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Interview de Jean Canzoneri & Thomas Pasquet, Cofondateurs de Beezik

Quel a été votre parcours jusqu’à la création de Beezik ?

Thomas Pasquet : Je viens du monde de l’audiovisuel. J’ai fait une école de cinéma, puis j’ai créé à 20 ans une société de production de courts métrages. Comme je me suis rendu compte que le court métrage était peu rémunérateur, j’ai repris mes études en m’orientant vers une école de commerce où j’ai rencontré Jean. C’est là que nous avons décidé de travailler ensemble et que le projet Beezik est né.
Jean Canzoneri : J’ai fondé à 17 ans, pendant mes études, une agence de street marketing. à l’issue de mes études, j’ai revendu l’agence à mon associé et j’ai monté un label de hip hop. Nous avons sorti un remix de Jay-Z et Gainsbourg qui a très bien fonctionné et qui a surtout été beaucoup piraté sur internet. De là est né l’idée de Beezik. Je me suis dit que si nous avions gagné au moins quelques centimes sur le téléchargement, au moins nous n’aurions pas perdu d’argent sur l’album !

Comment fonctionne Beezik ?

TP : L’internaute choisit le titre qu’il souhaite télécharger, sélectionne la publicité avec laquelle il se sent le plus en affinité avant que celle-ci ne lui soit diffusée. Cette pub se déclenche alors en plein écran, puis à la fin de celle-ci l’internaute doit cliquer sur un compte à rebours garantissant ainsi qu’il était bien devant son écran. à ce moment là, le titre est à lui. Le business model de Beezik repose sur la diffusion de ces pubs qui permettent de reverser quelques centimes par titre aux maisons de disques et de nous faire également une marge. 

Etes-vous les seuls sur le marché à proposer cette offre et ce modèle économique ?

JC : Oui. Il y a 3 ou 4 ans, des tentatives ont été faites sur un concept un peu semblable, mais pas du tout sur le même business model. Le téléchargement était alors financé par de la bannière publicitaire. Mais une bannière se monétise beaucoup moins qu’un spot vidéo et ne permet pas de financer grand-chose. Résultat : les entreprises qui s’y sont essayé ont fait un grand flop. 

Vous avez inventé un type de business model qui n’existait pas ailleurs. Sur quoi vous êtes-vous appuyés pour réaliser une étude de marché viable et présenter des chiffres crédibles aux investisseurs ?

JC : Nous avons créé un nouveau format publicitaire, le spot plein écran garanti, puis nous sommes allés voir les agences média en leur demandant combien ils seraient prêts à payer pour diffuser des pubs sur un tel format. Nous avons pris leurs tarifs et les avons divisés par 2. Nous sommes ensuite allés voir les maisons de disques en leur proposant un prix pour financer chaque titre téléchargé. Nous sommes d’abord partis d’un business model rentable, et non pas purement spéculatif, sans rechercher cette course à l’audience comme nos concurrents. Ceux-ci ont tout fait pour attirer du monde sur leur site et se sont dit qu’ils verraient bien ensuite comment en tirer du financement. Et notre stratégie a bien fonctionné car au bout d’un an nous avions déjà atteint le point de rentabilité.
TP : Il nous a fallu un an pour négocier en amont les contrats avec les maisons de disques et garantir les prix de vente des pubs. Lorsque nous avons sollicité les investisseurs, il ne restait plus qu’à déployer l’offre. 

Comment avez-vous financé la création et le développement de Beezik ?

JC : Au tout départ, un business angel nous a fait un chèque de 750 000 euros quasiment sur une simple feuille de papier ! Il a été convaincu car l’idée lui a plu. Puis, une fois que nous nous étions rassurés sur le modèle et que les contrats étaient négociés, nous avons levé des fonds à hauteur de 2,7 millions d’euros auprès d’un fonds d’investissements. Récemment, un an et demi après notre première levée de fonds, nous avons fait un deuxième tour de table de 2,4 millions d’euros pour développer notre format publicitaire sur d’autres contenus que la musique.
TP : Nous avons entamé notre première levée de fonds 15 jours après la faillite de Lehmann Brothers. Nous allions demander plus de 2 millions d’euros à un fonds d’investissement pour une entreprise qui n’était pas encore lancée et qui proposait de la musique gratuite… bon courage ! Il nous a fallu beaucoup persévérer !

Vous avez en quelques sortes inventé un nouveau format publicitaire que vous testez grâce à Beezik ?

JC : Nous n’étions pas partis pour faire cela. Mais au vu du succès du modèle publicitaire que nous avons développé, nous nous disons que ce serait trop bête de rester sur la musique alors qu’il existe bien d’autres types de contenus à monétiser. 

Vous vous êtes lancés très jeunes dans l’entrepreneuriat. D’où vous vient cette vocation de créer votre propre structure ?

TP : J’ai toujours eu envie de gérer tout seul mes propres projets, de faire les choses à ma façon. Et pour cela, la seule solution c’est d’entreprendre.
JC : Ce qui me plait dans la création d’entreprise c’est qu’on ne vit jamais cette inertie que l’on peut trouver dans les grosses boites. Lorsque l’on est entrepreneur, si on a une idée, on se bouge et on la met en place relativement vite dans sa société.

Le fait que vous ayez été jeune lorsque vous avez créé Beezik ne vous a-t-il jamais posé de problème de crédibilité par rapport aux investisseurs ou aux partenaires ? 

TP : Je pense que ce n’est pas parce qu’on a 20 ans d’expérience qu’on a la volonté nécessaire pour entreprendre. Certaines personnes qui ont large expérience ont parfois même acquis beaucoup de mauvaises habitudes qui sont préjudiciables lors d’une création. Nous avons réussi à convaincre les personnes que notre idée était bonne et que nous avions la volonté nécessaire pour la porter, au-delà de notre âge.

Les 5 conseils

1. Aider les autres. « Aide les autres et les autres t’aideront » : nous avons toujours fonctionné ainsi, et cela nous a beaucoup rendu service.
2. Etre persévérant : si nous devions lister toutes les fois où on nous a dit « c’est impossible », cela ne tiendrait pas sur un mur entier ! Mais la persévérance finit toujours par payer.
3. Etre humble : nous croisons beaucoup trop de gens dont la tête ne rentre pas dans la porte ! Nous essayons de ne pas devenir ainsi !
4. Ne pas penser qu’il faut être méchant pour réussir dans le business. Les gens qui pensent que pour réussir dans les affaires il faut être un requin et tuer les autres se trompent. être gentil fonctionne très bien et aide à fédérer les autres autour de vous, à porter votre projet avec vous.
5. Savoir bien s’entourer. Les premières embauches chez Beezik ont été décisives. Nous n’en serions pas là si nous n’avions pas été extrêmement exigent. Ce sont ces personnes là qui sont cruciales car elles portent l’entreprise.

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