contact avec elles. Chaque mois nous rassemblons des futures mères sur une péniche à Paris et nous sommes à leur écoute aussi bien au sujet des vêtements que nous créons que sur tout autre thème.
Vous parlez de notre publicité où il était écrit « Carla, envie de fraises ou pas ? », au moment où la rumeur gonflait en France ? Tout est parti d’un statut Facebook avec ce slogan marqué sur la page de l’entreprise. Ce statut a déchaîné les réactions… à tel point que nous avons eu l’idée d’en faire une publicité. Tout s’est passé en quelques heures. Ça a été un buzz incroyable ! Même El Mundo en Espagne en a parlé !
Au-delà de la marque, nous essayons d’intervenir sur tous les sujets qui concernent les femmes enceintes et les mamans. C’est pour cela que j’ai créé il y a quelques années l’association Mom’preneurs qui soutient les mamans créatrices d’entreprises. Aujourd’hui je ne suis plus présidente de l’association car je suis impliquée dans beaucoup d’autres réseaux. Et puis j’ai eu des jumeaux l’année dernière… Je ne peux pas être partout ! Mais je continue comme je peux à aider de des jeunes mamans créatrices. Aujourd’hui je me bats également pour que la parentalité soit mieux prise en compte dans l’entreprise.
Mes soupapes sont mes enfants, le sport intensif et le chant ! Je cours une centaine de kilomètres par mois, ce qui me permet de décompresser. Quand on crée son entreprise c’est important d’équilibrer sa vie.
C’est l’envie de profiter de la vie à fond et de partager le plaisir qu’on a à travailler.