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Interview de Kevin et Julia Hartz, Cofondateurs d’Eventbrite

En plus d’être un des entrepreneurs phares de la Silicon Valley, Kevin Hartz est aussi un des investisseurs de PayPal, Yammer, Pinterest ou Airbnb.

Comment vous êtes-vous lancé dans l’entrepreneuriat ?

Kevin : J’ai monté ma première entreprise quand j’étais à l’université. C’était un annuaire des étudiants, un réseau social un peu du même type que Facebook. Mais à l’époque, il n’y avait pas encore Internet et mon idée était arrivée un peu trop en avance. Dommage ! Plus tard, j’ai créé Connect Group, un fournisseur d’Internet haut débit pour les hôtels. J’ai revendu très rapidement cette entreprise. L’argent gagné grâce à la vente de Connect Group m’a permis d’investir dans d’autres entreprises, comme PayPal, qui n’était alors qu’une startup. 

Mais vous n’avez pas pour autant abandonné votre passion pour l’entrepreneuriat ?

Kevin : Non, bien sûr. Lorsque je travaillais dans des sociétés de capital-risque, j’ai été fasciné de voir que, malgré l’éclatement de la bulle Internet, PayPal continuait à grandir très vite. Je me suis donc intéressé au business du paiement en ligne et j’ai quitté l’agence de capital-risque pour monter Xoom, une plateforme d’échange d’argent au niveau international. Puis j’ai rencontré Julia qui travaillait alors dans la production télévisuelle à Hollywood. Elle m’a rejoint en Californie et nous avons créé ensemble Eventbrite avec Renaud Visage, un entrepreneur français.

N’est-ce pas difficile de monter une entreprise en couple ?

Julia : Au tout début du projet, Michael Birch, le fondateur de Bebo, qui était l’un de nos mentors, nous a donné le conseil de « diviser et conquérir » pour que cette création à deux fonctionne bien. Nous avons divisé le travail de manière à ce que nos tâches ne se superposent pas. Cela nous a permis d’avancer plus vite et d’éviter des situations délicates, génératrices de conflits.

La société a été placée dans le top 5 des PME où il fait bon de travailler dans la Silicon Valley. Comment avez-vous réussi cela ?

Julia : L’entreprise s’est développée très rapidement. Je me suis rendu compte que je devais ne plus regarder les collaborateurs comme des salariés, mais comme des êtres humains afin de créer une entreprise durable. Je ne leur ai pas imposé une culture d’entreprise, mais je leur ai laissé l’espace et l’autonomie nécessaires pour qu’ils la créent d’eux-mêmes. Nous avons, par exemple, commencé à organiser des cours donnés par les salariés pour leurs collègues. Dans la même logique qu’Eventbrite permet aux gens d’échanger, nous encourageons les salariés à partager leurs passions. 

Comment expliquez-vous vos nombreux succès entrepreneuriaux ?

Kevin : Je suis curieux, j’aime apprendre des autres et partager des connaissances. C’est cet état d’esprit que l’on retrouve dans la Silicon Valley et qui explique le succès des entreprises qui s’y développent. 

Le secret pour bâtir une Silicon Valley en France serait donc de promouvoir l’échange entre entrepreneurs ?

Kevin : Oui, et avec les professionnels d’autres secteurs également. Mais il y a une certaine ironie sur ce point, car l’esprit d’échange et de partage des idées, c’est une chose que l’Amérique a appris de la France ! Regardez les époques les plus créatives dans l’Histoire française : ce sont toutes des périodes où il y avait une vraie émulation des idées dans une dynamique de partage. Toute la Révolution française par exemple s’est préparée dans les salons où les intellectuels venaient échanger avec des artistes, des scientifiques… Il y avait une vraie réflexion sur le futur, comment le préparer, comment s’y adapter. Cette atmosphère de partage a donné naissance à de grandes innovations, comme dans l’art par exemple avec la naissance du mouvement impressionniste. C’est vraiment la même dynamique que dans ces salons que l’on retrouve partout dans la Silicon Valley.

C’est toujours cette volonté de partage qui vous a inspiré la création de Youniversity Ventures ?

Kevin : Tout à fait. Avec les cofondateurs de Youtube et de PayPal, nous avons créé Youniversity Ventures pour aller au contact des jeunes, dans les universités, où beaucoup de projets bouillonnent, pour les conseiller sur leurs idées. Nous sommes convaincus que l’innovation sort de la jeunesse ! Et ce qui n’était au début qu’une démarche de mentors s’est petit à petit traduit en investissements. Ce contact avec les jeunes est devenu une grande source d’inspiration pour moi. Les étudiants sont ce qu’on appelle les « early adopters », les premiers à adopter les technologies innovantes. Rester en contact avec eux permet de mieux identifier les tendances sociétales naissantes, les nouveaux usages qui vont se développer. 

Comment avez-vous su repérer des startups à succès comme Pinterest ou Airbnb pour investir dedans ?

Kevin : Pour choisir mes investissements, je me concentre surtout sur l’équipe fondatrice. Je recherche des personnes intelligentes et qui ont une bonne éthique de travail. J’analyse ensuite leur parcours familial et ce qui les motive. Est-ce que ce sont des personnes qui veulent gagner à tout prix ? Ont-ils eu des parcours difficiles, comme les enfants d’immigrés par exemple, et qui ont la rage de réussir ? Je cherche également des personnes ayant une vraie expertise. Lorsqu’il y a plusieurs associés, je regarde chaque personne, mais aussi comment chacun travaille avec ses coéquipiers.

Les 5 conseils

1/ Ayez plusieurs options. Comme on ne peut pas prédire le futur, il ne faut pas que le développement de son entreprise dépende du capital-risque. Il faut être prêt à monter sa boîte en travaillant comme salarié le jour et en avançant sur son projet la nuit.

2/ Ayez au moins un cofondateur. Entreprendre à deux, c’est bien, mais quand il y a d’autres associés, c’est mieux. Il faut choisir des associés qui sachent vous complimenter dans ce que vous faites de bien et qui puissent vous soutenir. La création d’entreprise est une aventure qu’il est très difficile de traverser tout seul. En tant qu’investisseur, je ne choisis que des projets où il y a au moins deux fondateurs.

3/ Trouvez des mentors qui pourront vous conseiller et vous aider à avancer. Soyez bien à l’écoute de leurs conseils.

4/ Pensez grand. C’est aussi difficile de construire une entreprise sur un petit marché que sur un grand. Puisque le challenge est le même, autant penser dans une perspective globale.

5/ Trouvez les bons employés et investissez sur eux car ce sont les salariés qui font tout le succès d’une entreprise.

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