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Interview de Anne-Laure Vincent, Cofondatrice de Marmiton

Comment avez-vous inventé le concept du site Marmiton ?

En 2000, nous étions avec mes associés dans une web agency. Passionnés de cuisine, nous nous sommes aperçus que la cuisine n’avait pas la place qu’elle méritait : transmission des recettes de mère en fille stoppée à notre génération, discours nutrition santé plutôt sévère, cuisine des chefs inabordable pour la majorité, absence des hommes dans l’univers de la cuisine quotidienne. Nous avons donc créé un site collaboratif qui permette à tout le monde de partager ses recettes et de commenter celles des autres. Nous l’avons déployé avec des valeurs fortes de gaieté, de gourmandise, de partage et de plaisir ; valeurs qui sont toujours les maîtres-mots du développement de Marmiton. Nous avons d’abord développé le site parallèlement à nos activités professionnelles avant de nous lancer à plein temps sur ce projet en 2003. 

Aviez-vous dès le départ la volonté de créer un véritable business à partir de cette idée ?

Non, pas réellement. C’est en 2003, suite à l’arrivée de mon quatrième enfant lors de mon congé maternité, que j’ai vraiment travaillé le business model de Marmiton. L’audience du site était déjà très forte et le projet prometteur. C’est alors que nous avons eu l’idée de travailler avec la régie publicitaire de France Télévision qui gère un grand nombre d’annonceurs du secteur de l’alimentation. à partir de là, l’entreprise a connu un fort développement. 

Le petit projet est alors devenu une grosse entreprise ?

Nous n’avons jamais eu envie de grossir pour grossir. Notre volonté est plutôt la recherche de la puissance par l’audience en restant relativement petits mais très efficaces. Une petite entreprise est souvent plus réactive qu’une grosse machine ! 

Quelle a été alors votre stratégie de développement pour devancer vos éventuels gros concurrents ?

Pour développer notre site, notre stratégie a été de ne pas penser que « web » mais surtout de réfléchir aux « usages ». La logique était de partir des utilisateurs de Marmiton qui cherchent avant tout à être dépannés lorsqu’ils se rendent sur le site. La question a alors été : « quand et où a-t-on besoin d’être dépannés pour trouver une recette ? ». Les réponses à cette question nous ont fourni les axes de développement de l’entreprise. Marmiton peut être utile lorsque l’on fait ses courses, alors nous avons installé des bornes interactives de recettes de cuisine dans des supermarchés par exemple. Nous avons essayé de nous placer partout et plus vite que les autres. Nous avons également été des précurseurs des ateliers de cuisine avec les fameuses rencontres Marmiton ce qui a créé un vrai buzz et apporté une forte notoriété au site. 

Pourquoi avoir fait le choix de revendre Marmiton au groupe Aufeminin ?

Nous avons été contactés par de nombreux acteurs du web, attirés par notre audience. Nous avons choisi Aufeminin car le groupe avait un véritable savoir-faire sur le web et était présent dans toute l’Europe. Cela faisait sens par rapport aux projets de développement que nous avions pour l’entreprise. 

Comment avez-vous vécu cette vente de votre entreprise avec vos associés ?

J’avais assisté, dans ma vie professionnelle à des intégrations d’entreprises qui se terminaient mal, autant pour les associés que pour les équipes, j’avais des craintes. Avec mes associés nous avons pris soin que la transmission soit claire et transparente. Nous avons bien validé avec l’acquéreur notre vision du développement de l’entreprise, le respect des valeurs que nous véhiculions et l’accueil de notre équipe. De même, nous avons longuement discuté les raisons de la cession et les conditions d’intégration avec nos salariés mais aussi avec nos clients pour que rien ne soit mal vécu.

Et comment vos salariés ont-ils vécu cette intégration ?

Nos salariés ne s’y attendaient pas du tout et nous ne voulions surtout pas les perturber. Nous leur avons bien expliqué les raisons de ce choix. Du côté des équipes d’Aufeminin, il y a aussi eu une vraie volonté que cette intégration se passe bien.

Vous auriez envie de vous lancer de nouveau dans la création d’entreprise ?

Il est vrai que ça me démange ! Pour cela je suis toujours en contact avec de nombreux jeunes entrepreneurs. Mais au-delà de l’entrepreneuriat, c’est la notion de challenge que je recherche. Et j’ai cette volonté de prouver qu’on peut être mère de famille et avoir un travail qui nous épanouie totalement. Il ne tient qu’à nous de casser les barrières. J’ai souffert de ne pas avoir beaucoup de modèles de femmes qui ont ce type de parcours, alors aujourd’hui j’ai envie de transmettre mon expérience.

C’est pour cela que vous avez créé l’association Mompreneurs en 2009 ?

Exactement. L’entrepreneuriat ne doit pas être un miroir aux alouettes pour les femmes, et il faut donc les épauler face aux difficultés de l’entrepreneuriat. à travers ce réseau, ainsi que grâce au site Aufeminin, je souhaite faire passer le message que la place des femmes bouge dans la société et que l’entreprise doit, elle aussi, bouger pour permettre à ces femmes d’harmoniser leurs vies pro et perso.

Et vous-même, comment réussissez-vous à harmoniser tous ces aspects de votre vie ?

Gérer une famille demande une bonne dose d’organisation : en cela je suis restée très entrepreneuse ! Je pense que sans Internet et les téléphones portables, je ne pourrais pas réussir à mener ma vie ainsi. Et j’ai également la chance de pouvoir me faire aider. Personnellement je prône le partage des tâches au sein de la famille. Mon mari et moi, nous nous investissons à égalité dans la gestion quotidienne de la maison. Concrètement aussi, je ne travaille jamais le mercredi. Je termine tard le soir mais réserve tous mes mercredis à mes enfants. Tout cela fonctionne bien, mais je vois beaucoup d’autres femmes qui se débrouillent très bien elles aussi. Je pense que pour arriver à tout harmoniser, il faut déjà commencer par arrêter d’essayer d’être parfaite partout !

Les 5 conseils

1. Bien choisir ses associés. Comme pour un mariage, je pense qu’il vaut mieux choisir son associé pour sa complémentarité plutôt que pour sa ressemblance avec soi-même. Il faut également choisir des associés en qui on a totalement confiance et avec qui on partage le même projet pour l’entreprise.

2. En tant que femme, oser.
La vraie difficulté pour les femmes est qu’elles n’osent pas se lancer ou alors qu’elles n’osent pas penser grand. Mais il faut dépasser ce manque de confiance en soi.

3. Croire dans son projet et être positif. Il faut insuffler en permanence l’énergie aux équipes. On se bat sans cesse pour vendre son entreprise à l’extérieur en oubliant qu’il faut aussi la vendre en permanence en interne.

4. écouter. Il faut insuffler en permanence l’énergie aux équipes. On se bat sans cesse pour vendre son entreprise à l’extérieur en oubliant qu’il faut aussi la vendre en permanence en interne.

5. Ne pas s’oublier. Les sprints c’est bien, mais ce n’est pas cela qui fait la réussite ! Il faut trouver son rythme et être dans l’endurance. Il ne faut pas se laisser déborder par le quotidien qui cannibalise très vite et penser à prendre du temps pour soi.

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