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Interview de Bruno Lévêque, Fondateur de PrestaShop

Interview de Bruno Lévêque, fondateur du logiciel de création d’e-boutiques PrestaShop.

Vous êtes tombé dans la marmite de l’entrepreneuriat tout jeune ?

C’est vrai ! à 14 ans, j’ai commencé à faire mes premiers sites. C’était en 1998 et, comme il y avait encore peu d’acteurs sur le net, on pouvait très vite avoir un trafic assez conséquent en faisant quelque chose d’à peu près convenable. J’ai créé un portail pour les 15-25 ans avec une équipe composée d’une dizaine de rédacteurs bénévoles. Puis j’ai créé un site de pronostics sportifs à but non lucratif pour une communauté de passionnés de Formule1. La communauté a atteint les 5 000 membres ! Mais je n’ai pas voulu monétiser ce projet car mon objectif était surtout de me former à la création d’entreprise. Je savais déjà que je voulais devenir entrepreneur !

Puis vous avez participé au démarrage d’une entreprise qui n’était alors encore qu’une start-up je crois ?

A 15 ans, j’ai voulu absolument trouver un job d’été dans une start-up Internet. à l’époque, j’ai reçu un e-mail d’une toute jeune entreprise : LeGuide.com (et qui depuis a été rachetée par Lagardère !). Je venais de m’inscrire sur leur site et ils m’ont envoyé une newsletter contenant un bon d’achat expiré. Je les ai appelés pour me plaindre et ils m’ont expliqué qu’ils rencontraient des problèmes techniques. On a sympathisé, ils m’ont reçu et embauché ! Lorsque j’ai démarré, la start-up comptait 30 personnes. Une semaine plus tard, la bulle Internet a éclaté et nous nous som-mes retrouvés à 5 ! Nous avons tout reconstruit ensemble, en partant quasiment de zéro.

Comment avez-vous eu l’idée de créer PrestaShop ?

En 2003, j’ai monté une association à but non lucratif avec une quarantaine de membres dont la plupart était des petits e-commerçants. Ils avaient créé leurs e-boutiques avec un logiciel gratuit lancé dix ans plus tôt. Ces commerçants m’ont demandé de les aider à faire des modifications sur leurs boutiques en ligne. Voyant les difficultés rencontrées avec ce logiciel qui était très limité et qui buguait, je me suis dis qu’il y avait une nouvelle solution à créer, une place à prendre. En 2007, j’ai créé PrestaShop, en tant que projet de fin d’études. Mon ancien patron chez LeGuide.com s’est associé à moi pour monter cette entreprise.

Et pourquoi votre ancien patron a-t-il décidé de vous suivre dans cette aventure ?

Il avait déjà quitté LeGuide.com depuis quelques mois et montait une entreprise de son côté. Il a joué pour moi un rôle de mentor, d’investisseur puis de cofondateur pour amorcer l’entreprise. Il a toujours été présent dans l’aventure, même s’il n’était pas sur l’opérationnel. C’est assez rare de voir des start-ups ayant un seul fondateur présent sur l’opérationnel. C’était donc important pour moi de pouvoir échanger sur la stratégie de fond avec une personne ayant de l’expérience. Mais toutes les négociations avec les banques, la création de la société, les recrutements… j’ai tout fait seul, malgré le fait que j’étais encore très jeune : je n’avais que 22 ans à l’époque.

Aujourd’hui, PrestaShop est utilisé dans le monde entier. Comment avez-vous envisagé ce développement à l’international ?

La plupart du temps le développement de la solution dans un pays démarre tout seul. Cela part toujours d’une initiative locale, communautaire. C’est l’avantage des logiciels en open source, facile d’utilisation. Par exemple, les premiers utilisateurs à l’international de PrestaShop se situaient en Indonésie. Le logiciel n’était pas traduit dans leur langue, nous n’étions jamais allés là-bas, mais un petit groupe de marchands a adoré la solution et a commencé à en parler partout ! Voyant cela, nous avons commencé à traduire et adapter le logiciel selon les cultures, les obligations juridiques… Il est maintenant disponible en 56 langues. Dans chaque pays que nous souhaitons développer, nous adaptons le logiciel puis nous faisons de l’évangélisation auprès de communautés influentes de commerçants ou freelances. Et à un moment cela finit par décoller ! Ce qui agace nos concurrents c’est que le coût d’acquisition de nos clients est proche de zéro !

Vous avez cédé votre poste de CEO monde de l’entreprise pour monter la filiale américaine. Assez original comme choix !

Je reste cofondateur de l’entreprise mais j’ai préféré transmettre ma responsabilité de CEO pour pouvoir me concentrer pleinement sur le développement aux états-Unis. Cela aurait été difficile de gérer les deux responsabilités en même temps. Pour moi, c’est un nouveau challenge très motivant d’avoir cette sensation de repartir de zéro. En Europe, nous sommes premiers mais, aux états-Unis, nous ne sommes encore qu’une petite solution dans un monde où les start-ups concurrentes lèvent des dizaines de millions d’euros. 

Vous vivez le rêve américain ?

Oui, en arrivant à Miami, j’ai senti tout de suite que là-bas on mettait moins des bâtons dans les roues aux entrepreneurs. C’est un pays beaucoup plus entrepreneurial. Quand je suis arrivé, j’étais tout seul. J’ai envoyé des e-mails à tous mes clients présents aux états-Unis pour les rencontrer et savoir ce qui manquait encore à ma solution pour qu’elle cartonne là-bas. Je me suis associé avec un de ces e-marchands clients que j’ai rencontré. La première année, nous nous attendions à faire 500 000 dollars de chiffre d’affaires mais nous en avons fait le double !

C’est courageux d’avoir cédé votre place de grand patron pour vous remettre dans la peau d’un entrepreneur…

Il fallait que j’ai l’humilité de me dire que je ne pouvais pas à la fois développer la filiale états-Unis et diriger l’entreprise. Mais aujourd’hui, je suis très heureux de ce choix car je pense que j’aurais difficilement fait mieux ce que le nouveau CEO fait pour l’entreprise ! 

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