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Leboncoin, une entreprise pas comme les autres

Le célèbre service, dont la marque apparaît souvent dans les classements comme l’une des préférées des Français, nous a ouvert ses portes le temps d’une immersion dans l’entreprise. Fantastique « trouvaille » de locaux avec une ambiance à la fois studieuse et détendue dans un cadre pour le moins sympathique.

Un immeuble moderne-chic. 

Vendredi, nous nous retrouvons à Paris entre la Gare de l’Est et Strasbourg-Saint-Denis en direction des locaux de Leboncoin. Il est 16 h lorsque nous arrivons devant la grande entrée, association d’une imposante baie vitrée et d’une architecture haussmannienne. Nous nous dirigeons vers l’accueil puis sommes orientés vers la Mezzanine. La décoration reste moderne et parsemée d’éléments originaux et plus anciens, avec quelques plantes qui lui confèrent une touche chaleureuse. Caroline Grangié, responsable relations médias, ne tarde pas à nous accueillir le sourire aux lèvres en compagnie d’Alexandre Collinet, directeur général adjoint. Notre première impression de cet immeuble de cinq étages, qui disposera bientôt d’un vaste showroom dans son entrée, est qui allie à la fois le moderne et l’élégance. 

Une première phase pionnière. 

Nous nous installons dans une « bulle » (ndlr : une salle de réunion fermée mais disposant d’une vitre) où nous demandons à Alexandre Collinet de nous retracer l’histoire de l’entreprise. Il nous explique que le lancement du site s’est effectué en 2006 mais « qu’il n’y avait pas autant de catégories ». L’entreprise lancée par Schibsted et Spir en joint-venture démarre son aventure comme de nombreuses start-up avec une équipe réduite de deux personnes (Olivier Aizac et un développeur). Elle fait ses débuts dans les locaux de 20 minutes dont les deux entités sont également actionnaires puis se déplacent à Levallois pour rejoindre les locaux de Spir Communication. Fin 2009, elle se déplace rue du Louvre, sur un premier plateau de 180 m2, dans lequel notre interlocuteur passe son entretien. Nous retenons de cette phase initiale les mots suivants riches de sens : « la première phase pionnière avec Olivier représentait une vraie innovation. Le web offrait des accès à tous les biens partout dans le monde. Leboncoin a pris le contrepried en prenant le pari de la proximité et en remettant la carte de France au centre, il s’agissait d’une première innovation. Ensuite, les équipes ont travaillé sur la qualité des annonces et ont mis en place un business model basé sur la gratuité alors que l’usage de l’époque était de demander des frais d’insertion, une vraie rupture ».

Une deuxième étape décisive. 

À son arrivée en début 2010, l’équipe s’est agrandie mais elle est encore à taille humaine puisqu’elle n’est composée que d’une quinzaine de collaborateurs. Peu après son intégration, Leboncoin connaît un premier grand changement puisqu’il passe  d’un produit parmi d’autres à une « véritable entité ». En cause ? Le rachat par Schibsted en novembre 2010 des 50 % de parts de Spir Communication, qui a permis à l’entreprise de connaître vraiment son essor. Le dirigeant nous explique que : « l’autre actionnaire avait d’autres intérêts déjà dans le secteur de la petite annonce donc il devenait compliqué de ne pas marcher sur les  plates-bandes des autres entités ». Avant la séparation, l’entreprise continue tout de même de se développer puisqu’elle passe de quinze personnes à trente-cinq en fin d’année 2010. Les recrutements s’accélèrent puisqu’ils sont déjà une centaine en 2011. Fin 2013, après s’être installés sur plusieurs plateaux, ils quittent les lieux pour se rendre rue Lavoisier dans des locaux de 2 500 m2.

Une structure de la direction un peu différente. 

Au début de l’aventure, Olivier Aizac, tient les rênes avec Antoine Jouteau et Alexandre Collinet, tous deux DGA. L’un gère la partie produit et commercial et l’autre la finance et le juridique. Lors du départ d’Olivier Aizac, début 2015, au Brésil d’où il gère le développement de sites jumeaux du Leboncoin en Amérique du Sud, Antoine Jouteau prend la Direction générale. Notre interlocuteur gère quant à lui la finance, les RH, le juridique, la stratégie corporate, le laboratoire d’innovation, les acquisitions et la partie data. Le départ du père fondateur représente un véritable défi pour les dirigeants. « Olivier était très investi jusque dans la validation des annonces, dans le détail. Il passait du temps au support client et à répondre lui-même. Il était très apprécié et respecté. Il est toujours compliqué de reprendre la main derrière une telle approche et personnalité ». Mais Antoine Jouteau décide du virage mobile et les deux dirigeants fédèrent les éléments autour de ce projet. « Antoine a fait un boulot remarquable. Cette décision a permis de mobiliser l’ensemble de l’entreprise autour de ce projet qui a duré un an et de lui donner des services nouveaux et fondateurs à la troisième ère de la boite. En 2015, c’était notre meilleur résultat au label Great place to work. Et nous avons pu poursuivre notre développement et passer de 150 à 212 millions de chiffre d’affaires. » Aujourd’hui, 65 % du trafic s’effectue via mobile contre 15 % à 20 %, 3 à 4 ans auparavant. Une transition réussie avec des défis différents comme celui du taux de conversion. « Nous avons mis en place une vraie infrastructure Big data qui nous permet aujourd’hui de gérer nos 9 milliards de pages et 60 % des internautes qui viennent sur leboncoin. »

Une sélection fondamentale… 

Pour réussir cette ascension, l’entreprise bénéficie d’une force vive de plus 500 collaborateurs, aujourd’hui, dont 330 présents dans le bâtiment plus ceux appartenant à une structure acquise (les dénicheurs) par l’entreprise. 140 personnes sont également présentes sur 2 sites de ventes de Reims et Monceaut les mines. « Avec 150 recrutements, prévus cette année, nous nous interrogeons sur l’intégration rapide des salariés. Les actifs de la société, c’est certes la marque, les serveurs et le logiciel mais surtout les hommes ! Peu de personnes partent et nous sommes heureux d’être Great Place To Work depuis 5 ans » nous confie le dirigeant. L’humain est au centre de ses préoccupations et le dirigeant nous raconte qu’il « connaissait tous les prénoms jusqu’à il y a 6 mois, à 500 cela devient un peu plus compliqué ». Nous nous sommes beaucoup investis dans les recrutements. Olivier, Antoine et moi, nous rencontrions tous les candidats. Déjà pour s’assurer qu’ils avaient les bonnes valeurs. Nous avons toujours privilégié les savoir-être aux savoir-faire ». Pourquoi ? « Nous pouvons apprendre à un développeur à coder sur une nouvelle technologie ou à un collaborateur à travailler sur de nouveaux outils. Par contre, apprendre à quelqu’un à être pragmatique, je vous souhaite bon courage s’il ne l’est pas naturellement ». 

… Mais une intégration qui l’est tout autant. 

« Nous avons investi très rapidement sur le management. Il nous fallait des managers qui managent de la même façon que nous avec les mêmes valeurs au centre ». Pour permettre cette transmission, les dirigeants mettent en place 10 jours de formation. Si l’intégration est importante, il reconnaît être influencé par la culture du Groupe NRJ pour lequel il a travaillé avant de rejoindre Leboncoin. Il nous explique : « Nous nous sommes dit qu’il fallait que nous construisions une histoire collective très vite car le web va encore plus vite que les médias et donc il fallait que nous fassions en sorte que les collaborateurs passent des bons moments ensemble car même si chacun travaille dur, même s’il peut y avoir un conflit entre les équipes, une fois que nous avons fait la fête ensemble, chacun essaie de le résoudre ». La recette de Leboncoin en quelques mots ? Créer une histoire collective, bien définir la direction et investir sur le management. Des évènements sont ainsi organisés comme le séminaire annuel où l’entreprise emmène tous ses collaborateurs 3 jours « dans une destination sympa » (Islande, Maroc, Sicile…) dont celui en Islande qui demeure le meilleur souvenir du dirigeant. Elle organise également des fêtes comme la crémaillère et des rencontres 2 fois par an avec l’ensemble des équipes pour présenter le bilan et les objectifs de l’entreprise. Occasion pour chacun de faire le point sur toutes les activités de manière transparente. 

Un concept particulier de hiérarchie. 

Leboncoin aime être original. S’il n’a pas adopté totalement le mode projet, il n’est pas non plus resté sur une hiérarchie classique. Pour ce faire, le dirigeant a commencé par un changement d’environnement qui est devenu « dynamique même si nous n’étions pas partis dans ce sens » nous confie le dirigeant. S’ils se sont laissés convaincre, c’est parce que, pour le dirigeant, l’environnement devait être « en cohérence avec la culture de l’entreprise et du digital (adaptabilité, changement, disruption) ». Le quotidien dans l’entreprise est simple : pas de bureaux attitrés même pour la direction, chacun s’installant dans une zone à peu près définie, en changeant régulièrement de voisin, en pouvant se mettre dans une « bulle » s’il le désire ou pour travailler de manière transverse avec d’autres équipes. Ainsi, la boîte est structurée et bénéficie de l’alignement managérial car chacun possède un responsable de type classique mais peut travailler aussi avec d’autres secteurs « comme par exemple lorsque nous lançons une fonctionnalité. Il nous fallait casser les silos hiérarchiques et que les collaborateurs puissent avoir des espaces pour lancer des opérations pendant une semaine dans des « War Rooms comme par exemple dernièrement pour le lancement d’une messagerie interne au site qui va bientôt être lancée ». En résumé les organigrammes demeurent par métiers, mais tout est fait pour que les échanges transverses soient facilités ». Avant d’arriver à ce concept, le dirigeant nous confie avoir essayé des équipes sans managers pendant 1 an car « il voulait voir les vertus et inconvénients ». Il en retient aussi bien des vertus que des inconvénients comme le manque de vision, de contact humain pour échanger avec le manager. 

Des fondamentaux à ne pas oublier. 

Pour le dirigeant, s’il est normal d’avoir un babyfoot, le plus important reste « la colonne vertébrale comme les valeurs, la mission et tous les petits à cotés » Il n’aime pas trop « la cosmétique ». Il nous rappelle que dans la plupart des études le sens du travail de chacun reste fondamental même si le cadre, la rémunération et le hiérarchique direct restent des critères de choix. Pour lui, rejoindre Leboncoin, c’est avoir un fixe certes, mais aussi « des bureaux incroyables, une vraie transparence et partage de la stratégie, 2 mois de participations, … ». Partage de la stratégie car s’il y a bien un mot essentiel, c’est la transparence. L’entreprise transmet ainsi un maximum d’informations notamment grâce à une newsletter de veille tous les 15 jours (qu’est-ce qui se passe, grosse acquisition, grosse disruption), lors de points semestriels, fait participer les salariés à la stratégie à l’aide de challenges de l’innovation… Tout aussi important l’objectif reste « de créer une marque forte avec des valeurs qui s’inscrivent dans le temps ». Nous sommes là pour le long terme, il ne s’agit pas « de balancer des millions dans le SEO et SEM afin de faire croître rapidement une valorisation ». 

Les perspectives de développement. 

Cette année, l’entreprise va axer sur l’innovation, avec la lancement d’une messagerie pour faciliter encore les échanges entre les utilisateurs, des dashboards plus performants pour les professionnels… Les équipes travaillent aussi sur le transactionnel où « nous cherchons à proposer de manière facultative des solutions de paiement pour éviter que notre client soit obligé de faire du main à la main ou de passer par une autre plateforme, même si nous voulons continuer à qu’ils puissent le faire. Par ailleurs, Leboncoin est devenu un Groupe aujourd’hui. Il réunit d’autres activités que nous comptons développer au travers des sites spécialisés en occasion agricole et BTP (Agriaffaires et MachineryZone) ainsi que le nouveau comparateur de prix leDénicheur, ou encore un accélérateur de start-up… »

Les grandes valeurs de l’entreprise

Définies lorsqu’ils étaient 15 personnes car « il fallait planter un tuteur et faire grandir l’entreprise ». Les  valeurs Leboncoin permettent de faciliter les échanges au quotidien : tous les développements doivent s’appuyer sur elles. Les valeurs sont :

La proximité : être disponible et accessible pour entretenir des rapports honnêtes, francs et directs.

  1. La responsabilité : Chacun doit porter ses projets et prendre des initiatives. Cette valeur correspond aussi bien à l’économie circulaire et au fait de donner une seconde vie aux objets que Leboncoin incarne.
  2. Le pragmatisme : ce qui compte c’est que nous délivrions un service. Peu importe que l’interface ne soit pas la plus belle, du moment qu’elle remplit sa fonction : mettre les gens en relation et faciliter tous les échanges.
  3. L’exigence. Il s’agit de la dernière valeur équilibrante qui a émergé  par la suite. Il faut être exigeant car la volumétrie du site est hors norme. Il ne faut pas que l’entreprise se repose sur ses lauriers. L’exigence se conçoit par rapport à soi-même et son travail.  

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