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Les nouvelles technologies détruisent-elles l’emploi ?

L’idée de voir la technologie détruire les emplois n’est pas neuve : elle remonte
au début du XIXe siècle, avec le luddisme britannique. Avec la robotisation des
tâches, cette peur refait surface comme en témoigne le sondage selon lequel 74
% des Français craignent que les nouvelles technologies ne détruisent leurs
emplois. Mais peut-on établir un lien réel entre les innovations techniques et
la montée du chômage ?

Un effet négatif à
court terme

Avec des procédés automatisés, il devient possible de produire plus avec
moins d’employés. La généralisation des machines dans un secteur entraîne de
manière inévitable des renvois de personnel.

Il peut s’agir de licenciements massifs comme lors de la robotisation de
l’industrie automobile dans les années 1980. Des innovations de produits
peuvent également être source de destruction d’emplois : la généralisation des
machines à laver a fait fortement diminuer le nombre d’employés de maison, tout
comme les vendeurs de glace ont disparu avec l’arrivée des congélateurs.

 En 2014, une étude du cabinet de conseil Roland Berger estime que trois
millions d’emplois pourraient être supprimés en France d’ici 2025 avec la
robotisation. Dans le bâtiment, l’industrie ou l’agriculture notamment,
l’automatisation des tâches entraînerait de nombreux licenciements. Selon ce
scénario, le taux de chômage pourrait alors s’élever à 18 %.

Un moteur d’emploi à
long terme

Pour autant, le développement des nouvelles technologies peut se
révéler, à long terme, créateur d’emploi. Cette hypothèse a été formulée par le
sociologue et économiste français Alfred Sauvy avec sa théorie du déversement
que l’on peut rapprocher du concept de destruction créatrice de Joseph
Schumpeter. 

Il considère que les progrès techniques, en
améliorant la productivité, induisent sur la durée un transfert des emplois
d’un secteur d’activité vers un autre. Ce processus a été visible en France
lors de la Révolution industrielle. Avec la mécanisation des tâches agricoles,
la part des salariés dans le secteur primaire est passée en un siècle et demi
de 65 % à 3 %. 

Dans le même temps, la population active a
considérablement augmenté dans le secteur secondaire où de nouveaux emplois se
sont créés. Depuis trente ans, la robotisation grandissante dans les domaines
de l’industrie et de la construction a amené le processus à se reproduire : les
emplois détruits dans le secteur secondaire se trouvent récréés dans le secteur
tertiaire.

Des
incertitudes en matière d’emploi pour l’avenir

Pour autant, la théorie du déversement n’est pas
mécanique et n’implique pas forcément autant de créations d’emploi, que
d’emplois détruits par les innovations techniques. Ce processus ne prend pas
non plus en compte l’impossibilité pour certaines personnes licenciées de
retrouver un emploi.

 L’économiste Jean Fourastié donne notamment
l’exemple d’un ouvrier mis au chômage par la robotisation de son poste et qui
aura bien du mal à se reconvertir dans le domaine informatique. Rien ne dit que
la théorie du déversement pourra s’appliquer au modèle économique actuel.
L’étude de Roland Berger évoquée précédemment envisage ainsi des licenciements
dans quasiment tous les secteurs. On compterait trois millions de chômeurs
supplémentaires, qu’il sera difficile de compenser. 

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