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Interview de Patrice Magnard, Fondateur de Maxicours

L’entrepreneuriat, c’est une histoire de famille chez vous ?

Oui ! Mon père était d’abord représentant en papeterie mais, voyant la crise de 1929 arriver, il a eu envie de se diversifier et a imaginé un nouveau concept : le cahier de vacances. Il a fini par créer les éditions Magnard pour commercialiser ces cahiers de vacances.

Vous avez fini par vous tourner vers l’entrepreneuriat vous aussi ?

J’ai gravi les échelons jusqu’à devenir directeur général des éditions Magnard à une époque où l’entreprise était très endettée. En parallèle, j’avais commencé à travailler sur une petite société qui avait pour but d’équiper les librairies en système de vente par minitel. 

Et cette entreprise est devenue Alapage ?

Oui, c’est cela. à la base nous ne proposions qu’un service B to B mais, comme les libraires étaient réfractaires à cette innovation, nous avons créé en 1996 un autre service en B to C : Alapage.com. à l’époque nous avions déjà basculé du minitel vers le net et cette activité en B to C n’avait pour autre vocation que de servir de vitrine commerciale de notre activité B to B ! Le déclic a été la rencontre avec un journaliste américain. Je lui ai expliqué que nous étions étonnés de voir que notre vitrine B to C se développait très bien alors que nous ne communiquions même pas dessus. En voyant ses yeux, j’ai tout de suite compris qu’il pensait que nous étions assis sur une mine d’or sans le savoir ! J’ai alors pris la décision de lancer une grande campagne de pubs pour faire connaître Alapage. Résultat : le site a connu une croissance énorme, très rapidement !

Quel a été le secret de cette croissance folle ?

C’est l’anticipation sur les évolutions technologiques. En 1995, bien avant d’avoir pris la décision de basculer sur le net, nous avons décidé de construire notre propre base de données en numérisant les couvertures de 100 000 livres. La numérisation a été un énorme travail qui a duré plusieurs mois, mais j’étais sûr que c’était ce qui ferait la différence. 

La croissance a été difficile à gérer ?

Oui, très vite la machine s’est emballée. Une dizaine d’acteurs voulaient nous racheter, tandis que nous préparions une introduction en bourse. Nous estimions néanmoins que le cours d’Alapage serait instable. De plus, nous avons dû changer tout le système informatique et logistique pour suivre la cadence. Et, en même temps, deux très gros concurrents préparaient leur entrée sur le marché. à cette période, j’étais littéralement épuisé physiquement car je travaillais non-stop.

Pourquoi avez-vous fini par revendre Alapage ?

La bulle Internet a commencé à gonfler, je ne trouvais pas ça sain du tout. J’ai préféré jouer la carte de la sécurité pour l’entreprise et pour ma santé. J’ai alors revendu Alapage à France Télécom. Malheureusement l’histoire ne m’a pas donné raison et la dynamique d’accompagnement que je pensais trouver chez France Télécom ne s’est pas concrétisée. Mais je suis tout de même heureux et fier d’avoir été le pionnier du e-commerce en France !

Pourquoi Alapage n’est pas devenue Amazon ?

Déjà il faut savoir que, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, Alapage n’était pas une copie d’Amazon ! Avec le recul, je me dis que nous n’avons pas eu les moyens d’exploiter le potentiel d’Alapage comme les créateurs d’Amazon l’ont fait. Pourquoi ? Parce qu’Amazon a fait un pari fou, celui de perdre de l’argent pendant presque 10 ans ! Aux états-Unis, l’écosystème permet ce genre d’opérations. En France, on peut lever facilement quelques millions, mais pas plus. Aux états-Unis, avec une idée innovante et qui plaît, on peut accéder à des dizaines de millions. Du coup en France, on est obligé de voir les choses en petit, même quand le potentiel est là. 

Qu’est-ce qui vous a fait croire que l’entreprise Maxicours a un grand avenir devant elle ?

La vente de livre en ligne n’a décollé que lorsqu’est arrivé Internet. Il a suffi d’un changement d’écran offrant un affichage plus agréable pour que le marché bascule. C’est pareil pour l’e-éducation. Celui-ci a démarré sur ordinateur mais il n’y a pas encore eu « le grand soir ». Mais aujourd’hui, avec l’arrivée des terminaux mobiles, ça va changer. Ce « grand soir » sera l’utilisation des contenus numériques à travers l’utilisation des tablettes et smartphones. 

Avec Maxicours vous réinventez la manière d’apprendre ?

L’idée c’est que Maxicours donne l’élan à la construction d’une nouvelle école, l’école du 21e siècle, dans laquelle les élèves pourraient tous s’épanouir en fonction de leur profil et de leurs capacités. Nous développons pour cela une pédagogie ludique, toujours dans l’encouragement, sans jamais stigmatiser l’erreur. Cette approche existait déjà au temps des cahiers de vacances de mon père. Ces cahiers de vacances sont devenus une institution, notre objectif c’est que Maxicours aussi rentre dans les habitudes des élèves. 

Quelle est votre ambition pour l’entreprise ?

C’est celle de jouer un rôle international. Nous n’avons pas pu le jouer avec Alapage alors, cette fois-ci, nous n’allons pas laisser passer notre chance ! Je pense que nous pouvons devenir l’Amazon de l’e-éducation ! C’est pour cela que j’ai demandé à Anne-Laure Vincent, entre autre fondatrice de Marmiton, de venir développer Maxicours à mes côtés.

Les 6 conseils

1 – Faites preuve de ténacité.

2 – N’hésitez pas à parler de votre projet. Sans en révéler les secrets de fabrication bien entendu. Il faut aller aux contacts de clients potentiels pour affiner son projet.

3 – Faites réaliser un reporting financier complet une fois par mois par votre expert-comptable. C’est la règle d’or pour savoir exactement où l’on en est. Il y a trop d’entreprises qui ont connu des échecs car, par manque de visibilité, leurs décisions ont été prises trop tard.

4 – Faites appel à des experts à chaque fois que c’est possible. Dès que vous abordez un nouveau domaine, prenez conseil auprès du maximum d’experts.

5 – Faites-vous mentorer. Je suis moi-même mentor pour une entreprise du Moovjee et au sein de l’IME et je peux voir les bénéfices de cette pratique sur les jeunes sociétés.

6Mettez en place un système d’évaluation annuelle des collaborateurs pour être dans une dynamique positive dans laquelle les relations de part et d’autres sont posées à plat régulièrement. Cela met de l’huile dans les rouages de l’entreprise et donne de bons résultats.

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