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Interview de Benjamin Blasco, co-fondateur de Petit Bambou : une application qui vous veut du bien !

Interview de Benjamin Blasco, cofondateur de Petit Bambou

Interview de Benjamin Blasco qui revient pour nous sur les origines du succès de Petit Bambou, une application qui vous veut du bien. Avec 8,5 millions d’abonnés et une présence en six langues, l’entrepreneur nous confie ses secrets pour son bien être.

Comment est née l’entreprise Petit Bambou ?

Petit BamBou pré-existait à mon arrivée puisque Ludovic Dujardin, mon associé, avait créé en 2012 une page Facebook qui s’appelait comme cela, et qui était une page loisir. Il l’animait pour son plaisir personnel, pour parler un peu de philosophie, de sagesse, etc. Il s’agissait de partager sa motivation personnelle. Et quand, en 2014, je suis venu le voir pour lui dire « Tiens j’ai cette idée autour d’une application, est-ce que cela te dirait ? », nous nous sommes dit naturellement pourquoi pas utiliser ce personnage de Petit BamBou, cette petite icône un peu rigolote, qui a de nombreux fans sur Facebook, pour devenir l’icône de notre application de méditation ? Il a été convaincu et nous nous sommes lancés tous les deux. Nous sommes deux ingénieurs et à ce moment-là nous nous sommes répartis les tâches. Il s’est lui s’est occupé de la partie technique et moi un peu de tout le reste, pour essayer de monter une application qui aide chacun à prendre soin de soi, prendre soin de son équilibre. Nous nous sommes rendu compte que les vies actuelles, que nous menons tous, nous déséquilibrent à la fois mentalement, et dans le lien entre le corps et l’esprit également. Nous nous sommes quand même fait la remarque que « C’est un peu paradoxal de créer une application alors qu’elles sont souvent à la racine de déséquilibres actuels et notamment d’addictions. Mais, en réalité, un smartphone et une application, s’ils sont bien utilisés, peuvent être de formidables outils pour aider les gens où qu’ils se trouvent et quand ils le souhaitent. Pour les aider à recultiver et retrouver un peu de sérénité par l’intermédiaire de la méditation de pleine conscience. »

Quand avez-vous lancé le concept actuel ?

Petit BamBou c’est une application mobile de méditation que j’ai créée avec Ludovic, mon associé, en 2014. Nous avons lancé la première version de l’app en 2015. Depuis, c’est une longue et belle histoire puisque le nombre d’utilisateurs a grandi avec nous, nous a permis d’atteindre la profitabilité assez rapidement, au bout de moins d’un an, ce qui nous a permis de recruter du monde et de grandir, ce qui est assez rare pour une start-up, de manière organique, c’est-à-dire sans lever d’argent auprès de financiers. Nous sommes financés par nos clients. Aujourd’hui, Petit BamBou c’est une vingtaine de personnes qui travaillent derrière l’application. Nous sommes présents en six langues : le français évidemment, historiquement, les autres langues européennes dont l’anglais, et avec pas loin de 8 millions et demi d’utilisateurs donc une présence très importante dans plus de 15 pays. Cette idée a pris forme et elle est entrée dans le quotidien de nombreux de nos congénères. Nous sommes contents ! Nous sommes heureux, chaque jour de voir comment nous aidons chacun à se reconnecter à son humanité, qui a toujours été là, mais disons qu’en cette période actuelle, nous oublions un peu. Par la méditation, par ces gestes qui sont juste une hygiène du quotidien, un peu à la manière dont nous faisons un footing, nous prenons soin de nous par la nutrition, le mental. En fait, cela rééquilibre beaucoup de choses.

Est-ce que le concept a évolué depuis le départ ?

Depuis le début, pas vraiment. À part la page Petit BamBou Facebook de Ludovic qui n’avait pas de business model. D’ailleurs, c’est une page mais elle possède la personnalité et l’âme de Petit BamBou. C’est un peu personne et un peu tout le monde à la fois. C’est-à-dire que Petit BamBou ce n’est pas Ludovic, ce n’est pas moi, ce n’est pas Christophe André, les experts de méditation. Chacun est un peu Petit BamBou, chacun détient cette part de sagesse et de connectivité qui sommeille en soi et qu’il s’agit de réobserver ou redécouvrir. Sinon, l’application, le modèle, même les prix, n’ont pas changé depuis 2014.

Quelles ont été les grandes étapes de l’entreprise jusqu’à aujourd’hui ?

Je dirais le lancement et après, pour nous, l’accélérateur a été la presse. Assez rapidement, nous avons eu les premiers articles de presse et des passages sur l’antenne de TF1 qui nous ont vraiment emmenés dans une autre dimension. Ensuite, en 2017, c’est le lancement des premières langues. Cela nous tenait à cœur de faire un projet international, donc avec une traduction en allemand, en l’occurrence, pour la première langue. Ce n’est pas anodin puisqu’il fallait enregistrer tous les programmes, les traduire, trouver des experts de communication allemands, etc. C’est un énorme travail même si c’est difficile de s’en rendre compte. Et tout cela a été un marqueur. Ensuite, je dirais que l’année dernière a été une année un peu particulière, puisque en 2021, nous avons commencé à travailler avec Christophe André, ce qui est un peu aussi une consécration pour nous, une preuve de confiance que Christophe André a fait en reconnaissant notre projet et les qualités de ce que nous faisons. Après, effectivement, la Covid a été à la fois un moment où nous avons été très mobilisés, très demandés. Cela a été assez intense pour nous, pour pouvoir servir la demande, et en même temps, un vrai accélérateur pour notre app et notre activité au sens large.

Donc vous, depuis la Covid vous avez accéléré ?

Très accéléré, oui. Il y a plus de 3 millions d’utilisateurs qui nous ont rejoints en moins d’un an, donc cela a été une très forte accélération. Au plus fort du premier confinement, en l’occurrence, nous avons triplé chaque jour le nombre d’utilisateurs que nous recrutions. C’est le signe qu’il y avait vraiment un besoin à ce moment-là de souffler et de prendre soin de soi. Depuis, il y a un très fort intérêt et une volonté de conserver ces petites choses un peu particulières que chacun à mis en place pendant le confinement, qui sont des petits ajustements qui rééquilibrent. Cela peut être des promenades ou du sport. Les gens ont plutôt envie de conserver cette intuition qu’ils ont pu avoir à ce moment-là, de se dire « Tiens, je suis en situation d’urgence, je sens qu’il y a des trucs importants à prendre en compte et ça me semble pertinent. »

«Aujourd’hui, avoir une stratégie marketing éthique c’est-à-dire parler avec respect aux utilisateurs, comme à des adultes, ce n’est pas essayer de les coincer ou de les influencer mais vraiment de tenter de leur faire prendre les décisions en conscience. »

Quels seraient vos conseils pour être heureux ?

Je ne sais pas si j’ai des conseils, mais je peux parler de moi, de mon parcours. Peut-être que cela pourra en inspirer d’autres. Je ne pense pas que la question telle qu’elle est posée est vraiment une question à laquelle on peut répondre, mais en tout cas, ce qui est certain, c’est que je vais parler pour moi, mais Ludovic pourrait dire la même chose. J’ai travaillé dans des grands groupes américains auparavant et j’ai été champion du monde du multitâches, comme on dit. C’est-à-dire que je réalisais plein de tâches en même temps : du Skype, envoyer des emails, voyager beaucoup, etc. Je me suis rendu compte que je n’étais pas très présent pour moi. Je ne pourrais pas dire que je n’étais pas heureux mais je sentais que je n’étais pas présent dans ma vie, que j’étais un peu spectateur. Quand j’étais au travail, je pensais à mes loisirs, ma famille, mes enfants ; quand j’étais avec ma famille, je pensais à mon travail. J’étais comme un hamster dans une roue, à courir un peu tout le temps, sans être vraiment là. Et cela avait un coût pour moi, en termes de qualité de présence et d’humanité, finalement. Quand j’ai découvert la méditation, cela m’a aidé à recentrer cela et à trouver des moyens de me reconnecter à ce que je faisais, tout simplement. Là où j’étais, ce que je ressentais, mes émotions. À moins d’être esclave de mes pensées, aussi. Voilà, cette pratique de la méditation que je continue depuis que je suis un débutant éclairé, on va dire, parce que je ne fais que deux retraites par an, etc. En tout cas, moi, cela m’a aidé sur ce chemin qui m’a accompagné à être entrepreneur. Alors après, si je prends la partie entrepreneur, puisque quelque part, la méditation a précédé et inspiré ce choix de quitter un job bien rémunéré pour monter une boîte dans un domaine improbable. C’est vrai que la question du sens s’est posée.

La quête de sens est-elle fondamentale ?

À partir du moment où je me suis un peu posé, où je me suis reconnecté à mon humanité, je me suis posé la question de cette énergie que je mettais : « est-ce que vraiment je contribuais à quelque chose qui était plus grand que moi ? Et je me suis rendu compte que pas forcément. À l’époque, j’étais dans le commerce, donc ce que les gens vendent plus ou moins, finalement cela m’importe peu. Ce projet Petit BamBou m’a permis de me reconnecter à un sens qui est inspirant. Maintenant, chaque matin, je me lève en sachant pourquoi je viens travailler. Et pourquoi ? Parce que nous recevons beaucoup de messages d’amour, en fait. C’est un peu bizarre à dire, pour un entrepreneur par rapport à des médecins, des gens des soins de dire que nous recevons ce genre de messages. Tous les jours, nous recevons des emails de gens qui nous disent à quel point la méditation les a aidés à dépasser une phase difficile, un divorce, un boulot un peu compliqué, ou juste une forme de difficulté à être pleinement bien avec soi-même. C’est ça aussi, la méditation. Et c’est vrai que pour moi, je me lève en me disant que ce que je fais contribue à cela. Cela me motive tout le temps, d’essayer d’ouvrir la méditation au plus grand nombre, et d’essayer d’aider ceux qui ont décidé de s’y mettre. Ce n’est pas facile. Je répondrais à votre question que je pense que la dimension entrepreneuriale pour moi est très épanouissante. Je parle pour moi, donc je ne sais pas si je donne des conseils, mais c’est vrai que sur ce chemin, en fait, de passer du monde corporate à l’entreprenariat, c’est quand même particulier. Pour être dans un monde à « impact », on va dire, cela m’a amené à désapprendre pas mal de choses. À désapprendre pas mal de réflexes de grandes entreprises…

A quel réflexe pensez-vous ?

Par exemple, je dirais que moi, je m’impliquais beaucoup. S’appliquer, c’est une qualité particulière. Aujourd’hui, j’ai appris à lâcher prise. Par exemple, cet entretien que nous avons ensemble, je ne l’ai pas préparé. Je l’aurais probablement fait dans mon ancien temps alors que « J’ai juste à être, en fait. ». Il suffit d’être naturel, de répondre aux questions. C’est peut-être que dans le monde d’avant, je me reposais beaucoup sur mes connaissances, ce que j’avais appris, etc. C’est vrai que cette phase de vie dans laquelle je suis, l’entrepreneuriat, m’a appris à être plus basé sur mon expérience et de m’en servir pour avancer, davantage que sur mes connaissances.
Un autre sujet essentiel de désapprentissage, qui est compliqué, c’est la compétition. C’est vrai que le système scolaire, et l’entreprise, au final, demeure un lieu de compétition. Et c’est vrai qu’aujourd’hui nous essayons de désapprendre cette partie-là qui est à la fois motivante, mais aussi qui contribue à amener des choses qui ne sont pas forcément belles dans le monde des affaires. Aujourd’hui, je prends beaucoup de plaisir à collaborer avec des sociétés qui sont dans le domaine du lien pour, ensemble, essayer d’aller plus loin pour aider chacun à prendre soin de soi. Les entreprises ont leur place et je n’ai pas besoin d’utiliser ce vocabulaire guerrier : de tuer, de battre, d’écraser, ou je ne sais quoi, ce qui me semble assez nocif, assez agressif pour soi. Quand nous l’utilisons, nous nous faisons aussi un peu de mal. Donc c’est des choses que j’ai appris à désapprendre. J’ai appris à beaucoup plus écouter mon corps aussi, parce que je l’ai beaucoup utilisé dans le passé, sollicité, pour mon travail : beaucoup voyager, peu dormir, etc. C’est vrai qu’aujourd’hui, j’écoute plus mon corps et je pense que je suis plus en harmonie avec lui. J’ai plein d’idées, de choses que j’ai désapprises. Je faisais beaucoup de stratégies dans le passé, là je suis vraiment très concentré sur l’exécution.

Avez-vous désappris autre chose ?

J’ai désappris à vouloir remplir d’occupations mon temps, apprendre à m’ennuyer aussi même dans les phases professionnelles. Il y a des moments, des espaces de temps où je peux un peu m’ennuyer. Cela m’aide à m’ouvrir sur des choses nouvelles, des idées. Je ne vais pas remplir mon emploi du temps plus que nécessaire… Vous savez, comme dans beaucoup d’entreprises, les gens ont un emploi du temps où ils ont chaque demi-heure un meeting. J’en fais très peu dans ma semaine. Après, c’est une semaine de rentrée donc ce n’est pas le bon exemple, puisque j’en ai un peu plus que d’habitude. Ces plages de temps, c’est très vertueux pour moi. Vous savez, c’est un petit peu les réflexes que nous avons qu’il s’agit de désapprendre. Je pense que ce que j’ai désappris, si je devais synthétiser, c’est qu’avant, j’étais beaucoup dans le « faire ». Et maintenant, je suis plus dans « l’être ». Avant, je me disais qu’il fallait que je pense « carrière » et maintenant, je suis plus un acteur, un contributeur, modeste, à rendre le monde avec plus de sens, plus beau, plus équilibré. Ce n’est pas la même chose, en fait.

Le plaisir de vos salariés et globalement de tout votre écosystème a l’air important pour vous ? Est-ce que vous mettez des choses particulières en place ?

C’est vrai que je ressens beaucoup de plaisir à retrouver mes collègues. Nous avons constitué une équipe avec de belles personnes. Ce ne sont pas seulement des gens qui ont des compétences pointues, etc. ce sont de belles personnes que nous prenons plaisir à retrouver. Et c’est pour cela que nous nous donnons des espaces aussi pour profiter les uns des autres. Nous passons beaucoup de temps sur le lieu de travail et nous sommes liés par un projet qui nous nourrit et nous épanouit. C’est important de le partager donc, nous essayons de nous retrouver tous régulièrement. Par exemple, il y a deux ans, nous sommes partis tous ensemble au Portugal, pour une semaine de télétravail. Nous avions un espace de coworking et nous avions pris un grand AirBnB. Nous logions tous au même endroit. Nous travaillions ensemble depuis Lisbonne et le soir, nous sortions. Ce sont des moments qui contribuent à cette nouvelle tendance que nous appelons « workation » où nous travaillons et en même temps nous avons comme des « vacations ». Et c’est ce que nous essayons de faire au quotidien c’est-à-dire que dans notre bureau à Lille, les gens profitent : certains méditent, d’autres font des jeux-vidéos. Cette part de pause, cette part de non-travail productif est fondamentale, je pense, pour inspirer les tâches et les actions des uns des autres.
Cela s’applique à nos salariés mais aussi aux personnes qui participent aux projets. Nous travaillons avec beaucoup d’instructeurs de méditation en France et partout en Europe, qui sont une communauté, en fait c’est un collectif, qui sont des amis d’ailleurs. Ils nous ont accompagnés depuis le début, ils ont une partie de l’app en concevant des programmes de méditation souvent basés sur des choses assez personnelles, pour aider chacun à méditer. Et nous essayons de garder un lien avec eux, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas employés dans l’entreprise mais ils sont acteurs du succès. Nous les retrouvons de temps en temps, nous les avons retrouvés à Paris lors d’une super fête.
Même avec ceux qui sont plus loin, les Hollandais, etc., nous nous tenons au courant comme une grande famille. Il n’y a pas une frontière très nette entre l’intérieur de l’entreprise et l’extérieur. Je trouve que c’est important de rattacher tout le monde, quand nous recevons un message qui dit : « Dis donc, ce programme d’untel, il était vraiment formidable, faites-lui passer le message. ». Alors nous faisons passer le message, et c’est vrai que cela touche parce que cela permet à chacun de se sentir acteur et contributeur du succès de Petit BamBou.

Et est-ce que toutes ces valeurs – enfin, parce que c’est un peu connexe – vous les avez formalisées ? Ou est-ce que c’est diffus ?

C’est un peu diffus. Comme c’est très intuitif, la façon dont nous allons créer, c’est vrai que cela vient à la fois de Ludovic ou moi, mais aussi des employés qui ont tous contribué à créer cet univers. Nous essayons d’intégrer nos employés notamment, et puis de pouvoir communiquer, pour être sûrs que tout cela reste assez bien aligné pour ne pas qu’il y ait de déconnexion avec l’esprit de l’entreprise, parce qu’à un moment, nous pouvons très bien faire des choix qui seraient vraiment orthogonaux par rapport à qui nous sommes. Nous avons typiquement tout formalisé par une charte éditoriale, par exemple, comment nous parlons de Petit BamBou. Nous nous sommes posé des questions sur notre ADN de marque et de valeurs. Nous sommes actuellement dans une période, effectivement, de réalignement. Ce sont des petites choses mais ce sont des choses qui sont importantes, surtout lorsque nous nous retrouvons dans d’autres pays, dans d’autres langues. Je n’ai pas parlé de la population même si j’ai parlé des employés, des contributeurs, etc. Mais il y a aussi nos utilisateurs qui font partie de notre grande famille, qui sont au cœur de notre succès, puisque Petit BamBou s’est beaucoup développé par le bouche à oreille. Donc, c’est vrai que les choyer, leur parler avec transparence et humanité demeurent essentiels. Je pense que c’est parce qu’ils le sentent, que nous sommes des vrais humains derrière et du coup, qu’ils ont d’autant plus envie de parler de nous en bien. Certains peuvent arrêter Petit BamBou à un certain moment puis potentiellement y revenir deux ans plus tard. C’est comme un ami que nous sommes contents de retrouver. Nous avons construit une relation importante avec eux. Je pense que cela transpire – ce n’est pas une très belle expression – mais cela percole un peu partout.

Comme vous aviez tous les deux un profil d’ingénieur avec votre associé, vous vous êtes répartis comment les tâches, les rôles ?

C’est un peu naturellement, puisqu’au début, c’est vrai qu’il y avait beaucoup de choses à développer : application, serveur, etc. C’est Ludovic qui s’est occupé de cela et moi, je m’occupais un peu de la partie « contenu ». C’est moi qui étais le plus méditant au départ et donc j’ai vraiment travaillé comme une forme d’éditeur : travailler avec des instructeurs de méditation, les faire rédiger, les aider à rédiger, à contribuer… Puis progressivement, la partie plus business, marketing, de rendre Petit BamBou en entreprise. Ludovic garde cette âme, un petit peu, cet ADN initial de Petit BamBou. Je trouve que c’est assez fort de se dire que ni l’un ni l’autre nous sommes complètement l’archétype du « business guy », du technicien qui ne touche pas au reste. En fait, nous avons un système d’équipe et je pense que c’est cette amitié et cette complémentarité qui explique une partie de la cohérence de ce qu’est Petit BamBou et son succès, aussi.

Est-ce que vous avez délégué certaines tâches que vous n’aimiez pas ?

Alors ça, c’est une vraie question parce que nous en avons délégué et nous en avons gardé plein. Ce n’est pas que nous n’aimons pas mais typiquement – Ludovic peut-être un peu plus que moi encore aujourd’hui –nous faisons encore beaucoup de service client. Nous répondons aux emails des clients. Il y a plein de gens qui trouvent cela horrible mais pour nous c’est un moyen de rester connectés à nos utilisateurs et à la mission d’entreprise. Donc oui, par jour, je dois passer encore une demi-heure, une heure, à répondre à nos utilisateurs et effectivement j’aurais pu déléguer. Nous avons un département qui répond à la plus grande masse de ces messages, mais c’est important pour nous de garder ce rendez-vous-là. Je pense que cela fait partie d’ailleurs, des chantiers de cette année, d’essayer de reprendre un petit peu de temps avec l’opérationnel, essayer de déléguer plus de tâches, recruter plus de monde pour nous aider et de fait vous aider à aller peut-être plus loin, ou en tout cas être encore plus alignés avec ce que nous faisons. Parce que nous constatons que vu le nombre d’utilisateurs pour un peu moins de 20 personnes c’est très limite. Je garde quand même toute la partie financière, légale, alors que cela n’est pas non plus mon dada principal. Donc non nous n’avons pas beaucoup délégué. C’est un élément clé même si cela va peut-être au détriment de notre croissance, mais après tout, on peut se questionner parfois sur cette sacro-sainte idéologie de la croissance à tout prix. Je pense que c’est plus important pour nous de faire grandir ce projet plutôt que de le faire accélérer en l’abîmant.

Quels vont être vos grands défis à venir ?

Le grand défi à venir reste l’international. Nous avons un gros succès en Espagne. Petit BamBou se développe bien, il est très apprécié là-bas. Nous avions un acteur espagnol qui parlait spontanément de nous sur Instagram. Nous sommes en train de voir ce développement-là. Après, nous le retrouvons dans d’autres pays maintenant : en Italie, dans les Pays-Bas, en Allemagne, dans les pays anglophones aussi. Nous essayons de nous développer de façon plutôt multi-locale plutôt que globale. Nous recrutons des gens natifs du pays pour nous aider à nous développer et à essayer de créer un lien avec les utilisateurs, avec les partenaires locaux pour être quasi-local. Cela prend du temps et je pense que c’est un challenge que de réussir à nous étendre et à développer ce projet avec sens.

Est-ce que vous avez des astuces pour mieux maîtriser votre temps personnel ou gérer le stress ?

La gestion du temps, c’est une bonne question. Encore une fois je vais vous parler en ce qui me concerne de manière personnelle. Étant passé, dans mes études, par une prépa notamment où quelque part nous apprenons à la dure à gérer notre temps, j’ai de très bonnes bases nous allons dire, pour le gérer. Cela étant dit, j’ai du temps… Avec la responsabilité augmentant, nous avons toujours envie de faire plus de choses. Il faut surtout ne pas voir le temps comme une contrainte, comme un frein, toujours en travers et plutôt danser avec. Il arrive parfois, au plus fort, à un moment d’intensité, où toutes les tâches semblent s’entasser d’avoir le sentiment d’être submergé. Il s’agit alors de ne rien faire. C’est un bon exercice, plutôt que de vouloir tout faire, je vais me poser une demi-heure. Souvent, ce qui se passe c’est que, dans l’immédiat cela fait vraiment du bien, ensuite je reviens l’esprit un peu plus clair. Assez naturellement nous prenons une tâche et nous décalons les autres. Nous sommes davantage en paix comme cela. En tout cas pour moi, c’est l’effet que cela me procure. Si je pouvais résumer, c’est que quand tout semble impossible, il suffit de ralentir, même quand tout nous indique qu’il faut encore plus accélérer. C’est un avis personnel, c’est une hygiène de vie assez complète de mon équilibre personnel. Alors, oui, le matin je prends le petit-déjeuner avec mes enfants et le soir je mange avec eux et il n’y a pas de frustration par rapport à un travail qui me dévorerait.

Est-ce qu’il y a un point que je n’ai pas abordé que vous souhaiteriez aborder ?

Nous avons parlé un peu des écrans, nous avons parlé de la quête de sens, de la croissance… Ce dont je voudrais parler c’est un sujet qui fait partie des apprentissages. Il faut expliquer ce qu’est Petit BamBou à nos utilisateurs, aux gens qui ne connaissent pas, et en même temps, nous n’avons pas envie de faire de la propagande, du bourrage de crâne, etc. Aujourd’hui, avoir une stratégie marketing éthique c’est-à-dire parler avec respect aux utilisateurs, comme à des adultes, ce n’est pas essayer de les coincer ou de les influencer mais vraiment de tenter de leur faire prendre les décisions en conscience. Le respect c’est aussi sur les données qu’ils peuvent nous confier. Voilà, toutes ces choses-là, c’est un exercice difficile mais cela nous permet de résister un petit peu aux injonctions que nous recevons, comme ces conseils, justement. En fait, j’ai envie de dire, le bon conseil c’est de ne pas suivre les conseils. C’est cela, mon conseil ultime. Et nous c’est ce que nous essayons de faire, de pas forcément rentrer dans des cases, de proposer un nouveau modèle de développement économique, un modèle d’épanouissement d’entreprise qui nous correspond à nous et qui est aligné avec notre vision du futur. Un futur souriant, une vision plus sereine. 

« En fait, nous avons un système d’équipe et je pense que c’est cette amitié et cette complémentarité qui explique une partie de la cohérence de ce qu’est Petit BamBou et son succès, aussi. »

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