Start-Up

Un entrepreneur né qui s’ignore, interview de Éric Autard

À 37 ans, Éric Autard, cofondateur d’Optimum Experts, se révèle passionné par l’entrepreneuriat. Pourtant, créer sa propre entreprise n’a pas toujours fait partie de ses plans de vie. De ses études à la fondation de son cabinet d’expertise comptable, voici son parcours mouvementé.

A l’issue de ses études, Éric Autard choisit d’effectuer au Maroc son service national, alternative au service militaire. Il travaille ainsi au sein d’une usine de textile pendant plus d’un an et demi, puis rejoint ensuite le cabinet d’expertise comptable BDO avant d’intégrer l’entreprise PricewaterhouseCoopers jusqu’en 2005, date à laquelle il devient expert-comptable et commissaire aux comptes diplômé.

Il se fait alors débaucher par l’un de ses clients, spécialisé dans l’édition de logiciels bancaire. Le fondateur de la société, alors au bord de la cessation de paiement, lui propose d’en devenir Directeur financier puis actionnaire à condition qu’Éric aide le chef d’entreprise à remonter la pente.
Un challenge qu’il relève avec brio, si bien qu’il parvient à revendre cette société pour 5 millions d’euros deux ans plus tard à Clear2pay, un groupe européen d’édition de logiciels bancaire à l’international. L’acquéreur lui confie ensuite pour mission de racheter d’autres sociétés.

Des débuts en tant que chef d’entreprise

En 2009, l’entreprise pour laquelle il travaille lève 50 millions d’euros auprès d’un fonds d’investissement Américain, AQUILINE. Néanmoins, ce dernier refuse d’intégrer l’une des filiales située en Algérie. Éric, qui croyait dans le potentiel de cette société, refuse de la voir disparaître, et s’en porte alors acquéreur avec l’un de ses associés. L’expert-comptable fait ainsi ses premiers pas dans le monde de l’entrepreneuriat.

En trois ans, le nombre d’employés au sein de cette entreprise passe de 3 à 21 et son chiffre d’affaires explose, passant de 80 000 à 1 million d’euros. Cependant, mi 2013, Éric doit choisir : soit il part vivre sur place en Algérie, soit il cède ses parts. Il choisit la deuxième option, quitte la société et se lance dans un nouveau projet entrepreneurial nommé Efiester, dont le but est de développer une application participative qui facilite l’organisation d’événements festifs. Toujours active, la société à été élu l’une des 20 start-ups les plus prometteuse de 2014 par la CNBC.

Mais Éric envisage sérieusement de reprendre un poste de directeur financier. Il fait des démarches auprès de cabinets de recrutement, vend son expérience, met en avant son CV. Rien à faire : les postes proposés ne lui conviennent pas car il s’aperçoit qu’il ne bénéficiera pas de l’autonomie qu’il possédait avant, il traverse même une phase de déprime. L’excitation apportée par la vie d’entrepreneur lui manque.

Entreprendre dans l’expertise-comptable

Éric cherche alors dans quel domaine entreprendre à nouveau. Il se souvient qu’il possède un diplôme d’expert-comptable depuis près de 10 ans et décide de le combiner avec ses compétences acquises précédemment dans le domaine du logiciel bancaire et le savoir-faire acquis dans la plateforme B2C Efiester. Il décide alors de créer un cabinet d’expertise comptable 2.0 qui donne la possibilité aux clients de gérer leurs comptes depuis une interface web. Ce qui permet aux TPE et PME d’accéder à la comptabilité en temps réel sur internet, générant des gains important de productivité à ces sociétés. Ce nouveau business model permet de proposer des honoraires très inférieurs à ceux constatés sur le marché français. L’entrepreneur évoque le sujet autour de lui et commence à en parler à un ami d’enfance, M. Besnard, qui lui avait proposé de racheter un cabinet l’année précédente, chose qu’Eric avait refusé judicieusement, car le projet n’a pas abouti sur l’année. Les deux compères décident alors de combiner leurs deux business models originaux dans cette activité de l’expertise comptable.

Il en parle également à d’autres amis experts-comptables, qui adhèrent à l’idée et décident tous de rejoindre le projet. Optimum Experts voit le jour en septembre 2014. Après trois mois d’amorçage, Éric commence à collaborer avec ses premiers clients. La société affiche dès lors une belle croissance. Les tarifs pratiqués et le libre accès aux informations séduisent les clients.
Aujourd’hui, Optimum Experts compte 10 associés et une quarantaine de collaborateurs répartis sur 8 sites en France, Belgique, Luxembourg et Afrique du Nord. Pour le plus grand bonheur de son fondateur, qui ne peut décidément pas accepter l’idée de ne plus être entrepreneur un jour.

2 questions à … Éric Autard

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient entreprendre ?

Premièrement, je dirais qu’il ne faut pas se lancer tout seul, ni être trop nombreux. Deux associés majoritaires, c’est l’idéal. Ensuite, il faut absolument s’assurer que l’on possède les compétences requises pour l’activité dans laquelle l’on va entreprendre. J’ai accompagné certains clients qui ont racheté une société qui les intéressait, mais qui ne possédaient pas les compétences liées à cette activité. Personnellement, je ne connais aucun cas où cela a fonctionné sur le long terme… Je dirais enfin qu’il demeure très important de réfléchir en amont sur son équilibre avec sa vie de famille. Il faut voir si son conjoint est prêt à supporter ce stress. Parce que si l’on se lance et qu’il ou elle vous le reproche par la suite, la situation devient vite invivable, autant au bureau qu’à la maison…

Justement, comment parvenez – vous à concilier vie professionnelle et vie personnelle ?

C’est principalement grâce à mon épouse, je ne pourrais pas me consacrer autant à mon travail si elle n’était pas la pour s’occuper parfaitement de la maison et des enfants. Après la naissance du cadet, elle a décidé d’arrêter de travailler pour se consacrer pleinement à l‘éducation des enfants. De mon côté, je fais en sorte qu’elle puisse sortir régulièrement afin de ne pas tomber dans ce phénomène de désocialisation de la femme au foyer. Étant donné qu’il m’arrive fréquemment de ne pas pouvoir rentrer à cause de mes déplacements professionnels, je fais également en sorte, un jour par semaine, de ne pas travailler et d’éteindre mon téléphone. C’est bénéfique pour tout le monde !

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