Start-Up

Le roi du covoiturage, interview Victor Clément

À 24 ans, Victor Clément a la tête sur les épaules. Ce jeune créateur a
lancé le concept Wetruck directement à sa sortie d’école de commerce.
Aujourd’hui concentré à temps plein sur le projet, il entend développer sa
plateforme qui met en relation particuliers et professionnels du transport pour
du covoiturage… en camion ! Parcours. 

C’est lors de son passage étudiant à l’école de commerce Neoma que Victor
découvre les joies de la création d’entreprise. « À l’époque, nous
avons pu assister à plusieurs séminaires de créativité, ainsi qu’à des
conférences avec des entrepreneurs et des personnes qui ont participé à des
projets innovants »
, précise le jeune homme. « Dans ce cadre, j’ai
découvert le milieu de la création d’entreprise. Comme je n’étais pas vraiment
déterminé sur ce que je souhaitais faire après les études et que j’avais
certains amis qui se posaient la question de l’entrepreneuriat, l’idée a
progressivement germé en moi. » 

D’UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE…

L’aventure Wetruck a débuté suite à une expérience personnelle. Victor est
alors dans les Châteaux de la Loire, et cherche à rejoindre la Bourgogne pour y
retrouver sa grand-mère. Sans voiture, le jeune homme a deux alternatives : le
train, qui lui propose un trajet long et coûteux, et covoiturage.fr, qui ne
proposait à l’époque qu’un trajet tous les deux jours, très tôt le matin.
Victor choisit cette dernière solution. « Je me suis rendu compte que
l’on pouvait observer de nombreux camions en file indienne sur la route. Ils
partaient de mon point de départ et s’arrêtaient à l’entrepôt juste à côté de
mon point d’arrivée… »
, explique-t-il. 

Victor subit à nouveau ce genre de mésaventures et se rend progressivement
compte qu’il existe de nombreuses zones en France où les gens demeurent isolés,
sans alternative pour se déplacer… Il identifie également le fait que les
transporteurs routiers voyagent bien souvent seuls, et qu’il reste des sièges
disponibles dans chaque camion. Le jeune homme y voit une opportunité business.
L’entrepreneur se met en tête de mettre en relation ce petit monde pour
proposer un mode de covoiturage alternatif. L’idée de Wetruck est née. «
J’ai travaillé sur le projet pendant mon alternance. J’ai présenté le concept
lors de plusieurs événements dont le Start-up week-end de Rouen en 2013 et j’ai
tout de suite vu que Wetruck avait un franc succès auprès des jurys »
,
précise le créateur. 

UN TRAVAIL SUR LE TERRAIN

Depuis cet été, date à laquelle il a terminé ses études, Victor s’est lancé
à temps plein sur le projet. Et il ne ménage pas ses efforts pour
réussir. « Pour développer un service de mobilité, il faut comprendre
dans le détail quels sont les métiers du transport »
, explique-t-il. Victor
crée donc un contact proche avec des transporteurs, des responsables
d’exploitation, des professionnels du secteur, le tout afin de prendre
réellement conscience de leur métier au quotidien. « Il fallait que je
sache si mon idée allait constituer pour eux une contrainte ou un avantage. Je
devais identifier précisément le besoin pour tenter d’y répondre au plus près »
,
s’enthousiasme Victor. 

SURFER SUR LA SHARING ECONOMY

Avec ce projet, le jeune homme surfe clairement sur la vague de l’économie
du partage, celle qui a vu les BlaBlaCar et autre AirBnB devenir les réussites
que l’on connaît. Mais sur un marché de plus en plus concurrentiel, Victor n’a
pas peur de se lancer. Il y voit plutôt une opportunité. « Cette
concurrence ne me fait pas peur, au contraire, il s‘agit d’un mouvement
enthousiasmant. Grâce au web 2.0 et au processus d’intermédiation, il existe
plein de possibilités au niveau de l’entrepreneuriat. Il y a des opportunités
de création, même dans l’associatif. Cela ouvre le champ des possibles ! »

Ce qui plaît avant tout à Victor dans ce projet, c’est de placer l’humain
au centre, et de développer une entreprise à vocation sociétale. Wetruck
devient ainsi une alternative à la voiture dans les zones de banlieues, les
zones rurales ou les zones frontalières, qui demeurent encore aujourd’hui assez
mal desservies, enclavées. 

Si aujourd’hui, l’entrepreneur se lance seulement dans une phase de bêta
test, dans le but de tester la plateforme et la faisabilité du projet,
l’objectif à moyen terme reste d’ouvrir une version grand public du site web.
Et de se poser en véritable plateforme complémentaire au covoiturage
traditionnel. Affaire à suivre…

TROIS QUESTIONS À… VICTOR CLÉMENT

Que représente l’entrepreneuriat pour vous ?

Entreprendre est à la fois synonyme de liberté, mais cela représente
également pour moi une véritable quête de sens et d’épanouissement.
Aujourd’hui, je travaille sur des problématiques aussi variées que le
juridique, l’assuranciel, la gestion des risques… Je parle avec une grande
diversité d’acteurs (transporteurs, élus locaux) et je touche à de nombreux
sujets. Il s’agit d’une expérience très enrichissante et c’est d’ailleurs ce
qui fait le charme de tous les projets entrepreneuriaux, c’est très stimulant
intellectuellement. Je ne suis pas dans l’exécution des tâches, mais je
construis un projet sociétal sur le long terme, et je trouve ça génial ! 

Quel type de (jeune) manager êtes-vous ? 

À l’heure actuelle, je travaille en collaboration avec un développeur à
temps partiel, un prestataire informatique et deux stagiaires. Avec ma jeune
expérience, je me rends compte que cela reste primordial de recruter des
personnes autonomes et proactives. Au début d’une aventure entrepreneuriale, le
temps est compté. Il faut donc trouver des gens sincèrement motivés, qui
veulent s’investir dans le projet et le voir éclore. Le management doit donc
être le plus léger possible, afin de laisser aux personnes la possibilité
d’être force de proposition et d’agir de manière autonome. 

Quels conseils donneriez-vous à vos confrères entrepreneur(e)s ?

Je dirai qu’il ne faut pas hésiter à rencontrer les acteurs de son marché.
Pour ma part, le fait d’être en école de commerce m’a permis de prendre part à
de nombreux événements networking. J’ai par exemple pu participer à un «
start-up week-end » où j’ai rencontré les acteurs de l’innovation. J’y ai même
gagné un prix ! En Ile-de-France particulièrement, les entrepreneurs ont la
chance d’avoir accès à un large choix d’événements professionnels. Il est
important d’y entrer pour se former et rencontrer soit des partenaires, soit des
associés.

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