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Ces entreprises qui relocalisent

La crise sanitaire a mis le doigt sur les effets bénéfiques de la relocalisation. Les masques, le gel , les médicaments, les vaccins ont permis d’éveiller au fait que la délocalisation était un danger pour les Français. La relocalisation des entreprises a sonné. À l’heure du Made in France, les entreprises ont un atout de vente pour leurs produits. La relocalisation reste une mesure intéressante pour les entreprises n’étant pas satisfaites de leur délocalisation. Beaucoup de critères motivent celles-ci à revenir en France et particulièrement l’avis des consommateurs. 

L’enquête Ifop pour La Fabrique de l’industrie a été menée auprès d’un échantillon représentatif de 500 dirigeant·e·s d’entreprises industrielles françaises, du 21 au 30 septembre 2020*. Elle les interroge sur leur recours à la sous-traitance étrangère et sur leurs pratiques en matière de délocalisation. Elle dévoile également leurs projections pour les années à venir, concernant les relocalisations et les créations d’emplois.

L’arbitrage entre délocalisation et relocalisation concerne une minorité d’entreprises industrielles

Le premier enseignement de ce sondage est que seules 2 entreprises sur 10 ont recours à la sous-traitance étrangère ou à des délocalisations. La grande majorité des entreprises mène donc ses activités et ses approvisionnements sur le sol français. Sans surprise, les délocalisations et la sous-traitance étrangère sont plus répandues parmi les plus grandes entités (34 % des entreprises de plus de 50 salariés), et moins les plus petites (seulement 14 % des TPE).

Par ailleurs, parmi les entreprises concernées, un quart seulement a accentué son recours à la sous-traitance étrangère ou aux délocalisations dans les dix dernières années. Un autre quart l’a réduit et la moitié restante l’a maintenu stable

La délocalisation et la sous-traitance étrangère ne sont pas uniquement motivées par des questions de coûts

La réduction des coûts directs ou indirects (travail, fiscalité, réglementation…) est évidemment une des motivations du recours aux délocalisations ou à la sous-traitance étrangère mais elle n’est pas la seule, ni même peut-être la principale, contrairement à il y a vingt ans. En effet, près de la moitié (47 %) des entreprises y ayant recours invoquent une motivation hors coût et notamment, pour un tiers d’entre elles, la possibilité d’accéder à une expertise spécifique, à des capacités de R&D ou à un savoir-faire. Pour les 53 % restants, la réduction des coûts se mêle au rapprochement des marchés étrangers.

Avec ou sans relocalisations, les entreprises projettent de créer des emplois en France

Parmi l’ensemble des entreprises industrielles interrogées (incluant celles qui n’ont pas aujourd’hui recours à la délocalisation ni à la sous-traitance étrangère), 60 % envisagent dans les trois prochaines années de créer des emplois uniquement en France. Ce taux atteint 66 % lorsqu’on pose la question aux entreprises d’au moins 50 salariés et 79 % si l’on parle de créations d’emplois en France ou à l’étranger. Cet engouement est un peu moins marqué pour les TPE mais elles sont tout de même majoritaires (54 %) à envisager des créations d’emplois en France d’ici trois ans.

Par comparaison, 40 % des entreprises interrogées ayant recours aux délocalisations ou à la sous-traitance étrangère ont l’intention de relocaliser des activités dans les trois années à venir. C’est certes une bonne nouvelle, mais cela ne concerne donc que 8 % du total des entreprises. Signe supplémentaire que des créations d’emplois industriels se profilent et que réindustrialisation ne rime pas nécessairement avec relocalisation.

*Sondage Ifop pour La Fabrique de l’industrie, réalisé par téléphone, auprès d’un échantillon de 501 dirigeants d’entreprises du secteur industriel, représentatif des entreprises françaises d’au moins un salarié dans ce secteur (méthode des quotas), du 21 au 30 septembre 2020. 

L’enjeu de la relocalisation 

De nombreuses entreprises ont décidé de relocaliser ces dernières années. Parties à l’étranger pour un coût de main d’œuvre généralement plus faible, elles reconsidèrent leur choix. Dans les années 2000, la délocalisation était un phénomène grandissant grâce à un développement de la mondialisation. Ces entreprises menacées par une liquidation ont tenté de survivre par un changement de production. Mais celle-ci n’a plus le vent en poupe, la main d’œuvre très peu coûteuse de l’époque a subi des modifications. En Chine, par exemple, les ouvriers ont désormais un salaire plus important et une classe moyenne se développe. La main d’œuvre et les coûts de transports n’étant plus si avantageux, les entreprises françaises envisagent de revenir sur le territoire. En 2017, 19 relocalisations ont eu lieue sur le territoire français, contre seulement 9 en 2015. 

Relocaliser est une mesure portant ses fruits dans l’expansion de la mondialisation et de la concurrence internationale. Les consommateurs s’attachent de plus en plus à une production responsable. Cette politique se traduit par une diminution des émissions de gaz à effet de serre, limitant les transports de marchandises à travers le monde. L’impact sociétal étant aussi très valorisé par les consommateurs, les conditions de production et de travail sont scrutées. La relocalisation permet de revaloriser l’image de la marque en créant de l’emploi et en diminuant les impacts sur l’environnement. Les entreprises deviennent locales ou encore nationales et s’instaurent dans une politique de proximité du consommateur. Cette idée développée à travers le Made in France donne une image d’entreprise au gage de savoir-faire et de qualité. Les acheteurs sont désormais prêts à payer plus cher pour une production entièrement française et pour des produits au cycle de vie plus long. Le gage de qualité d’un produit est un atout économique, le consommateur n’envisage pas la hausse des prix comme un surcoût, mais comme une justification de la qualité. Par une production française, les délais moins longs restent un avantage contrairement aux concurrents étrangers. 

Rossignol, un pari gagnant 

La relocalisation continue d’être un phénomène plus marginal que la délocalisation. Certaines entreprises ont relocalisé pour envisager une nouvelle stratégie. Par exemple, Rossignol la célèbre marque de ski française avait établit sa production à Taïwan et a décidé de se réinstaller en France en 2010. Cette relocalisation de la marque de ski en Haute-Savoie à Sallanches a permis de valoriser l’image de la marque. Des skis fabriqués dans les Alpes sont un gage de qualité et de proximité pour le consommateur. Sa délocalisation à Taïwan a entraîné de nombreux surcoûts pour l’acheminement des skis en France et en Europe impactant l’entreprise d’un point de vue économique. Produire français pour répondre à une clientèle française semblait plus logique, c’est ce qu’indique le directeur de l’usine, Mimmo Salerno : « Ici, il nous faut deux mois entre une commande et sa livraison. En Asie, il nous en faudrait six » (propos recueillis par l’AFP). Pour l’entreprise alpine, le pari de la relocalisation fut gagnant, même sur le point de vue économique. Un an après, l’entreprise réalisait un bénéfice net de 3 millions d’euros contre un déficit de 94 millions d’euros les années précédentes.

Biospetyl une entreprise en difficulté, sauvée

Outre les grosses entreprises, les PME sont aussi concernées par la relocalisation, c’est le cas d’une entreprise nommée Bioseptyl, toute première fabrication de brosserie en France. Cette entreprise s’est vue obligée de délocaliser en 2012. La brosserie a fait le choix de la Chine pour sa production, à hauteur de 60%. La délocalisation n’ayant pas favorisé la marque, elle perd 60% de son activité entrainant un redressement judiciaire et une liquidation. La décision de relocaliser entièrement à Beauvais est prise par les dirigeants. Les brosses à dents sont vendues au même prix que celles des géants du secteur, pourtant l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 5,4 millions d’euros en 2017. Ce pari réussi de la relocalisation a permis de se démarquer des géants qui fabriquent leurs produits en Asie. La marque a su miser sur la qualité et le critère Made In France. Pour réduire les coûts de production française, les intermédiaires ont été supprimés et l’automatisation du site industriel a été revue. 

Kusmi Tea, une marque désormais 100% Made in France 

Le groupe Kusmi Tea a fait le pari de rapatrié ses productions concernant ses boites de thé. Anciennement fabriqués respectivement en Chine et au Maroc, les boites et les sachets de thé sont désormais réalisés en France. L’entreprise avait délocalisé la fabrication de ces deux éléments pour la main d’œuvre bas de gamme. Fabriqués au Maroc, les sachets de thé nécessitaient d’envoyer le thé et de le rapatrier dans les sachets devenait une production longue et coûteuse. Quant aux boites, le transport et le stockage revenaient à des coûts très excessifs. Le groupe a préféré produire au plus prêt de ses consommateurs. Pour réaliser ce pari, l’entreprise a investi dans quatre machines japonaises afin d’automatiser le site de production des sachets de thé. 

Les expériences de certaines entreprises arrivent à convaincre les autres d’investir dans la relocalisation. Ce phénomène est encore très rare et crée relativement peu d’emploi contrairement aux emplois perdus par les délocalisations. Entre 2009 et 2017, 4 200 emplois ont été créés grâce à la relocalisation contre 32 000 emplois supprimés dû à la délocalisation. Le retour sur le sol français étant généralement synonyme d’automatisation, le Made in France est privilégié au détriment des anciens emplois. 

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