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Interview de Julien Coulon, Cofondateur de Cedexis et chercheur d’or d’Interne

Entretien avec Julien Coulon, cofondateur de Cedexis et chercheur d’or d’Internet. Cet entrepreneur, associé à Marty Kagan, qui vient de réussir une levée de fonds de 22,8 millions dollars, entend bien créer son propre courant. 

L’informatique et vous, une longue histoire d’amour ?

Autodidacte, je cherche du travail dès ma sortie du lycée dans mon domaine de prédilection : l’informatique. je commence à travailler en 1992 chez france telecom hébergement qui m’envoie au bout de quatre ans à new-york faire de l’analyse stratégique. deux ans plus tard, je rentre dans l’hexagone prendre en charge la partie internet et minitel de france 98, avant de développer l’activité hébergement. je quitte l’opérateur en 2000 pour participer au montage de langages virtuels, une start-up de web conférences. tout juste rachetée par genesys conferencing, j’y reste 2 ans à l’issue desquels je rejoins le cdn akamai. ils me recrutent afin de lancer l’activité e-commerce, média, télécom, social et networking. je prends le pari et réussis à positionner l’entreprise comme le leader incontournable de la diffusion de contenus et d’accélération d’application sur le marché français.

Ces experiences ont-elles été déterminantes ?

J’ai eu la chance inouïe de participer à l’essor du net en france. j’y ai travaillé très dur et en suis ressorti riche d’enseignements. en contrepartie cela m’a pris énormément d’énergie et de temps. j’ai investi dans ces entreprises comme si c’était les miennes. ces différents postes m’ont donné de la hauteur et de l’ambition quant à mon futur professionnel. si j’ai une chose à retenir de mon expérience de cadre, c’est bien que ceux qui lancent les boites ne sont pas forcément ceux qui les maintiennent. je me suis tout simplement dit à ce moment-là qu’il serait grand temps de monter ma société ! j’ai bien réfléchi au concept que je voulais développer et je me suis lancé.

Comment se sont déroulés les débuts de l’entreprise ?

En milieu d’année 2009, je cofonde cedexis avec marty kagan, également issu du monde de l’hébergement et de la diffusion de contenus. l’entreprise naît sur deux continents, l’europe et l’amérique, dont mon associé et moi sommes respectivement originaires. ensemble, on pense une solution unique de monitoring utilisateur afin de les injecter dans un système d’aiguillage en temps réel. le but ? améliorer la qualité de service de sites internet et d’applications mobiles pour n’importe quel visiteur, à partir de n’importe quel réseau dans n’importe quelle localité du monde. nous articulons notre offre autour de trois services technologiques : radar, openmix, impact. le premier, radar, notre outil de monitoring, fait remonter chaque jour près de 7 milliards de données sur la performance réellement vécue par les utilisateurs finaux, donnant à nos clients une vision sans précédent de l’état de santé d’internet (opérateurs, clouds, cdn, data centers) dans le monde. ces données sont utilisées par le moteur de décision intelligente openmix afin de diriger en temps réel le trafic de chaque internaute vers le prestataire cloud, cdn ou data center le plus disponible, le plus performant, le moins cher ou même le plus écologique. enfin, impact offre un outil de corrélation de la performance et des indicateurs métiers qui comptent vraiment pour l’entreprise cliente. avec mon équipe, nous établissons  une stratégie de différenciation sur le digital. nous entendons nous positionner en tant qu’ « aiguilleurs du net », le web c’est comme le périphérique. plus il y a de trafic, plus le réseau est de mauvaise qualité, plus vous avez besoin de gps pour éviter les bouchons, nous sommes ce gps et nous pouvons même tenir le volant !

Avez-vous effectué des levées de fonds ?

Il faut être très vigilant et attentif avant de faire une levée de fonds : même si vous êtes majoritaire sur le papier vous êtes en réalité minoritaire. c’est un mariage en sachant que vous allez divorcer, donc une vie commune qui impacte fortement la culture d’entreprise. quand on peut, il vaut mieux opter pour un investisseur qui a été entrepreneur car il a vécu ce que vous traversez. le fameux « je pensais que c’était dur mais pas à ce point-là » crée du lien. votre interlocuteur doit pouvoir vous comprendre, vous capter rapidement. personne n’a le droit de vous faire gaspiller une minute de votre vie, on n’a que 24 heures dans une journée, chaque minute est précieuse et il faut en prendre conscience. pour en revenir à notre cas, l’aventure entrepreneuriale a commencé sur des chapeaux de roue ! dès 2010, nous organisons notre première levée de fonds à hauteur d’1 million d’euros auprès de business angels français. l’année suivante, ce sont cette fois-ci des investisseurs américains, advanced technology ventures et madrona ventures, qui injectent 7 millions de dollars chez cedexis. en 2013, citrix nous prête 4 millions, mais c’est cette année que tout a changé. nous venons de boucler un tour de table de 22,8 millions de dollars mené par ginko ventures, la branche financière de foxconn technology, avec la participation de ngp, citrix systems ventures et nos investisseurs historiques (ndlr : advanced technology ventures et madrona ventures). nous recevons également le soutien de bpifrance, sous la forme d’un prêt innovation. au total, cedexis aura réussi à réunir 33 millions d’euros depuis sa création en 2009. les fonds ainsi levés nous permettent de poursuivre notre croissance à l’international et de renforcer nos services à destination des éditeurs de contenus, de solutions saas, de vidéo ott et d’applications mobiles.

Votre culture d’entreprise vous tient-elle à cœur ?

sans tomber dans le cliché, cedexis est une seconde famille pour moi. la notion de communauté est essentielle pour nous et donne lieu à une culture d’entreprise très forte. je fais tout pour eux et ils me le rendent au centuple. je ne suis pas devenu le parrain pour autant ! la hiérarchie n’est pas pesante et se fait volontiers oublier. mon statut de patron se limite à mon titre sur ma carte de visite et à mes responsabilités administratives. je pense « on » car seul je ne fais rien, on fait absolument tout ensemble. l’esprit start-up nous anime. le personnel est multitâches, vous n’êtes pas une case dans un tableau excel ! au bureau, l’atmosphère est très collégiale, j’ai la pression de ne pas les décevoir et d’être à la hauteur des attentes de chacun. c’est mon rôle de favoriser leur énergie et d’optimiser leur cadre de travail. je dois aussi créer le doute chez eux et susciter leur humilité afin de renforcer l’union entre chaque membre de l’équipe. ainsi ils continuent à s’entraider et à se soutenir. on s’est inspiré des modes de fonctionnement des pays nordiques au management plus humain et collectif. là-haut, leur priorité première est de satisfaire le client, sans développer un commerce agressif ou ultra-compétitif pour le personnel. chez cedexis, nous avons le même dessein, qui explique nos placements géostratégiques. grâce à l’implantation de nos bureaux un peu partout en europe, aux états-unis et même au moyen-orient, nous nous associons au personnel le plus performant dans son domaine. nous bénéficions en prime d’une culture internationale.

L’entrepreneur est-il un patron comme les autres ? 

Il m’arrive encore d’effectuer 80h par semaine comme quand j’étais salarié ! workaholic, on l’est ou on ne l’est pas ! le patronat ne s’apprend pas plus que l’entrepreneuriat. on a cela dans le sang. c’est un réel choix de vie à méditer notamment avec son entourage. l’avis du conjoint est primordial, l’aventure doit être familiale ou ne pas être du tout. sans le soutien familial, je suis persuadé que je n’y arriverai pas. il faut se méfier du fameux « 3d » tant redouté par les entrepreneurs : divorce, dépression, dépôt. pour l’éviter, j’ai choisi de mélanger la vie personnelle et professionnelle. je ne vais jamais nulle part sans mon téléphone ce qui me permet de multiplier les contacts avec ma famille. nous allons plus souvent en vacances et je déculpabilise ainsi de beaucoup travailler. pour cedexis, j’avais à me rendre au canada et j’en ai profité pour offrir un séjour outre-atlantique à ma petite tribu. le repos total n’existe pas chez moi… c’est quasi-impossible de laisser son sac et sa besogne à l’entrée de chez soi. mais ce n’est pas le plus dur à gérer ! le plus difficile c’est « l’écart type » que vivent bon nombre de mes pairs et moi-même. ce gap entre l’euphorie et la dépression liées au travail. un soir, on est le roi du monde et le lendemain, on se sent moins que rien. pour relativiser, je tiens à conserver de la simplicité dans mes rapports professionnels. je ne suis mieux que personne et je peux faire la tâche de n’importe lequel de mes employés. j’ai besoin d’être en rendez-vous client plusieurs fois par semaine, pour continuer à être en contact avec la réalité de mon métier. les clients sont à la base de notre service, nous leur devons d’exister et cela me permet d’avoir mes petites piqûres de rappel hebdomadaires ! 

Un avenir prometteur en perspective ?

En 2015, nous avons fait 10 millions de chiffre d’affaires et nous ne nous arrêterons pas là. en revanche, pour 2016 il s’agit d’une année de transition durant laquelle nous nous devons d’être moins regardants au niveau des chiffres. nous nous préparons pour l’an prochain en réorganisant le département marketing et en renforçant les équipes, d’une manière générale. l’objectif à moyen terme est de se mettre en bourse d’ici 5 ans ! je reste lucide, avec 33 millions de levée de fonds, je ne suis plus majoritaire quoi qu’il arrive mais je tiens à ma boîte. je me vois rester à mon poste, à faire ce que j’aime avec un staff que j’adore. le bureau, c’est ma seconde maison, nous avons encore beaucoup de choses à partager ensemble ! je veux faire évoluer les gens, donner du sens à ceux qui vont plus tard, peut-être comme moi, changer le cours de leur destin. la bienveillance est à la base d’une bonne ambiance. sans fioriture ou complaisance, nous voulons un climat de travail sain et productif. évoluer ensemble, grandir ensemble, réussir ensemble.

Réussir pour partager serait-elle la morale de l’histoire ?

La transparence est de mise chez nous : chacun doit être en mesure de savoir sur qui compter et ce qu’il se passe au sein de leur entreprise, car c’est bel et bien la leur. nous en avons fortement ouvert le capital afin que tout le monde ait des parts et se sente davantage concerné par son devenir. nous avons deux grands axes de pensée au sein de la boîte : business et humanitaire. nous voyons également dans l’amélioration de la performance en ligne un moyen de faire progresser l’éducation dans les zones défavorisées et les pays en voie de développement. c’est dans l’adn de cedexis de faire progresser sur les plans économique et humain les sociétés dans toutes les régions du monde grâce à un meilleur accès à l’information en ligne. arrêtons de penser qu’être entrepreneur, c’est de vouloir faire beaucoup d’argent ! après plus de deux ans sans salaire, je gagne aujourd’hui deux fois moins qu’à l’époque où j’étais cadre supérieur. pour ma part, le pari entrepreneurial est davantage sociétal. 

5 Conseils JULIEN COULON

  • Savoir bien s’entourer et faire confiance, aux équipes qui vivent l’aventure comme le fondateur avec ses hauts et ses bas. L’équipe et la famille permettent de garder les pieds sur terre et de ne pas se perdre en chemin.
  • Se remettre en question pour évoluer, il y a toujours une meilleure version de nous qui attend d’être mise à jour !
  • Savoir écouter les critiques et s’en servir, acceptez le reflet que vous offre les autres de vous-même pour apprendre à vous connaître.
  • Prendre conscience de la valeur de son temps, ne pas le gaspiller, vous n’aurez jamais que 24 heures dans une journée, cernez vos priorités.
  • Rester focus sur ses objectifs, c’est « le syndrome du premier client » pour qui on est parfois prêt à travestir son activité… à ne surtout pas faire. 

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