CréerInnovationLes stratégies originales

MinuteBuzz veut révolutionner le monde du divertissement en ligne

Depuis sa création fin 2010, MinuteBuzz, marque média dédiée au divertissement, affiche une belle croissance. Avec leurs équipes, Maxime Barbier et Laure Lefevre pilotent l’entreprise et ont fait de la phrase d’accroche « dealer de sourire » un mot d’ordre au quotidien. 

Le reportage de ce mois-ci nous amène rue de la Pierre Levée, au cœur du 11e arrondissement de Paris, à deux pas du Boulevard Richard Lenoir, où ont eu lieu les attaques de Charlie Hebdo en janvier 2015, et juste à côté de la désormais tristement célèbre salle de spectacle du Bataclan, touchée par les attentats du 13 novembre. C’est ici, sous la chaleur des toits parisiens, que trône le siège de MinuteBuzz. Rapidement, en montant au 4e étage, nous pénétrons à l’intérieur d’un vaste open-space, où le logo de l’entreprise s’affiche en grand entre les étages. Il est 8h30 ce matin-là, et les deux fondateurs de la boîte sont déjà à la manœuvre. 

Maxime, le fonceur à la tête dure. 

Maxime Barbier, 30 ans, est l’un des deux pilotes de la société. Debout, Macintosh à la main, il parcourt l’espace de travail pour faire des points avec les différents pôles de l’entreprise. Un côté têtu, souvent fonceur, que l’entrepreneur doit à ses origines bretonnes. Et à son passé de grand sportif. « Avant de me lancer dans l’aventure de la création d’entreprise, je voulais être basketteur professionnel » explique-t-il. « Mes parents m’ont dissuadé, car ils estimaient que je ne gagnerai pas ma vie dans ce secteur. Je me suis donc retrouvé en école de commerce, où je suis passé de grand sportif à grand fêtard… ». Pendant 6 ans, le jeune homme organise des soirées dans Paris et monte une petite boîte événementielle pour supporter son activité. Mais à 25 ans, Maxime décide de s’éloigner du monde de la nuit. « C’est à cette époque qu’une amie de promotion, alors collègue de Laure Lefevre, m’a dit que son entreprise cherchait une personne pour créer un pôle dédié aux réseaux sociaux. J’ai accepté. » L’expérience marque le début de sa collaboration professionnelle avec Laure, future cofondatrice de MinuteBuzz…

Laure, la créative à la fois rêveuse et pragmatique. 

Chez MinuteBuzz, Laure, quant à elle, arrive plus tard au bureau car elle est souvent en entrevue à l’extérieur. Son quotidien se structure autour des rendez-vous, des clients aux partenaires en passant par les collaborateurs. Une hyperactivité qui prend ses origines dans un parcours aux accents de créativité. « Je suis triplé, et je crois qu’il s’agit d’un élément qui a fortement influencé mon parcours professionnel » détaille-t-elle. « Dans une fratrie de trois, vous devez forcément trouver la manière dont vous allez pouvoir vous exprimer. » Grande passionnée de créativité, au départ attirée par le milieu artistique, Laure entame un double-cursus en économie et histoire de l’art en écosse, après être passée par une classe préparatoire littéraire. « C’est une preuve que je possède en moi à la fois un côté très rêveur et un aspect plus pragmatique des choses » précise-t-elle. Ce côté pragmatique prend le dessus à son retour en France, où elle intègre le master HEC Entrepreneurs, avec dans un coin de la tête l’envie de monter sa boîte. Elle s’essaye au milieu de l’art durant ses stages mais ne s’y plaît pas, trouve que l’environnement y est trop figé. « C’est en intégrant le monde du digital grâce à un stage chez Artprice notamment, que j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un univers bien plus fluide qui laissait une grande place pour la créativité » détaille la jeune femme. C’est au cours de l’une de ses missions chez Come&Stay, entreprise spécialisée dans l’e-mailing CRM, que Laure travaille en collaboration avec Maxime sur ce projet de développement d’une stratégie réseaux sociaux pour leur client de l’époque, Unibail. Nous sommes en 2009. 

Tout est parti d’un simple blog… 

Constatant que leurs compétences professionnelles fonctionnent bien de concert, les deux collègues décident de se lancer ensemble dans la création d’entreprise. Ensemble, ils créent Yakatag, une application mobile de social shopping, qui permet de prendre en photo les produits que le mobinaute croise dans la rue, et de se créer des petites fiches géo-localisées. En parallèle, Maxime a cofondé un blog, « MinuteBuzz » pour partager son amour des contenus du web. « L’idée de ce blog m’était venue par hasard, à Noël 2009. Je le passais avec ma tante et je lui faisais remarquer que je trouvais dommage de voir autant de contenu passer sur mon profil Facebook sans pouvoir le mettre en valeur », se souvient Maxime. « Elle m’a incité à lancer mon blog, ce que j’ai fait, au départ juste pour m’amuser. » Malheureusement, la société Yakatag ne décolle pas. Maxime et Laure décident d’arrêter le projet. Laure, par sa culture business, voit la possibilité de monétiser le blog de Maxime. Convaincus l’un comme l’autre qu’il existe des milliers de choses merveilleuses sur le web à partager avec les internautes, ils décident de se lancer dans la structuration du projet. Ils entament l’aventure. 

Des débuts sur les chapeaux de roue. 

Le Business model initial est simple. Les deux cofondateurs recherchent des annonceurs et leur proposent de l’habillage publicitaire en mode display. « Nous allions démarcher les marques emblématiques de notre génération comme Michel&Augustin, Canal+, RedBull … » précise Laure Lefevre. « Naïvement, nous leur demandions 200 € pour un habillage à la journée, alors qu’ils brassaient des sommes colossales ! Ils nous ont expliqué gentiment comment fonctionnait le marché. Cela nous a donné un bon coup de pouce pour nous lancer. » Très rapidement, et même s’ils n’ont chacun que 25 ans, Laure et Maxime décrochent quelques contrats. En novembre 2010, ils créent la société et lèvent ensuite 300 000 euros en 6 mois. Ils déménagent dans Paris, structurent une petite équipe et recrutent notamment un commercial. Pour Maxime et Laure, l’ambition est claire : ils veulent changer le rapport des internautes au divertissement en ligne et à la publicité. 

Accident de parcours. 

Courant 2012, les fondateurs se perdent pourtant un peu en chemin. Ils travaillent à perte : une équipe trop nombreuse de journalistes, un modèle display concurrentiel. L’audience ne suit pas, le chiffre d’affaires non plus (50 000/60 000 euros à l’époque). « Nous nous sommes un peu perdus sur notre business model » détaille Maxime. Les entrepreneurs ne savent pas quoi faire. Au quotidien, ils essayent de mettre en place des solutions pour relever la tête. Rien ne fonctionne. Maxime poursuit : « Cet épisode nous a menés au burn-out. Personnellement, j’ai fini à l’hôpital. » En octobre 2012, ils mènent 4 actions pour relever la société : se séparer de la moitié de l’effectif, trouver un client pour les sauver, réaliser un prêt bancaire et solliciter à nouveau leurs actionnaires pour qu’ils investissent. Ils se chargent, non sans mal, de licencier la moitié de leur effectif en une journée et de restructurer l’entreprise. Ils retrouvent progressivement le chemin de la croissance. Aujourd’hui, l’épisode a consolidé le caractère des deux entrepreneurs. « Nous sommes devenus de bien meilleurs gestionnaires » précise Laure. « En cas de chute de notre chiffre d’affaires, nous réajustons le tir directement. Nous voulons à tout prix être une boîte rentable pour ne pas se retrouver dans la même situation. » 

Une réorientation du business model. 

Tout début 2013, les entrepreneurs abandonnent le display et se tournent vers un nouveau mode de monétisation : le Native Advertising. Concrètement, il s’agit de créer des histoires en collaboration avec les marques pour aller toucher la cible que ces dernières désirent adresser, le tout grâce à des articles, photos ou vidéos. « Nous étions les premiers à faire du Native Advertising en France » se réjouit Laure. « Nous ne croyions pas du tout dans la publicité intrusive, et nous adorions raconter des histoires puisque notre métier, c’est la curation de contenu. Naturellement, nous savions comment surfer sur cette tendance ! » Le pivot fonctionne et la boîte décolle à nouveau. En août 2014, les entrepreneurs annoncent une levée de fonds d’1 million d’euros auprès de Seventure Partners. Un apport en capital qui leur permet de continuer à investir dans des formats innovants ainsi que dans le renforcement des équipes commerciales, technologiques et dirigeantes. En 2015, MinuteBuzz met la vidéo au cœur de ses contenus et entame une nouvelle étape dans son développement. La marque génère maintenant plus de 100 millions de vidéos vues par mois.

Des rôles bien répartis. 

Après 5 ans d’existence, Laure et Maxime ont structuré leur quotidien pour se répartir les rôles précisément. De façon naturelle, Laure a pris en charge les parties Business Development et gestion des équipes. La jeune femme ponctue son emploi du temps de nombreux rendez-vous. « Je fixe mes rendez-vous le matin et j’arrive au bureau vers 10h30/11h, pour le quitter vers 20h30 le soir » précise-t-elle. Quant à Maxime, il s’occupe en priorité de la partie contenu et créativité. Il explique : « J’insuffle de l’énergie dans la boîte au quotidien. Je réponds aux sollicitations des collaborateurs qui ont besoin d’idées. Par ailleurs, j’attache une grande importance au bien-être de chacun dans cette entreprise. » Pour lui, une journée sans rendez-vous s’échelonne entre 8h30 et 19h30, pas plus. L’entrepreneur en profite pour faire du sport le soir après ses heures de bureau.

Convivialité et responsabilisation au cœur de la culture d’entreprise. 

Côté culture d’entreprise, les deux associés cherchent encore la manière la plus efficace d’insuffler la stratégie au sein des équipes. Si rien ne semble véritablement formalisé, les valeurs de créativité, de convivialité, d’autonomie et de confiance semblent constituer de façon naturelle les maîtres-mots de ces deux entrepreneurs. Et pour favoriser la cohésion de leurs équipes, Laure et Maxime mettent en place des moments d’échange. « En 2015, nous avons structuré des managers de pôles, qui sont en charge d’insuffler la culture de l’entreprise dans chaque petite équipe, et nous essayons d’organiser un séminaire d’équipe régulièrement » dévoile Laure. Pour suivre l’état d’avancement des projets en cours, les fondateurs font un point tous les 15 jours avec les équipes qui managent les différents pôles. Un moment d’échange plutôt informel au cours duquel les entrepreneurs rappellent la confiance qu’ils donnent à leurs équipes. Afin d’ajouter une brique conviviale, l’ensemble des collaborateurs déjeune ensemble le midi et en profite pour jouer au tennis de table et à la console de jeux vidéo. 

La rédaction marquée par les attentats de Paris. 

Cet esprit d’équipe a été particulièrement mis à l’épreuve en ce mois de novembre 2015. Fruit du hasard, notre reportage a lieu à peine 15 jours après les attentats de Paris, et Maxime et Laure ont dû faire face à un autre type de challenge côté ressources humaines. « Tout le monde a été très choqué par ce qui s’est passé à Paris » expliquent les fondateurs. « Nous avons arrêté nos activités pendant un moment, nous avons créé un espace de dialogue pour les équipes et un sociologue est venu au sein de l’entreprise. En tant que média de divertissement, nous avons également essayé de trouver notre place dans ce marasme… Finalement, nous avons décidé de relayer les lueurs d’espoir qui ont émergé dans le monde les jours qui ont suivi les attentats. » 

Une créativité qui les pousse à se dépasser. 

En regardant dans le rétroviseur, les deux entrepreneurs sont satisfaits du chemin parcouru par leur média, et ne comptent pas s’arrêter là. « La créativité fait réellement partie de notre ADN » détaille Maxime. « J’envoie des e-mails de veille tous les quarts d’heure à toute l’équipe et nous incitons chacun à rester attentif à tout ce qui se passe autour de lui pour garder notre agilité. » De nombreux projets sont d’ailleurs dans les cartons. En cette fin d’après-midi, les deux entrepreneurs se réunissent avec certains membres de leur pôle commercial et graphique pour décider de la mise en ligne prochaine d’une interface dédiée à un univers de marque particulier. L’enjeu est stratégique et sert les objectifs de développement de la société. « Dans les deux prochaines années, nous voulons devenir le réseau de divertissement le plus puissant sur les réseaux sociaux et nous imposer comme le meilleur fabricant de contenus adaptés à ces derniers. L’objectif, à terme, est de devenir le meilleur sur les contenus sociaux » raconte Laure. Si la vision peut paraître ambitieuse, elle a toutes les chances d’aboutir grâce à ces deux entrepreneurs investis à 100 % dans le projet. Quant à leur vie personnelle, les deux entrepreneurs y sont aussi bien investis. « Néanmoins, la frontière entre vie professionnelle et personnelle n’existe pas réellement quand on est entrepreneur » précise Laure. « L’important, c’est que le conjoint vous encourage dans l’aventure ! » conclut-elle.

Les valeurs de l’entreprise

  • Expertise. Les collaborateurs doivent être experts dans leur domaine, ce qui les rend passionnés et autonomes. « Sébastien, Directeur Associé en charge de la régie, est passionné par la construction et le développement de revenus. Il aime bien sûr aussi MinuteBuzz, mais le plus important c’est qu’il aime son métier » précise Laure Lefevre. « Si les collaborateurs ont de la passion pour leur profession, ils finiront par prêcher la bonne parole pour MinuteBuzz, mais ils seront avant tout expert dans leur domaine d’activité. » 
  • Innovation. Le collaborateur doit être innovant, il ne doit pas hésiter à proposer de nouvelles idées et à avoir envie de participer à la création d’un monde différent. 
  • Humilité. Chacun doit parler comme il l’entend, mais toujours sans être virulent. Ici, la parole est libre précisément pour éviter les rancœurs. Nul n’est supérieur à un autre collaborateur. 
  • Bien-être. Maxime en particulier attache une importance particulière au fait que chaque collaborateur se sente « bien dans ses baskets » chez MinuteBuzz. 

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