Comment calculer son Besoin en Fonds de roulement (BFR) ?

A lire !

Dans les coulisses de la gestion d’entreprise, le chiffre d’affaires fait souvent figure de star. Pourtant, la véritable clé de la survie d’une structure se cache dans un indicateur plus discret mais ô combat crucial : le Besoin en Fonds de Roulement (BFR).

Qu’est-ce que le BFR ?

Si l’on s’en tient à la définition technique, le BFR se définit comme la différence entre les actifs d’exploitation et le passif d’exploitation considérés au sens large. Mais concrètement, de quoi parle-t-on ? Du décalage de trésorerie structurel généré par l’activité courante de l’entreprise (l’exploitation). En clair, il résulte des décalages inévitables entre les décaissements et les encaissements des flux liés à l’activité de l’entreprise.

Le quotidien de l’exploitation : une affaire de décalages

Dans la vraie vie des affaires, les flux financiers ne sont jamais parfaitement synchronisés. Les exemples de ces frictions temporelles sont légion au cours d’un cycle d’activité :

  • Les clients paient rarement au comptant ; ils paient à l’avance ou avec un délai.
  • Les fournisseurs ne sont pas toujours payés au moment de la livraison.
  • Les salaires sont versés à la fin du mois, tandis que les charges sociales sont exigibles le 15 du mois suivant.
  • La TVA, de son côté, est payée à la fin du mois suivant, etc.

Pour que la machine continue de tourner malgré ces décalages, l’entrepreneur doit prendre en charge des fonds. C’est le cas lorsqu’il faut constituer des stocks, acheter des matières premières ou assumer le coût de prestations intellectuelles.

Un indicateur à double curseur

Le BFR peut être positif ou négatif, et fluctue en permanence selon deux variables clés :

  • L’entrepreneur peut accorder des délais de règlement aux clients $\rightarrow$ ces délais constituent une « créance client ».
  • L’entrepreneur peut demander des délais de règlement à ses fournisseurs $\rightarrow$ ces délais constituent une « dette fournisseur ».

Ce qu’il faut retenir : Finalement, le BFR représente les fonds indispensables au bon fonctionnement et à la sécurité quotidienne de l’entreprise.

Plus l’entreprise grandit, plus le BFR peut être important

C’est une règle quasi universelle qui surprend souvent : plus une entreprise se développe, plus son BFR a tendance à gonfler. Ceci est vrai pour presque toutes les activités. Rares sont les BFR négatifs que l’on constate par exemple dans la grande distribution, où le client paie immédiatement en caisse mais le fournisseur est payé avec un délai.

Dans la majorité des cas, la croissance de l’entreprise fait croître le BFR. Il est donc absolument nécessaire de surveiller son évolution pour ne pas se retrouver à court de trésorerie.

Au commencement de l’entreprise, le BFR est à considérer comme un investissement. Il faudra donc impérativement le couvrir par des capitaux permanents (dans le plan de financement initial), c’est-à-dire par des fonds propres, des subventions ou des dettes à moyen ou long terme.

La formule maîtresse du BFR

Pour évaluer précisément ce besoin, l’expression simplifiée du BFR repose sur la formule suivante :

$$BFR = \text{Stocks (1)} + \text{Créances Clients (2)} – \text{Dettes Fournisseurs (3)}$$

Pour réussir son calcul, le diable se cache dans les détails et les subtilités fiscales :

  • (1) Les stocks sont à calculer en Hors Taxes (HT) : cela comprend les stocks de matières premières, de produits en cours de fabrication et de produits finis dont on doit disposer en permanence pour exercer l’activité dans des conditions normales.
  • (2) Les « créances clients » seront également à prendre en compte Toutes Taxes Comprises (TTC). Attention à ne pas confondre facturation (émission de la facture) avec règlement du client. Pour le calculer, il faudra faire la moyenne des factures aux clients non encore réglées.
  • (3) Les « dettes fournisseurs » seront également à prendre en compte en TTC de la même manière. Pour les calculer, il faudra faire la moyenne des factures aux fournisseurs, en fonction des délais de paiement.

⚠️ Attention : Cette façon de calculer est valable lors de la création d’une entreprise. Lors d’une reprise, il faudra par exemple que les calculs soient entièrement en HT. Le décalage de TVA est quant à lui pris en compte dans les dettes fiscales de l’entreprise.

Les spécificités sectorielles : à chaque activité ses règles

1. Calculer son BFR dans les activités de services

Dans ce cas, il n’y a en général pas de stocks. Cependant, s’il n’y a pas de stock physique, il y a fourniture de prestations intellectuelles. Ces prestations entraînent des fonds à avancer et doivent donc être prises en compte.

  • Il faudra simplement remplacer le terme de « stocks » par « travaux en cours ».
  • Méthode de calcul : Il faudra se servir de base du coût d’une journée de travail, toutes charges courantes comprises (rémunération incluse), et ensuite estimer le nombre de jours de travail moyen nécessaires avant la facturation.

2. Calculer son BFR dans la micro-entreprise (notamment auto-entrepreneurs)

⚠️ Attention aux règles comptables spécifiques : les « créances clients » sont à prendre en compte en HT, alors que les « stocks » seront en TTC. Les « dettes fournisseurs » restent, elles, identiques.

Exemple concret d’application

Prenons le cas d’une entreprise de fabrication. Son chiffre d’affaires (CA) HT est de 550 000 euros, soit 657 800 euros TTC.

Le fonctionnement de l’activité :

  • Achats : 30 % du chiffre d’affaires HT sont les achats, soit 165 000 euros (197 340 euros TTC).
  • Délais clients : 40 % des clients payent à 30 jours et 60 % à 60 jours.
  • Délais fournisseurs : 30 % des fournisseurs sont payés à 60 jours et 70 % à 30 jours.
  • Stocks produits finis : 10 jours de chiffre d’affaires HT.
  • Stocks matières premières : 2 mois d’achats HT.

Le calcul du BFR étape par étape :

Poste d’exploitationDétail du calcul des délais / volumesCalcul financier (en euros)Résultat net
Créances clients$(40\% \times 30 \text{j}) + (60\% \times 60 \text{j}) = 48 \text{ jours}$$657\,800 \times \frac{48}{365}$86 505 € TTC
Stocks produits finis10 jours de chiffre d’affaires HT$550\,000 \times \frac{10}{365}$15 068 € HT
Stocks matières premières2 mois d’achats HT$165\,000 \times \frac{2}{12}$27 500 € HT
Crédit fournisseur$(30\% \times 60 \text{j}) + (70\% \times 30 \text{j}) = 39 \text{ jours}$$197\,340 \times \frac{39}{365}$21 085 € TTC

Le verdict financier :

$$BFR = (86\,505 + 15\,068 + 27\,500) – 21\,085 = 107\,988 \text{ euros}$$

💡 Le mot de l’expert : L’optimisation du BFR est un levier de performance redoutable. Pour préserver votre trésorerie, le mieux est de faire payer vos clients le plus rapidement possible et d’augmenter les délais de paiement des fournisseurs… afin de diminuer le BFR au maximum.

Plus d'articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Derniers articles