Créer sa start-up peut s’avérer une opportunité idéale afin de rentrer dans le monde de l’entrepreneuriat. Cependant, dans un contexte économique parfois difficile, le manque d’investissement peut être un frein à son développement. Une levée de fonds est alors indispensable à la pérennité de celle-ci.
Cependant, il arrive parfois que ces apports de capitaux ne soient pas suffisants ou soient mal injectés, d’où la faillite. Quelles sont alors ces start-up qui ont levé des fonds et qui ont quand même fait faillite et échoué à se maintenir ?
L’une des levées de fonds les plus catastrophiques du numérique
Avec près de 800 millions de $ de levée de fonds, la start-up américaine WebVan détient l’un des records les plus tristes du monde Internet. Créée en 1996 et spécialisée dans la livraison de produits d’épicerie, cette dernière a très mal géré son capital-risque. L’injection de fonds par les investisseurs dans le but de renforcer la flotte de véhicules de la société n’a en effet pas suffi à la sauver de la faillite. Seulement un an après cette levée de fonds astronomique, WebVan a été forcée de déposer le bilan.
Un marché porteur qui ne réussit pourtant pas
PayByTouch, qui a existé entre 2002 et 2007, était pourtant placée sur un secteur de pointe en plein développement actuel : le paiement par empreinte digitale. Cependant, n’est pas Google ou Apple qui veut. Malgré une levée de fonds de 340 millions de $, la start-up a subi les affres de la gérance de son fondateur. Impayés et mauvaise gestion ont eu raison de PayByTouch, malgré une croissance notable dans son secteur.
Une idée novatrice qui échoue
Parfois, un concept novateur et ingénieux ne réussit pourtant pas. C’est le cas de Quirky, entreprise spécialisée dans les produits connectés. La plateforme proposait aux internautes de voter pour une idée d’objet connecté, et Quirky était chargée de développer le projet.
À mi-chemin du crowdfunding et du site participatif, le concept a quand même échoué. Malgré une levée de fonds de 185 millions de $, là aussi les collaborateurs ont enchaîné les erreurs, à l’instar du financement pour près de 400 000 $ d’une enceinte bluetooth, vendue au final à seulement 28 exemplaires.
Une mauvaise stratégie commerciale
La vente en ligne de vêtements sportswear est particulièrement à la mode depuis ces dernières années. Toutefois, cela ne réussit pas à tous les entrepreneurs. C’est particulièrement le cas du site Boo.com qui affichait pourtant à sa création plus de 50 000 visites quotidiennes.
Cependant, son taux de conversion catastrophique (de l’ordre de 0,25 %) a précipité sa chute. Une levée de fonds de 135 millions de $ a en effet été insuffisante pour le groupe. Le quotidien The Times a même attribué à la start-up le titre de première victime de la bulle Internet des années 2000.
Une levée de fonds disproportionnée
Échec français retentissant, L’Usine à design était pourtant un projet ambitieux. Fondée en 2009 par Émilie Gobin, la start-up prometteuse se destinait à la décoration d’intérieur et l’ameublement.
Une levée de fonds disproportionnée par rapport à la taille du site aura eu raison de la start-up en 2013. Elle démontre que, malgré une forte croissance, une entreprise doit s’adapter en conséquence pour évoluer. Au total, 5,5 millions d’€ ont été injectés. Un apport survenu beaucoup trop tôt pour la plateforme, qui n’a pas su gérer cet investissement.
Save, le réparateur de smartphones fondé par Damien Morin
Save représente parfaitement l’exemple de la startup à qui tout souriait, mais qui s’est brûlée les ailes. Créée en 2013 par Damien Morin, l’entreprise est spécialisée dans la réparation de smartphones, tablettes, ordinateurs et autres objets électroniques. Ses petits points de vente (de 12 à 15 m²) sont alors présents dans des centres commerciaux ou des aéroports, et les réparations se font très rapidement, en quelques minutes seulement.
À une époque où le smartphone est roi et où il est inconcevable d’avoir un écran fendu, Save connaît une ascension fulgurante. En 2015, deux ans après sa création, elle lève 15 millions d’euros et recrute à tour de bras pour arriver au chiffre impressionnant de 450 salariés.
Pourtant, en 2016, tout s’écroule. Seulement quelques mois après sa dernière levée de fonds, la société déclare la cessation de ses paiements au greffe du tribunal de commerce de Nanterre. Elle obtient l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Or, à la date de clôture du dernier exercice social, son chiffre d’affaires était de plus de 12 millions d’euros…
« On avait un mauvais contrôle de nos achats, la finance était approximative, notre gestion de stock était brinquebalante, les vols en corners ont pris une ampleur considérable, l’Allemagne et l’Espagne ont été un échec, nos relais de croissance n’ont pas vu le jour, et j’en passe… On cramait trop d’argent et on ne savait pas comment », expliquait alors Damien Morin.
Save, dans les coulisses d’une aventure pas comme les autres
S’en suivent huit mois de redressement judiciaire au cours desquels la startup autrefois florissante doit se séparer d’un tiers de ses effectifs. D’ailleurs, elle ferme une quarantaine de points de vente. Une cure d’austérité qui permet à Save de redevenir rentable et de trouver un repreneur. Remade Group, le leader français des smartphones reconditionnés, s’offre ainsi la société.
De son côté, Damien Morin reste directeur général de Save pendant huit mois avant de rebondir vers d’autres horizons. Par la suite, l’entrepreneur s’est relancé avec succès en créant Mobile Club, un service de location de smartphones sans engagement.
Morning et Hush, les néobanques d’Éric Charpentier
Créée en 2013 et tout d’abord nommée Payname, la startup toulousaine Morning n’avait pour autre ambition que de révolutionner le paiement entre particuliers. Véritable néobanque, Morning proposait un service de paiement entre amis, mais également la possibilité d’obtenir un compte bancaire et une carte entièrement pilotables (choix de son code pin, capacité de bloquer son compte pour éviter de dépasser une certaine somme, possibilité de bloquer temporairement sa carte en cas de perte ou de vol, etc.).
Payname devient Morning pour révolutionner la banque en France
Son fondateur, Éric Charpentier, a le vent en poupe et séduit les investisseurs. Il concrétise plusieurs levées de fonds :
- 300 000 euros en 2013,
- 500 000 euros en 2014 (via une campagne de financement participatif),
- 5 millions d’euros en 2015, dont 80 % de cette somme est amené par la MAIF.
Ne voyant plus de limite à sa réussite, l’entrepreneur se lance dans la construction d’un siège social sur la commune de Saint-Élix-le-Château, son village d’origine situé en Haute-Garonne. Estimés à 1,2 million d’euros, les travaux donnent naissance en juin 2016 à un premier bâtiment de 600 m². Dans le même temps, Éric Charpentier caresse la volonté d’entrer en bourse. Un projet qui rebute la MAIF, laquelle détient alors 38 % des parts.
Un blocage ?
La compagnie d’assurances bloque ses investissements et exprime son désaccord avec la stratégie du fondateur. Avec cette manne de fonds bloquée, les ambitions d’Éric Charpentier en prennent un coup. Pour mener à bien son projet de création d’une carte de paiement, il n’hésite pas à prélever 514 564 euros directement sur les dépôts de ses clients.
Résultat : 75 000 d’entre eux n’ont plus eu accès à leur compte. À la suite de ce hold-up pour le moins embarrassant, un bras de fer s’engage entre le groupe d’assurances et le fondateur de Morning. Bien plus musclée, la MAIF l’emporte. Elle fait entrer la banque Edel (filiale de Leclerc) au capital et débarque Éric Charpentier.
Les déboires du Toulousain ne s’arrêtent pas là !
Chauffé à blanc par sa mise à l’écart d’une entreprise qu’il avait pourtant créée, Éric Charpentier se lance en 2017 dans un nouveau projet. En fondant Hush, il ambitionne toujours de proposer un compte bancaire assorti d’une carte de paiement. Néanmoins, cette fois-ci, il entend également fournir à sa clientèle un accès aux cryptomonnaies et la possibilité de soumettre des projets entrepreneuriaux à d’autres utilisateurs pour qu’ils participent au financement.
Les objectifs affichés de Hush étaient ambitieux. Il était prévu de lever 20 millions d’euros, d’organiser une autre levée en cryptomonnaies, d’obtenir un agrément bancaire et de s’entendre avec MasterCard d’ici 2018. Problème : en avril 2018, la startup annonçait n’avoir levé que 540 000 euros et 245 ethers (environ 50 000 euros).
Avec moins de 600 000 euros collectés, Hush est restée très loin de la somme visée. L’agrément bancaire et l’accord avec MasterCard sont passés aux oubliettes. En juillet de la même année, Éric Charpentier envoie son dernier message sur le Telegram de la société, ferme ses comptes Facebook, LinkedIn et Twitter, puis prend le large, laissant une ardoise de plusieurs centaines de milliers d’euros aux investisseurs et aux créanciers.
Allmyapps, l’ancêtre des App Store, de Thibaut Favre et Arnaud Coulondre
Allmyapps est un service créé en 2009, permettant d’installer plusieurs logiciels gratuits en une seule fois sur son ordinateur. Fondée par Thibaut Favre et Arnaud Coulondre, la startup réunit un capital de départ de 70 000 euros et recrute rapidement 30 000 utilisateurs. Un premier deal est signé dans la foulée avec Intel.
En 2010, les résultats permettent de lever des fonds auprès d’Elaia Partners et de recruter toute une équipe. Grâce à une campagne de marketing intensive, près de 120 000 personnes sont convaincues. Cependant, la startup n’arrive pas à attirer trois des plus gros éditeurs de logiciels : Microsoft, Kaspersky et Norton, qui préfèrent créer leurs propres App Store maison.
Elaia Partners décide toutefois d’investir à nouveau en injectant un million d’euros. Malgré cela, Allmyapps ne décolle pas et se voit contrainte, en 2012, de se séparer de certains de ses employés. Elaia Partners réinjecte 300 000 euros pour soutenir la structure, ce qui permet à Allmyapps d’atteindre finalement la rentabilité en 2013.
Alors que le ciel semble s’éclaircir, Google assène l’estocade à la startup en modifiant son algorithme. Le trafic sur l’application s’effondre de 70 % et Allmyapps est placée en liquidation judiciaire. Ironsource, entreprise israélienne partenaire de la société, la rachète alors pour 361 000 dollars.
Par la suite, les fondateurs ont évolué vers de nouveaux horizons :
- Thibaut Favre a créé Democratech, une association dont l’objet est de favoriser la participation citoyenne, tout en collaborant en parallèle avec l’accompagnateur de startups The Family.
- Arnaud Coulondre est revenu à une activité salariée, passant par Engine à San Francisco avant de revenir en France pour intégrer Criteo en tant que chef de produit senior.
Meninvest, la société derrière Menlook, de Marc Menasé
Créé en 2010 par Marc Menasé, le site de prêt-à-porter masculin Menlook rencontre rapidement le succès. En 2012, l’entrepreneur se félicitait d’avoir « réussi à créer une vraie destination shopping pour les hommes, avec un triptyque relativement simple, qui repose d’abord sur une offre produits, exhaustive, quels que soient le budget de l’internaute et son niveau de connaissances en termes de mode et de style ».
Un optimisme partagé par les fonds puisque Partech et Axa Private Equity investissent 4,5 millions d’euros dès 2011, rapidement suivis par Orkos Capital et 123 Investment Managers (ex-123 Venture) qui apportent 5,6 millions d’euros. En 2014, une nouvelle étape est franchie avec 23 millions d’euros investis par Idinvest Partners, Marc et Laurent Grosman (fondateurs du groupe Celio) ainsi que Bpifrance.
Gonflé à bloc par ses succès, Meninvest, la société mère de Menlook, se lance dans une stratégie de croissance externe et s’offre le Britannique Oki-Ni en 2013, puis l’Allemand Frontlineshop en 2015. Ce sera le bond en avant de trop. Ce dernier rachat donne lieu à un « véritable chamboulement économique » dont Menlook ne se relèvera pas.
Clap de fin pour Meninvest, liquidé après son redressement judiciaire
Placée en redressement judiciaire au printemps 2017, la société n’a pas réussi à trouver de repreneur. Une triste issue pour un groupe qui comptait alors 130 personnes, dont 70 dédiées spécifiquement à la marque Menlook.
De son côté, Marc Menasé est resté un acteur incontournable de l’écosystème entrepreneurial français. Devenu un business angel très actif, il a investi au fil des années dans une trentaine de startups notables (Teads, Lendix, Le Petit Ballon, Attractive World, Molotov, Epicery, etc.).
Ekyog, la marque de mode éthique de Nathalie Vautier
Après avoir travaillé pendant des années dans l’industrie textile, Nathalie Vautier ne supporte plus la pollution engendrée par ce secteur (historiquement l’une des industries les plus polluantes au monde). En véritable pionnière, elle décide dès 2004 de lancer, en collaboration avec son mari Louis-Marie, la première marque de mode éthique française : Ekyog. Un premier magasin ouvre à Rennes en 2005 et, cinq ans plus tard, la marque salarie 100 personnes et compte un réseau de 50 magasins en France.
Seulement, la structure de l’équipe fondatrice ne suit pas l’expansion fulgurante d’Ekyog. La production ne va pas assez vite et les collections prennent un retard considérable. La société clôt son exercice de l’année 2012 sur une perte nette de 2,99 millions d’euros. Ekyog dépose le bilan en 2014, puis est acquise en 2015, dix ans après sa création, par un investisseur canadien.
Après un passage à vide, Nathalie Vautier s’est relancée dès 2017 avec une nouvelle marque innovante : Marie & Marie. À travers ce projet, l’entrepreneure a créé le « vêtement sensoriel », dont les fibres des tissus encapsulent une formulation cosmétique composée d’huiles essentielles qui s’active au contact de la peau.

