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Interview de Louis Le Duff, Fondateur de Le Duff

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Enfin patron ! Louis Le Duff revient sur son parcours d’entrepreneur. Interview exclusive du fondateur du groupe international Le Duff qui rassemble des enseignes prestigieuses comme Brioche Dorée, Del Arte ou Fournil de Pierre.

Comment êtes-vous arrivé à la création d’entreprise ?

Je suis né dans une famille de petits entrepreneurs bretons. Mes parents avaient cette mentalité de ne pas attendre que l’état fasse quelque chose pour eux. Il était donc naturel pour eux de créer leur propre entreprise. Quand j’ai eu l’âge de choisir mon avenir professionnel, je ne me suis pas vraiment posé de question, c’était clair qu’il fallait que moi aussi je monte ma société. Je n’avais pas d’autre objectif professionnel.
Lorsque vous étiez étudiant vous avez monté beaucoup de petits business. Parlez nous de ces premières expériences.
Comme je vous l’ai dit, c’était naturel pour moi de me mettre à mon compte, et ce même dans le cadre de mes emplois étudiants. J’avais un stand où je vendais des caravanes. Un copain de promo était même mon petit employé du week-end ! Après cela, j’ai vendu des livres par abonnements. J’ai eu jusqu’à 60 vendeurs dans tout le Grand Ouest de la France. Puis j’ai monté une petite crêperie lors de mes études au Canada. 

Quel type d’entreprise rêviez-vous alors de créer ?

Au départ, j’étais plus intéressé par le domaine de l’informatique. Mais je me suis vite aperçu que, pour monter une boite dans l’informatique, il fallait des millions ! Je n’avais alors que peu d’argent à disposition et, si je m’étais lancé dans ce projet, je n’aurai pu avoir qu’à peine 5 %, 10 % maximum du capital. Comme je souhaitais avoir l’entière possession des parts de ma future entreprise, je n’ai pas gardé cette option. Avec l’informatique, il fallait être tout de suite « big or nothing ». Mais j’aurais pu être le petit Dell breton !

Votre entreprise en quelques chiffres ?

Actuellement nous faisons 1,105 milliard de chiffre d’affaires. 40 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en France, 40 % en Amérique et 20 % dans les autres pays sur lesquels nous sommes présents. Nous avons 1 095 restaurants et boulangeries de par le monde. Le groupe Le Duff emploie 13 400 personnes.

Comment avez-vous trouvé votre idée d’entreprise ?

Je suis parti aux états-Unis pour trouver des idées de business. à l’époque tout le monde parlait du livre de Servan Schreiber, Le Défi américain. J’étais convaincu que les idées qui se développaient là-bas finiraient par arriver en France quelques années plus tard. Les américains étaient en avance sur nous d’une quinzaine d’années au niveau du mode de vie : les femmes travaillaient, tout le monde avait déjà une voiture… Et, à l’époque, je savais que, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, les business qui fleurissaient là-bas n’allaient pas tarder à devenir indispensables en France également. 

C’est donc de cette façon que vous avez déniché le concept de la restauration à thème ?

J’ai d’abord pensé aux supermarchés mais il y en avait déjà en France, c’était trop tard. J’ai alors été frappé par la forte présence de chaînes de restauration à thème aux états-Unis : restaurants de poisson, de grill, de sandwich… et même des chaînes de crêperie ! En France cela n’existait pas encore. J’ai profité de mon séjour aux états-Unis pour apprendre le système de gestion des restaurants à thème et je l’ai appliqué avec des produits de tradition française.
Comment avez-vous financé l’ouverture de la première Brioche Dorée ?
Je n’avais qu’un capital de 10 000 francs, ce qui n’était pas suffisant pour ouvrir ma première Brioche Dorée. J’ai alors créé Restaurel, une entreprise destinée à générer des capitaux pour me permettre d’investir ensuite dans la Brioche Dorée. Cette entreprise, qui fait de la location gérance dans la restauration collective, a très bien fonctionné. Grâce à cette société, j’ai pu financer mes premières ouvertures de boulangerie. Quand on n’a pas d’argent, il faut avoir des idées !

Pourquoi avoir fait le choix du développement en franchise de vos restaurants

Avant de privilégier le développement en franchise, j’ai créé 200 succursales. J’ai lancé mes premières franchises lorsque j’ai ouvert des Brioche Dorée hors de la France métropolitaine. C’était trop loin, trop difficile à gérer sous forme de succursale. J’ai ensuite commencé à appliquer le système de la franchise en France également. Mais le choix de la franchise avait pour but aussi de permettre à de nouvelles personnes d’entreprendre. J’ai souhaité offrir à mes employés la possibilité de vivre eux aussi cette grande aventure de la création d’entreprise en devenant franchisés. Aujourd’hui, nos franchisés s’appuient sur le succès de plus de 30 ans du groupe pour bâtir leur réussite.

Vous avez développé l’entreprise par croissance interne et par des rachats. Pourquoi avoir choisi cette stratégie de développement double ?

Nous avons développé l’entreprise en croissance interne (organique), magasin par magasin et en développant de nouvelles marques. Et puis, de temps en temps, nous avons fait l’acquisition de nombreux restaurants que nous avons transformés en Brioche Dorée ou conservés sous leur marque d’origine. Nous avons acquis Pizza Del Arte en 1996 et La Madeleine en 2002. Enfin cette année, nous avons fait notre plus importante acquisition en rachetant les 302 restaurants de la marque Brueggers bakery, très puissante aux états-Unis. Cette dernière acquisition a placé le groupe Le Duff au 2e rang mondial du secteur du café bakery. 

Avec ces rachats vous avez diversifié l’offre produit du groupe. Comment faites-vous pour vous diversifier sans vous disperser ?

Nous ne nous diversifions pas réellement car nous restons autour des métiers de la pâte. Nous avons une forte culture produits de tradition : « le plaisir et la santé dans l’assiette ». La logistique, le type de services et les achats restent donc les mêmes, ce qui permet de garder une vraie puissance. De plus, nous proposons à chaque fois des produits de qualité à prix raisonnable, qui s’adressent à un type de clientèle que je connais bien. Il y a un vrai cumul d’expérience qui fonctionne pour toutes nos enseignes. 

Vous avez dit que pour demeurer indépendant « le cash flow ne doit pas dépasser l’ego ». Expliquez.

C’est un principe que je tiens de ma grand-mère bretonne qui parlait à peine français ! Elle me répétait qu’on ne doit pas dépenser plus qu’on ne gagne. C’est un principe simple mais qui m’a permis de développer mon groupe pas à pas, sans avoir des ambitions qui dépassaient mes possibilités d’investissement. Grâce à cela j’ai pu conserver la totalité de mon capital. 

Vous avez dit « nous ne sommes rien sans nos équipes ». Justement, comment motivez-vous vos équipes ?

Je pense que l’important est de les laisser respirer. Les salariés c’est un peu comme vos enfants : si vous les écrasez ils vont étouffer, ne pas s’épanouir et ne pas développer tout leur potentiel. Donc nous créons des équipes autonomes qui ont leurs propres objectifs, leurs résultats à atteindre et aussi leur participation à ces résultats. Il faut permettre à chacun de réaliser son rêve. Ensuite je pense qu’il est nécessaire de partager un aspect social avec ses équipes. Personnellement cela correspond à mes valeurs, je suis proche de mes collaborateurs. Quand le cœur et l’intérêt vont dans le même sens c’est plus facile ! Nous avons des collaborateurs qui sont fidèles. Certains sont là depuis le début !

Vous avez fini votre thèse en 2004. Pourquoi vous êtes-vous lancé ce nouveau défi ?

C’est une thèse sur la franchise que j’avais commencé dans les années 80, lorsque j’étais maître de conférences à l’université de Brest. Puis je l’ai mise de côté. Un jour l’université m’a recontacté pour m’encourager à aller au bout. J’ai finalement repris cette thèse à zéro car ma vision avait évolué. Je n’étais plus un jeune prof et j’avais une grande expérience du secteur.

Vous avez écrit deux livres avec Hervé Novelli, ancien Secrétaire d’état aux PME. Pourquoi avoir choisi de collaborer avec lui ?

Ce n’est pas une question d’orientation politique. J’ai souhaité coécrire ces livres avec Hervé Novelli car il se trouve qu’il est lui-même un chef d’entreprise. Ce qui m’intéresse c’est d’aider la création d’entreprise pour les jeunes et de leur transmettre mon expérience d’entrepreneur. C’est également cet objectif qui m’a poussé à créer la fondation Bretagne Entreprendre.

Quel est votre moteur ?

J’aime profondément le travail en équipe, le fait de partager un projet et une réussite avec d’autres. D’ailleurs je pense que, plus que de l’intelligence, que du talent, et même que du génie, le succès vient de l’effort avec une équipe passionnée. C’est un peu comme au football : si vous vous ennuyez avec l’équipe, vous allez donner de mauvais résultats, mais si vous prenez du plaisir à jouer avec les autres membres de l’équipe, alors vous allez réaliser votre plein potentiel.

Les 5 conseils

1. Osez. N’ayez pas peur et avancez. Rêvez fort et soyez l’entrepreneur de votre propre vie.
2. Faites ce qui vous plaît. Car un passionné avance beaucoup plus loin qu’un simple travailleur. Le passionné travaille pour sa réalisation personnelle. D’ailleurs je pense qu’on ne peut pas être heureux et on ne peut pas réussir si on ne travaille pas avec passion.
3. Ménagez votre monture. C’est ce qui vous permettra d’aller loin.
4. équilibrez votre vie professionnelle et votre vie personnelle. La vie est un équilibre global. Le travail est important, mais il est nécessaire de prendre du temps et de s’investir également dans sa vie familiale et amicale. S’il n’y a pas cet équilibre, vous êtes comme une chaise dont il manque un pied : un jour vous tomberez.
5. Faites-vous accompagner par des chefs d’entreprise. Je crois beaucoup aux vertus du coaching ou du tutorat. Le système du tutorat fonctionnait naturellement à l’époque. Le chef d’entreprise recevait les jeunes du village pour les conseiller. Avoir un patron d’apprentissage permet d’apprendre vite le métier.

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