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Interview de Guillaume Gibault, Fondateur de Le Slip français

Interview de Guillaume Gibault, fondateur de la marque Le Slip français.

Comment en êtes-vous arrivé à la création d’entreprise ?

Sorti d’HEC, j’avais le projet de monter une chaîne de burgers bio, un fastfood de qualité. J’avais toujours eu envie de monter ma boîte. Mais je sentais que je n’étais pas encore prêt à passer le pas, alors je suis rentré dans une entreprise qui démarrait : la chaîne de marchés Bio c’ Bon. C’est à cette époque que je tombe sur une photo de mon arrière-grand-père, Léon Flam, où on le voit devant sa boutique. J’apprends alors son histoire : il fabriquait des bagages pour les pilotes de l’Aéropostale dans les années 20. Je trouve l’histoire génial et je me dis qu’il y a quelque chose à faire en relançant cette marque. Je décide donc en 2011 de redémarrer, avec mon associé Louis, l’aventure Léon Flam avec l’objectif d’en faire une belle marque de fabrication française comme Goyard ou Louis Vuitton. 

Et comment êtes-vous passé des bagages aux slips ?

Ma conviction est que, pour lancer une marque, il faut raconter aux clients une belle histoire. J’en parlais avec un ami qui m’a dit que ce n’était pas vrai, qu’on ne pouvait pas non plus vendre n’importe quoi avec une belle histoire. Il a rajouté que le slip, par exemple, c’était impossible à vendre ! Je lui ai répondu qu’en faisant « le slip français », je devais pouvoir tout de même en vendre quelques-uns. L’aventure du Slip français a démarré sur une blague !

Vous êtes allé tout de même au bout du pari. Pourquoi ?

Nous étions en train de démarrer Léon Flam. Nous cherchions des ateliers de fabrications, le site web n’était pas encore lancé… Il y a eu une période un peu compliquée où les choses n’avançaient pas trop et où j’avais du temps disponible. J’ai donc lancé cette histoire de slips français en me disant « On verra bien ce que ça va donner », sans y croire vraiment. Je prenais cela plus comme une bonne blague. S’il avait fallu que je me pose et que je fasse mes calculs pour voir si l’idée était viable, je crois que je n’aurais jamais lancé Le Slip français. Sur le papier, il y avait tout faux ! Mais ça a quand même marché, en prenant le risque.

Vous y croyiez quand même un peu ?

Oui, bien sûr j’y croyais. Mais j’étais très loin d’imaginer où cette aventure m’emmènerait ! Je pensais ne fabriquer que quelques séries de slips. J’étais sûr que j’arriverais bien à en vendre quelques-uns pour retomber sur mes pattes financièrement. Et puis je me disais qu’en faisant cela j’aurais bien rigolé ! J’ai trouvé un atelier en Dordogne pour faire fabriquer 600 slips que j’ai ramené de l’usine dans une voiture de location. J’ai ensuite bidouillé un premier site e-commerce tout seul. 

Et, contre toutes attentes, le concept a pris ?

En moins de 3 mois, nous avons fait 40 000 € de chiffre d’affaires avec la marque Le Slip français. En 2012, nous avons atteint un chiffre d’affaires de 300 000 €. Et nous comptons bien faire 700 000 € en 2013. Si nous sommes vraiment bons, nous pourrons même viser le million d’euros de chiffre d’affaires cette année !

Comment avez-vous réussi à atteindre si vite les premiers 40 000 € de chiffre d’affaires ?

Ce que nous savons bien faire ici, c’est créer du contenu qui buzz. C’est donc en créant du contenu sympa avec des belles histoires et des vidéos décalées que nous avons pu avoir rapidement de nombreuses parutions dans la presse. Beaucoup d’entrepreneurs se mettent des limites dans la tête avant de démarrer. Ils pensent que les journalistes sont injoignables et qu’ils ne relaieront jamais votre info. Or, les journalistes sont tout le temps à la recherche de contenus originaux et de bonnes idées. 

Et la marque Léon Flam, continuez-vous à la développer ?

Oui, nous avons fait avec Léon Flam un peu plus de 100 000 € de chiffre d’affaires en 2012. Cette entreprise est plus « classique », elle crée moins d’effets buzz que Le Slip français, mais elle fonctionne plutôt bien. Ce n’est pas toujours facile de développer deux marques très différentes en même temps. Mais nous nous organisons : je me concentre sur Le Slip français et mon associé, lui, est plus sur Léon Flam.

Vous avez créé le buzz avec votre vidéo : Le changement de slip. Racontez-nous cela.

Le slogan de la marque, dès le début était « Vous voulez changer les choses, commencez par changer de slip ! ». Cette baseline a été lancée bien avant l’élection présidentielle. Et là, François Hollande a sorti son slogan de campagne et sa vidéo « Le changement c’est maintenant ! ». Nous avons juste photoshopé les affiches électorales des candidats, remis à la sauce Le Slip français, et nous les avons diffusées sur les réseaux sociaux. Puis la vidéo a été faite un week-end avec des copains. Résultat : ça a fait un énorme buzz car les journalistes étaient en recherche d’infos décalées sur les élections.

Ce positionnement Made in France, l’avez-vous choisi par opportunisme ?

  Non, ce n’est vraiment pas une stratégie calculée. D’ailleurs nous avons lancé Le Slip français avant que naisse la tornade du po-Made in France. Ce positionnement est né du fait que nous développions Léon Flam en reprenant la tradition de la fabrication en France des produits de mon arrière-grand-père. Nous avons juste pris le même positionnement pour nos slips. Maintenant il est vrai que ce positionnement nous aide beaucoup dans le développement de notre offre à l’étranger, qui est aujourd’hui notre priorité. 

Quel est votre rêve en tant qu’entrepreneur ? 

J’ai un grand but dans la vie : avoir plein de choses à raconter quand je serai grand-père ! Donc j’espère pouvoir avoir dirigé d’autres boîtes dans ma vie. Et comme ça, peut-être qu’un jour mon arrière-petit-fils retrouvera une photo de moi et sera fier de reprendre la marque de slip de son arrière-grand-père ! 

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