Le phénomène des « fakes vidéos » ou vidéos truquées est une pratique de plus en plus courante qui consiste à créer des vidéos manipulées pour semer la confusion et la désinformation. Elles ont connu un retentissement mondial avec l’essor des deepfakes et des modèles de génération vidéo par intelligence artificielle. Avec plus de 2 000 incidents vérifiés enregistrés en un seul trimestre par les chercheurs en cybersécurité et un marché du deepfake en pleine explosion, les avancées technologiques en matière de deep learning et de l’intelligence artificielle générative rendent les fakes vidéos de plus en plus difficiles à détecter, même pour les yeux exercés.
Des conséquences graves
Les conséquences peuvent être graves, car elles peuvent entraîner la diffusion de fausses informations, manipuler les marchés financiers et influencer les opinions publiques lors d’échéances électorales ou de crises géopolitiques. En effet, les pertes financières liées aux fraudes et escroqueries par deepfake dépassent désormais les 1,2 milliard de dollars à l’échelle mondiale, touchant aussi bien des particuliers que de grandes entreprises. Les gouvernements, les médias et les entreprises sont de plus en plus conscients de ce phénomène. Ils mettent en place des régulations (telles que le EU AI Act ou la loi américaine TAKE IT DOWN Act), des filigranes numériques à l’image du marquage SynthID, et des outils d’authentification pour détecter et lutter contre les vidéos truquées. Il est donc important de rester vigilant et de vérifier les sources des vidéos avant de les partager ou de les utiliser comme preuves.
Des trucages utilisés dans l’industrie cinématographique
Il existe plusieurs techniques pour truquer des vidéos, voici les principales. La modification de vidéos existantes avec des logiciels de montage vidéo existe depuis longtemps. Celle-ci consiste à modifier des vidéos existantes en ajoutant ou en supprimant des éléments ou en changeant le contexte ou le sens de la vidéo. L’utilisation de la génération d’images par ordinateur (CGI) et la synthèse vidéo par IA ont complexifié parfois leur nature en créant une vidéo entièrement numérique à l’aide de logiciels de création d’effets spéciaux. Cette méthode sert souvent dans l’industrie cinématographique pour créer des scènes d’action ou des environnements impossibles à filmer dans la réalité.
De nouvelles vidéos qui inquiètent
On pourra surtout citer des utilisations qui inquiètent. Notamment la vidéo en temps réel qui consiste à utiliser des logiciels de capture et de diffusion en direct couplés à des filtres IA pour diffuser une vidéo truquée en temps réel (comme lors de visioconférences ou de flux en direct). La manipulation vidéo et audio en direct a d’ailleurs progressé de plus de 40 % en un an, illustrée par des arnaques spectaculaires où des employés ont versé plus de 25 millions de dollars lors de visioconférences entièrement créées par IA. Cette technique peut servir à créer des fausses nouvelles ou des événements qui n’ont jamais eu lieu. Le deepfake est encore plus mal vu.
Cette utilisation utilise l’intelligence artificielle pour remplacer le visage ou la voix d’une personne dans une vidéo existante par ceux d’une autre personne, ou générer une personne de toutes pièces. Cette technique est de plus en plus sophistiquée. Elle peut donner l’impression que la personne manipulée dit ou fait quelque chose qu’elle n’a jamais dite ou faite. Ce type de vidéo a d’ailleurs fait parler de lui et a servi à de multiples reprises dans les conflits contemporains, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que dans les campagnes électorales majeures.
Le phénomène qui agace : les vidéos mises en scène
Les vidéos mises en scène pour faire le buzz sont devenues très courantes sur les réseaux sociaux et sur Internet. Ces vidéos ont souvent pour but d’attirer l’attention, de devenir virales et de générer des vues et des interactions. Elles peuvent prendre plusieurs formes, comme le « prank » ou canulars. Les personnes y jouent des tours à des inconnus ou à des amis, les « fails » ou des ratés, où des personnes tentent des actions dangereuses ou impressionnantes, qui finissent souvent mal.
Le problème avec ces vidéos mises en scène pour faire le buzz, à part que certains internautes y croient vraiment, est qu’elles peuvent encourager des comportements dangereux ou irresponsables. Elles peuvent également avoir des conséquences néfastes pour les personnes impliquées, telles que des blessures physiques ou des dommages à leur réputation.
Comment vérifier si une vidéo est un fake ?
Il n’est pas toujours facile de détecter si une vidéo est un fake. Cependant, voici quelques conseils qui peuvent aider notamment en vérifiant la source de la vidéo ou les détails de la vidéo. Pour la source, vous pouvez vous demander si la source est douteuse ou inconnue. Celle-ci peut être un indicateur qu’elle est fausse. Ensuite, regardez attentivement les détails de la vidéo, tels que les éléments dans l’arrière-plan, la cohérence de la lumière, les vêtements des personnes, les ombres, les clignements des yeux ou les mouvements des mains. Si quelque chose semble déformé ou incorrect, cela peut être un signe qu’il s’agit d’une vidéo truquée. N’hésitez pas à rechercher des vidéos similaires si vous avez des doutes ou aller voir s’il n’y en aurait pas une autre version grâce à la recherche d’image inversée.
Un peu de bon sens ne faisant jamais de mal, vous pouvez en identifier quelques-unes en vous demandant simplement qui filme la scène ou encore si cette situation est crédible. Ce n’est pas parce qu’une vidéo vous dit qu’il s’agit vraiment de la réalité que c’est le cas. Rien n’empêche qu’elle soit jouée par des acteurs ou générée artificiellement alors que la prise de vue peut sembler naturelle.
Il existe également plusieurs outils et plateformes en ligne qui peuvent aider à vérifier si une vidéo est truquée ou non. Par exemple, Amnesty International a créé un outil appelé « The Citizen Evidence Lab » qui aide à analyser et détecter les vidéos truquées ou contextuellement détournées dans les enquêtes de vérification des faits.
