Longtemps, le management a été considéré comme une évidence. Un bon expert devenait naturellement un bon chef d’équipe. Celui qui maîtrisait son métier saurait, par extension, guider les autres. Cette logique, encore très présente dans de nombreuses organisations, montre aujourd’hui ses limites. Dans un monde du travail bouleversé par l’hybridation, les tensions économiques et les nouvelles attentes des salariés, le rôle du manager a profondément changé. Et sans formation adaptée, beaucoup se retrouvent en difficulté. Former les managers n’est plus une option ni un simple avantage social. C’est devenu un levier stratégique, humain et économique.
Des managers promus… mais rarement préparés
Dans de nombreuses entreprises, l’accès à des postes de direction est considéré comme une récompense. On élève un employé compétent, sans nécessairement se questionner s’il est apte à diriger une équipe.
Conséquence : des gestionnaires techniquement compétents, mais dépourvus de compétences pour gérer les réalités humaines du quotidien.
D’après une enquête Gallup diffusée en 2025, presque 60 % des employés jugent que leur supérieur ne possède pas les aptitudes managériales nécessaires, spécialement en matière de communication et de gestion des relations interpersonnelles. Ce chiffre n’est pas du tout anecdotique. Cela engendre des malentendus, des mécontentements et une érosion progressive de la confiance au sein des équipes.
Le cabinet Deloitte va plus loin : un management inefficace entraînerait en moyenne une perte de 20 % de la productivité par groupe. Ce n’est pas dû à un manque de compétence mais plutôt à une insuffisance d’organisation, de hiérarchisation et de clarté dans les prises de décisions.
Le management, un métier à part entière
Aujourd’hui, le rôle d’un manager ne se limite plus à la simple répartition des tâches ou au suivi des indicateurs. Cela implique de gérer des profils diversifiés, des cadences de travail distinctes, des exigences parfois conflictuelles. Il est essentiel de savoir écouter sans abandonner la prise de décision, d’encourager sans tomber dans la condescendance, et de recentrer sans décourager.
Ces compétences ne s’improvisent pas. Elles s’apprennent, se travaillent et se perfectionnent dans le temps. La formation managériale permet justement de prendre du recul, de comprendre ses propres mécanismes et d’acquérir des outils concrets pour mieux accompagner les équipes.
Une étude McKinsey (2025) montre que les managers formés aux compétences relationnelles et à l’intelligence émotionnelle pilotent des équipes 25 % plus productives, avec un taux d’engagement supérieur de 32 %.
Derrière ces chiffres, il y a une réalité simple : les collaborateurs travaillent mieux lorsqu’ils se sentent compris, soutenus et considérés.
Quand le manque de formation pousse les talents vers la sortie
Le mauvais management reste l’une des premières causes de départ en entreprise. Selon une enquête Robert Half (2024), 46 % des salariés ayant quitté leur poste l’ont fait en raison de leur relation avec leur manager.
Ce chiffre rappelle une vérité souvent sous-estimée : on ne quitte pas une entreprise, on quitte un management.
Les conséquences sont lourdes. Remplacer un collaborateur coûte cher, parfois jusqu’à 1,5 fois son salaire annuel, entre recrutement, intégration et perte de savoir-faire. Mais au-delà du coût financier, c’est la dynamique collective qui s’en trouve fragilisée.
Former les managers, c’est donc aussi prévenir ces ruptures silencieuses, souvent précédées de démotivation, de désengagement et de tensions mal exprimées.
Un levier puissant pour transformer la culture d’entreprise
La formation managériale agit bien au-delà des individus. Elle transforme la manière dont l’entreprise fonctionne au quotidien. Un manager formé transmet des pratiques, des valeurs et une vision. Il devient un relais stratégique entre la direction et les équipes.
Selon Harvard Business Review (2025), les entreprises ayant structuré des parcours de formation pour leurs managers observent une hausse de 40 % de l’engagement des collaborateurs. Les conflits sont mieux gérés, les décisions mieux comprises, et le climat de travail plus serein.
Ce n’est pas un hasard. Un management formé favorise la confiance, encourage la responsabilisation et crée un cadre clair. Autant d’éléments essentiels dans un contexte où les salariés recherchent du sens, de l’autonomie et de la reconnaissance.
Des formats de formation plus adaptés aux réalités du terrain
Les formations managériales ont elles aussi évolué. Finis les stages théoriques déconnectés du quotidien. Aujourd’hui, les dispositifs sont plus souples, plus pratiques et plus personnalisés.
Les ateliers en présentiel permettent de travailler sur des situations réelles, d’échanger entre pairs et de prendre conscience de ses propres pratiques. Les formats hybrides et le e-learning offrent davantage de flexibilité, notamment pour les managers déjà très sollicités. Le coaching individuel, enfin, s’impose comme un outil puissant pour accompagner les managers dans leurs enjeux spécifiques.
D’après Forbes (2024), les managers bénéficiant d’un accompagnement personnalisé améliorent leur efficacité managériale de 35 %, notamment dans la gestion des équipes et la prise de décision.
La formation continue, une nécessité face aux transformations du travail
Le management n’est pas figé. Les attentes évoluent, les organisations se transforment et les contextes se complexifient. Télétravail, intelligence artificielle, diversité générationnelle, pression sur les résultats… Autant de défis qui exigent une mise à jour régulière des compétences managériales.
Une étude du CEDEFOP (2025) souligne que les entreprises investissant dans la formation continue de leurs managers enregistrent une amélioration de 15 à 20 % de la rétention des talents. Les managers formés sont plus à l’aise face au changement et mieux armés pour accompagner leurs équipes dans les périodes d’incertitude.
Le rôle central des entreprises et des ressources humaines
Former les managers suppose une véritable stratégie. Il ne s’agit pas d’additionner des formations ponctuelles, mais de construire des parcours cohérents, alignés avec la vision de l’entreprise. Les ressources humaines jouent ici un rôle clé :
- identifier les besoins,
- accompagner les prises de poste,
- mesurer les impacts
- ajuster les dispositifs.
Reconnaître que le management s’apprend, c’est aussi envoyer un message fort : celui d’une entreprise qui investit dans ses femmes et ses hommes, et qui considère la qualité humaine du travail comme un facteur de performance durable.
Un investissement qui dépasse la simple performance
Former les managers, ce n’est pas seulement améliorer des indicateurs. C’est créer des environnements de travail plus équilibrés, plus responsables et plus solides. Les entreprises qui l’ont compris sont souvent celles qui résistent le mieux aux crises et attirent les talents sur le long terme.
Selon PwC (2025), les organisations investissant durablement dans la formation managériale affichent une croissance 12 % supérieure à celle de leurs concurrents directs. Derrière ces résultats, il y a des équipes mieux encadrées, des décisions plus justes et une capacité accrue à avancer ensemble.

