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Interview de Héloïse Dion, Fondatrice de Pastas Party

Vous étiez d’abord journaliste, rêviez-vous alors de créer votre boite ?

Cela ne m’était jamais venu à l’idée ! Je voulais soit être journaliste, soit devenir femme au foyer. Et comme je suis rentrée à 19 ans au Figaro, j’en ai conclu qu’être journaliste était ma destinée et je ne me suis plus posée de questions. Lorsque j’ai créé Pastas Party, j’étais en poste à La Tribune et je pensais ma vie toute tracée dans cette voie…

Comment vous est venue l’idée des pastas partys ?

à l’époque, j’étais encore célibataire. Il y avait un moment que je détestais vraiment dans la semaine : c’était le dimanche soir. Après 16h, le dimanche, il ne se passait plus rien, je trouvais cela très « glauque » ! Un dimanche soir d’hiver, j’ai donc décidé d’inviter chez moi mes amis pour partager un plat de pâtes. La soirée a été tellement sympa qu’on a remis cela la semaine d’après, puis tous les dimanches soirs pendant un an et demi. Tout le monde ramenait ses amis célibataires à mes petites soirées pastas qui sont devenues de vrais lieux de rencontre. Mais jamais je n’ai eu l’idée d’en faire mon entreprise.

Alors, comment êtes-vous passée de l’organisation de soirées à la création d’entreprise ?

C’est grâce à un garçon, comme toujours ! Lorsque j’ai rencontré celui qui est, depuis, devenu mon mari, il m’a demandé d’arrêter de faire mes petits dîners de célibataires à la maison. Je lui ai répondu qu’il n’avait pas à me dire quoi faire et que si c’était ainsi, j’allais transformer ces petits dîners en une vraie entreprise ! Mon futur mari s’imaginait que c’était une lubie qui me passait par la tête et qu’il ne se passerait jamais rien… Or, j’ai créé l’entreprise quelques semaines plus tard, comme ça, pour lui faire un pied de nez ! Manque de chance pour lui, 5 ans après la création, Pastas Party fonctionne très bien et je suis encore quasiment chaque dimanche soir présente à ces dîners organisés !

Vous êtes-vous investie pleinement dans le projet tout de suite ?

Au départ, je n’avais aucune envie de quitter mon job de journaliste car j’étais en CDI. Je me contentais juste de faire une soirée par mois à Paris. Sauf que, coup de chance, cela a démarré tout de suite. Je me rappelle de la première soirée organisée juste après la création de l’entreprise. Je me disais que j’en ferai juste une autre encore avant de liquider l’entreprise. Mais tout le monde me demandait quand seraient les suivantes. Et j’avais de plus en plus de demandes pour organiser des pastas party en province. Grâce au bouche à oreilles, les médias eux aussi se sont intéressés au concept. J’ai donc créé la société en juin 2007. Alors j’ai commencé à me prendre au jeu, et l’idée de me lancer pleinement dans le projet a germé.

Et vous avez finalement décidé de quitter votre poste de journaliste ?

Quand je suis partie de La Tribune, tout le monde m’a traité de folle ! Imaginez-vous : j’avais 27 ans, j’étais promise à un bel avenir dans le journalisme et j’ai tout plaqué pour monter un site de rencontres autour de plats de pâtes ! 

Quel a été le déclic ?

Alors que j’étais en plein doute sur mon avenir, je suis allée voir mon beau-père. Je lui ai demandé s’il préférait avoir une belle-fille journaliste à La Tribune ou entremetteuse ! Il m’a répondu qu’il préférait avoir une belle-fille chef d’entreprise. Cela a été le déclic qui m’a encouragé à me consacrer à 100 % à Pastas Party, un an après avoir créé l’entreprise. 

Est-ce que cela a été dur pour vous de créer l’entreprise ?

Je me disais que j’étais journaliste économique et donc que je ne devrais pas avoir trop de difficultés… et pourtant je n’y comprenais rien ! Pendant longtemps, j’en ai voulu à l’administration française car je trouvais que la lourdeur administrative faisait blocage à la création. Mais, lorsque j’ai participé au G20 des entrepreneurs, j’ai croisé un chef d’entreprise qui m’a expliqué trouver ces difficultés de création assez positives. Cela constitue une sorte de sélection qui a du bon car, si l’on n’arrive pas à s’en sortir avec l’administration, cela prouve qu’on galèrera forcément avec ses clients. Avec le recul, je trouve que ce discours est assez vrai. 

Quelle est la plus grosse difficulté que vous avez rencontrée depuis le début ? 

Pour moi, la plus grande difficulté c’est ce climat extrêmement hostile en France pour les entrepreneurs qui ont la chance d’être sortis de ce qu’on appelle la « zone de risques » et qui sont très médiatisés, comme moi. Les gens pensent que tu cartonnes, que tu es très riche et que tout est très facile pour toi ! La valeur de la création d’entreprise n’est pas du tout prise en compte en France. Lorsqu’on est salarié, tout est plus facile… quand on est malade ou en RTT, on peut oublier son travail, penser à autre chose. Créer son entreprise demande énormément d’efforts. Or, les gens font un amalgame entre les patrons de grands groupes et les petits entrepreneurs. On confond le mot « entrepreneur » avec le mot « bourgeois » ! Dès que je le peux, je prends la parole pour dénoncer cette étiquette qu’on nous colle. J’aimerais qu’on respecte ces entrepreneurs qui ont créé des fortunes et qui véhiculent une certaine image de la France à l’étranger. Sur leurs épaules tient une bonne partie de notre économie !

Votre concept a-t-il été copié ?

Oui, certains ont essayé… Il y a eu des soirées spaghettis qui ont été organisées par exemple. Mais finalement ces copies ne nous portent pas vraiment préjudice. L’important, pour protéger son concept, c’est de créer une marque forte comme nous l’avons fait. Aujourd’hui les médias parlent plus de « pastas party » que de soirées de célibataires autour d’un plat de pâtes.

Beaucoup de couples se sont formés grâce à vos soirées ?

On estime que 10 % des participants à nos soirées finissent en couple. Je trouve notre métier passionnant : nous offrons de l’amour ! Il y a également des petits « pastas-babies » qui naissent. Quand je reçois un faire-part m’annonçant que « La petite Chloé vient de naître », je me dis que tout cela est utile et que j’ai bien fait de me lancer ! l

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