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Interview de Pierre Kosciusko-Morizet, Fondateur et PDG de Price Minister

En quoi consiste l’activité de Price Minister ?

L’activité historique et principale repose sur le principe d’ « Achat-Vente Garanti » que nous avons inventé en août 2000. Ce système permet aux internautes de s’acheter et de se vendre entre eux des produits, sans que le produit passe entre nos mains. La mise en vente d’un produit est gratuite et la somme que paye l’acheteur inclut la commission de Price Minister. Price Minister représente le « Tiers de confiance », c’est-à-dire la garantie pour le vendeur qu’il sera payé et pour l’acheteur qu’il recevra son produit ou, à défaut, sera remboursé. L’activité a démarré autour de la vente de livres, CD, DVD et jeux vidéo, puis nous avons élargi la gamme des produits à la téléphonie, images et sons, informatiques, textiles, articles de sport… Nous proposons maintenant tous types de biens.

Comment vous est venue l’idée de Price Minister ? 

Intellectuellement : l’idée est venue de la frustration que nous avons ressentie en vendant nos livres scolaires, repris à bas prix et partiellement. D’autre part, tout le monde n’habite pas à côté d’un magasin d’occasions. Nous avions donc à l’esprit d’optimiser ce marché. Pratiquement : l’idée m’est venue aux états-Unis où j’ai travaillé en 1999. J’y ai découvert un site similaire qui a éveillé en moi l’envie de rapporter ce concept en France.

Comment s’est déroulée votre levée de fonds ?

La première levée de fonds s’est effectuée très rapidement. Une fois rentré en France, le 30 juillet 2000, j’ai débuté avec mes associés la réalisation du business plan que nous avons bouclé le 20 août. Le 15 septembre, nous avions les signatures des investisseurs pour un montant de 700 000 euros. Nous n’avons pas dit aux investisseurs potentiels « nous avons un projet », mais plutôt « nous avons monté une société ». Nous avons joué la carte de la mise en concurrence des investisseurs et du langage concret : « il nous faudrait tant, nous allons en faire tant, avec une valorisation de tant… ». Ce parti pris a bien fonctionné puisque nous avons facilement réussi à lever des fonds en diluant le capital d’un peu moins du quart. En juin 2001, la seconde levée de fonds a été plus délicate. Nous avions mis en ligne le site en janvier 2001 mais, en juin, les transactions se faisaient encore rares. Le véritable décollage ne s’est produit que vers juillet 2001. Mais cela, les investisseurs ne pouvaient pas encore le savoir et nous avons failli être obligés de stopper l’activité car nous n’avions plus de cash. Nous ne pouvions même plus payer le loyer… Autant dire que l’ambiance était assez tendue ! Finalement, nous avons réussi à lever un million d’euros in extremis. Cela nous a permis de gérer la phase de croissance très forte que nous avons connue juste après. Nous avons grossi de 30 % tous les mois pendant deux ans ! Nous avons procédé à une troisième levée de fonds début 2002 à hauteur d’un million d’euros mais notre société avait déjà bien décollé et la procédure s’est avérée plus facile. Pour les trois levées de fonds, nous avons choisi de faire appel à des Business Angels.

Comment pouvez-vous expliquer ce décollage ?

Nous ne saurons jamais trop pourquoi. La théorie de l’effet des réseaux explique que « l’intérêt d’un réseau est proportionnelle au carré de ses utilisateurs ». Traduisons cette théorie par l’image du fax. Au début, la personne s’envoyait des fax à elle-même, puis à ses amis, et enfin, chacun s’étant équipé, tout le monde a voulu un fax… le phénomène a été similaire avec les téléphones, les sites de rencontres, d’emplois et les réseaux sociaux. En 2001, je pense que nous avons su convaincre suffisamment de vendeurs de faire confiance à notre site et de pouvoir ainsi proposer aux acheteurs un choix de produits assez vaste. Les vendeurs ont mieux vendu et ont commencé à conseiller le site à leur entourage.

Vos conseils pour les entrepreneurs ?

  • Montez votre boite ! Le risque est en réalité très léger puisque, si on connait l’échec, au pire des cas on retrouve facilement un travail après. Faites quand même attention à ne pas trop vous endetter car il faut pouvoir rebondir. évitez donc de vous porter caution personnelle.
  • Ne parlez pas de « projet » aux investisseurs mais d’ « entreprise » ! Si vous souhaitez tester votre idée, parlez-en avec vos proches. Mais n’oubliez pas que les investisseurs mettent de l’argent dans une société et non pas dans une idée.
  • Faites attention aux personnes avec qui vous vous associez. Dans les moments difficiles, il est important d’avoir une équipe solide.
  • Cherchez le juste équilibre entre les bons conseils et les discours pessimistes des personnes qui vous disent que cela ne marchera jamais.

Un mot aux investisseurs ?

Je suis moi-même investisseur à mon petit niveau. De par mon expérience, je peux affirmer que ce qui fait la réussite d’un projet se trouve au niveau de l’équipe et ne dépend pas des questions de haut de cycle ou bas de cycle. Si on se demande à quelle période il est préférable d’investir, j’opterai même pour le bas de cycle. Les entreprises qui se montent en période de crise ont moins de concurrence et démarrent sur des bases saines, car le fait de créer dans une période un peu tendue les rend plus solides. L’important est de vendre les actions en haut de cycle car il y a plus de chances d’être gagnant.

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