Le malaise des dirigeants des petites PME traditionnelles

Alexandra Goachet    06/12/12    0
Depuis des mois, tous les acteurs de l'économie s'accordent à dire que les entreprises françaises rencontrent des difficultés et notamment nos PME en admettant qu’elles sont fortement pénalisées par des charges salariales élevées, sous une pression intenable sur la trésorerie (délais de paiement, commandes confirmées tardivement, négociations commerciales des prix très tendues …) et une fiscalité trop changeante.

Ces 12 derniers mois, le milieu politique n'a eu de cesse de s'engager à prendre des mesures pour améliorer la situation financière que subissent ces PME : mise en œuvre de la Loi de Modernisation de l’Economie, lancement de la Banque Publique d’Investissement, demande aux banques de soutenir les besoins de financements des entreprises, crédit d'impôt... autant de mesures pour laisser aux entreprises un peu d'air en vue de reprendre leur développement.

Des solutions trop limitées

Force est de constater que ces mesures ne ciblent pas la majorité des entreprises.

Côté pile, les dernières décisions gouvernementales répondent principalement aux attentes des grandes PME exportatrices, entreprises innovantes et grosses entreprises françaises.

Coté face, 96,8 % des entreprises françaises, celles qui embauchent de 1 à 19 salariés, ont fait le dos rond pendant un temps, peinent aujourd’hui à maintenir les emplois et finissent malheureusement par s’essouffler. Constat inquiétant quand on sait que ces TPE détiennent la majorité des emplois et créent 27% de la valeur produite de notre pays (source IFOP sept 2012).

A l'inverse des moyennes et grandes entreprises, les TPE, de nature plus traditionnelles, ne bénéficient d’aucune notoriété, ne cherchent pas à délocaliser pour améliorer leur profit et n'ont personne pour injecter des centaines de milliers d'euros afin de soutenir leur activité. Pour elles, les suppressions d'emplois liées à la crise sont moins voyantes, quelques unes par-ci par-là. Mais au final, il ne s'agit pas des 8000 licenciements d’un grand constructeur automobile. Non, se sont 48 300 salariés qui sont touchés par les défaillances dans les TPE pour le seul 3è trimestre 2012 (chiffres Altares).

Des TPE désabusées et seules

Oubliés des médias et des politiques, face à une réglementation fiscale et administrative qui évolue sans cesse, les dirigeants de TPE ne se sont jamais sentis aussi seuls. Confrontés à des problèmes de trésorerie grandissants qui fragilisent la situation financière de leurs entreprises, ils subissent plus directement la faiblesse de la consommation intérieure. Ils ont du mal à obtenir des aides à l'investissement et ne bénéficient que rarement du soutien de leur banque. Ceci sans compter les délais de paiement qui s'allongent encore plus pour les TPE travaillant avec des grands groupes ou des services de l'Etat.

L'ensemble de ces difficultés s'appuie sur une situation conjoncturelle qui ne va pas s'arranger et qui inquiète de plus en plus les dirigeants de TPE.
Les mesures annoncées seront certes bénéfiques pour les entreprises de plus de 50 salariés, mais elles changeront peu la situation des petites entreprises.

Car difficile pour ces dirigeants d’entreprises « traditionnelles » de parler d'innovation, de trouver de nouveaux marchés pour bénéficier des mesures décidées par le gouvernement… cela n'est pas toujours possible.
Se sont aussi eux qui sont en première ligne face au mécontentement de leurs salariés car ces derniers ont perdu depuis octobre quelques dizaines d'euros chaque mois sur leur salaire avec la fin des heures supplémentaires défiscalisées.

Quant à la mesure de Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi inauguré par le gouvernement début novembre, son impact sur les TPE ne sera que minimal : 6% de la masse salariale brute pour une entreprise qui emploie 6 à 7 personnes payées au SMIC, cela ne sera pas suffisant pour investir.

Des orientations plus justes et spécifiques pour l’avenir

Au monde de l’entreprise français d’être plus uni et « patriote » économiquement. Il est temps de changer notre manière de travailler entre fournisseurs et sous-traitants en consolidant les relations, en devenant partenaires au lieu de rechercher l'amélioration des marges à tout prix.

Aux moyennes et grandes entreprises d'aller dans ce sens pour tirer vers le haut ces petites entreprises car elles ont toutes les mêmes objectifs de rentabilité et de croissance. Elles sont toutes créatrices d'emplois.

Au gouvernement de donner plus de clarté, de simplicité, de pérennité et de perspectives dans les mesures de changement qui sont prises. Quatre éléments indispensables pour une gestion cohérente et seine de l'entreprise.

Aux TPE, qui ne peuvent plus attendre, de raisonner en terme d'amélioration de leur compétitivité, car ce n’est pas un sujet réservé aux grandes entreprises. Une compétitivité qui peut passer par une maîtrise des coûts, un des leviers de la performance économique. Il n'est pas nécessaire de mettre en place des solutions logicielles lourdes et coûteuses pour y parvenir.

La mise en place de bonnes pratiques au sein des entreprises est une solution de compétitivité. En l’absence d’aides conjoncturelles gouvernementales, pour les dirigeants, le chemin vers ce gain de productivité et de compétitivité passe par un retour aux fondamentaux (mise à plat des coûts, des processus opérationnels, clarification des postes clients et fournisseurs...) en vue de mieux répondre aux objectifs finaux de l’entreprise.
L’accompagnement du dirigeant sur ces questions de gestion est une action concrète et peu coûteuse pour ceux qui sont prêts à franchir le pas et désireux de passer la tempête.

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14 novembre 2014 6
À propos de l'auteur
Alexandra
Alexandra Goachet
Dirigeante de Boomerang Consultants, conseil en amélioration des performances et maîtrise des coûts des TPE-PME
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