Le 1er janvier est traditionnellement le mois de la fébrilité dans les bureaux des comptables et des chefs d’entreprise français. Entre les réformes de la facturation électronique, les ajustements de cotisations et les nouvelles normes environnementales, l’entrepreneur s’attend toujours à voir sa « « to-do list » » administrative s’allonger.
Pourtant, en ce début d’année 2026, un vent de sérénité souffle sur les 3,8 millions de TPE et PME de l’Hexagone. Alors que la Loi de Finances 2026 a fait couler beaucoup d’encre en ciblant les bénéfices records des grands groupes et des entreprises du CAC 40, le message envoyé aux « petits » est radicalement différent : stabilité.
Pour une fois, l’information capitale n’est pas ce qui change, mais ce qui reste. Plongée dans les coulisses d’une année sous le signe de la protection du tissu économique local.
1. Le paradoxe de 2026 : Le grand écart fiscal
Le contexte budgétaire français de cette année est tendu. Le gouvernement, en quête d’économies drastiques, a dû faire des choix. La stratégie est claire : préserver les moteurs de l’emploi de proximité. Selon une déclaration récente du ministère de l’Économie, « 99 % des entreprises ne verront aucun changement fiscal majeur en 2026 ».
Cette volonté politique de « sanctuariser » les PME n’est pas un hasard. Dans un rapport de l’Insee publié fin 2025, il apparaît que les TPE et PME représentent 47 % de la valeur ajoutée produite en France et emploient près d’un salarié sur deux. Toucher à leur fiscalité en période de relance serait un suicide économique.
2. Franchise de TVA : Le statu quo libérateur
C’était la grande crainte des micro-entrepreneurs et des très petites entreprises : un abaissement des seuils de la franchise en base de TVA.
Ce qui ne change pas : Les seuils restent inchangés. Pour les prestations de services, vous restez en franchise jusqu’à 36 800 € (seuil de base) et 39 100 € (seuil majoré). Pour les activités de vente, les plafonds de 91 900 € et 101 000 € sont maintenus.
Pourquoi c’est crucial ?
Le passage à la TVA est souvent perçu comme le « premier mur » de la croissance. Il implique non seulement une augmentation de vos tarifs de 20 % pour vos clients particuliers, mais aussi une charge administrative (comptabilité, déclarations mensuelles ou trimestrielles) que beaucoup de solos-entrepreneurs ne peuvent assumer seuls.
Le chiffre clé : Une étude de la CPME révèle que le maintien de ces seuils permet à environ 1,2 million d’entrepreneurs de se concentrer sur leur cœur de métier sans embaucher de cabinet comptable externe pour la seule gestion de la taxe sur la valeur ajoutée.
3. Exonération des plus-values : Le bouclier du cédant
Dans un article précédent, nous évoquions le pic historique de transmissions d’entreprises en France. Pour que ce marché reste fluide, la fiscalité de la sortie doit être incitative. Le gouvernement a écarté la menace d’un alignement de l’imposition des plus-values professionnelles sur le barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Ce qui ne change pas : Les autorités maintiennent le seuil d’exonération des plus-values de cession pour les petites entreprises (article 151 septies du CGI).
- Exonération totale si les recettes annuelles sont inférieures à 250 000 € (pour les activités de vente).
- Exonération totale si les recettes sont inférieures à 90 000 € (pour les prestations de services).
L’impact psychologique
Pour un patron de PME qui a investi vingt ans de sa vie dans son outil de travail, apprendre qu’une nouvelle taxe n’amputera pas le fruit de sa vente le soulage. En 2026, l’État choisit de récompenser l’investissement long-terme plutôt que de ponctionner le capital de départ à la retraite.
4. Transmission familiale : Le Pacte Dutreil est préservé
Parmi les mesures qui auraient pu être « sacrifiées » sur l’autel du redressement budgétaire, le Pacte Dutreil figurait en haut de la liste des rumeurs. Ce dispositif, qui permet un abattement de 75 % sur la valeur des parts transmises au sein d’une famille, reste intact.
Pourquoi c’est une victoire ? En France, seulement 17 % des entreprises sont transmises par succession familiale, contre plus de 50 % en Allemagne. Supprimer ou durcir le Dutreil aurait cassé la dynamique de pérennité des ETI et PME familiales françaises. En 2026, la stabilité de ce dispositif garantit la survie de milliers d’emplois industriels et artisanaux ancrés dans les territoires.
5. Ce que cela signifie pour votre gestion quotidienne
Le maintien de ces mesures n’est pas qu’une ligne dans un tableau Excel ministériel. C’est un levier de gestion directe pour vous, chef d’entreprise.
Un regain de capacité d’autofinancement
Puisque la pression fiscale n’augmente pas, votre trésorerie disponible reste prévisible. Dans un contexte de taux d’intérêt encore sensibles (environ 3,5 % pour les crédits pro en moyenne en 2026), pouvoir compter sur son autofinancement sans craindre une nouvelle ponction est un avantage compétitif.
Tableau synthétique : Le bouclier fiscal PME 2026
| Dispositif | Statut 2026 | Bénéfice direct |
| Franchise de TVA | Inchangée | Compétitivité prix et légèreté administrative. |
| Plus-values (151 septies) | Maintenue | Sécurisation du patrimoine en cas de vente. |
| Pacte Dutreil | Préservé | Transmission facilitée aux enfants/proches. |
| Impôt sur les Sociétés (IS) | Stable (25%) | Pas de surtaxe pour les bénéfices < 500k€. |
6. L’analyse du journaliste : Une stabilité sous surveillance ?
Si le ciel semble bleu pour les TPE/PME, un œil averti notera que cette stabilité est le résultat d’un arbitrage politique serré. Le gouvernement a choisi de faire porter l’effort sur les « superprofits » et les transactions financières complexes pour épargner le « commerce du coin » et la « PME de l’usinage ».
Cependant, attention : stabilité fiscale ne veut pas dire absence de nouveaux défis. Si vos impôts ne grimpent pas, les coûts de mise en conformité numérique (facturation électronique obligatoire pour tous d’ici la fin d’année) et les exigences RSE de vos donneurs d’ordres, eux, progressent.
« La vraie bonne nouvelle de 2026, ce n’est pas le cadeau fiscal, c’est l’absence de mauvaise surprise. Pour un entrepreneur, le temps de cerveau disponible récupéré en ne remplissant pas de nouveaux formulaires vaut plus que n’importe quelle baisse d’impôt, » résume un analyste financier.
Profiter de l’accalmie pour investir
L’année 2026 est une fenêtre de tir. Puisque les règles du jeu fiscal sont gelées pour votre segment, c’est le moment idéal pour :
- Renforcer vos fonds propres sans crainte de ponction sur les réserves.
- Planifier une cession ou une transmission sous un régime que l’on sait aujourd’hui protecteur.
- Investir dans la modernisation (IA, transition écologique) grâce à une visibilité budgétaire retrouvée.
La France des TPE et PME est, en 2026, l’enfant choyé d’une économie qui a compris que la croissance ne se décrète pas d’en haut, mais se cultive à la base. Profitez de ce bouclier : il est rare, et il est précieux.

