Aujourd’hui, tout le monde le sait, il existe des journaux, des médias et des plateformes d’investigation dont la spécialité est de révéler les zones d’ombre des entreprises. Même si leur investigation est précieuse, il s’avère qu’ils éclaboussent souvent la renommée de l’entreprise. Ils la placent donc en position difficile alors qu’il s’agit parfois d’un fait qui ne remet pas en cause l’entreprise. La transparence est souhaitée, voulue, désirée. Cependant, dans les faits il existe toujours le besoin de ne pas trop en révéler de peur de se trouver la cible des concurrents.
Quand l’entreprise est dans une impasse, elle ne souhaite pas le faire savoir aux clients par crainte de les perdre. Une telle attitude est tout à fait compréhensible et judicieuse. Outre-Atlantique, les sociétés plébiscitent depuis longtemps la transparence financière et extra-financière. En France, au contraire, pour la grande majorité des entreprises françaises, la transparence n’est guère dans leurs habitudes. Quelques rares entreprises ont décidé de lever le voile sur leurs affaires. Même si ce phénomène est resté longtemps balbutiant en France, il s’est progressivement imposé en raison des affaires médiatico-judiciaires, du renforcement du cadre réglementaire (loi Sapin 2, évolutions post-loi Cahuzac) et de la directive européenne CSRD. Toutefois, la transparence à tout prix est-elle judicieuse pour une entreprise ?
La transparence vis-à-vis des salariés
La transparence permet à un salarié de ne plus se considérer comme un simple exécutant. L’employé se sentira plus impliqué dans la vie et le développement de l’entreprise. Son engagement sera source de motivation d’où un gain de productivité pour la société. Lorsque l’entreprise permet aux employés de s’exprimer sur la politique de la société, les conflits sont désamorcés et les incompréhensions réduites. De plus, dévoiler le salaire de tous les employés et du PDG permet de lever certaines suspicions et même de stopper les fausses idées.
Un effet négatif peut surgir lors de la révélation des rémunérations. Certains salariés peuvent se sentir lésés par rapport à leurs collègues. Il est donc nécessaire que l’entreprise adopte une bonne communication au sein des différents services qui pratiquent la transparence. Il faut s’assurer également qu’à compétence et travail équivalents, le salaire soit versé en fonction du mérite. Le chef d’entreprise aura un rôle crucial. Il devra se justifier auprès de ses salariés de certaines prises de décisions impopulaires comme le gel des salaires ou l’augmentation de la part dédiée aux actionnaires au détriment des salaires.
La transparence vis-à-vis de l’extérieur
Une totale transparence de la part d’une société est difficilement applicable. Particulièrement dans le cas d’entreprises où règne une forte concurrence. Il en va de sa sécurité économique. Pour une société en pleine croissance économique avec un chiffre d’affaires en progression, le fait de dévoiler ses comptes positifs contribue à rassurer des actionnaires potentiels. Mais la transparence peut être un handicap lorsque la société rencontre des difficultés de trésorerie. De mauvais résultats peuvent empêcher la signature de nouveaux contrats avec des entreprises qui auraient peur de la mauvaise santé financière de la société.
Afin de lutter contre l’opacité de certaines sociétés, l’Union européenne a régulièrement renforcé ses directives sur la transparence financière et la publication d’informations extra-financières (telles que la directive « Transparence » modernisée et les réglementations ESG). Ces directives obligent les entreprises à fournir des données fiables et vérifiables de leurs résultats aux actionnaires et au public.
De nos jours, il devient difficile pour les entreprises de lutter contre la transparence à cause de la multiplication des médias, des réseaux sociaux et des plateformes de signalement qui révèlent parfois des informations sensibles concernant une société. Il est donc préférable que chaque société prenne en charge sa communication sur son compte financier et stratégique.
La transparence au service de la société
Quelques entreprises ont fait de la transparence un atout. La société Thermador, le spécialiste du matériel de plomberie pour l’arrosage et les piscines, a été un précurseur historique en France. Son dirigeant historique Guillaume Robin appliquait la devise « Plus vous cachez, plus vous créez de la suspicion. ». L’entreprise communique à ses équipes les informations relatives à sa gestion et redistribue une part importante des résultats pour motiver ses collaborateurs. L’impact de la transparence chez Thermador reste exemplaire : la rémunération des salariés y est supérieure à la moyenne du secteur et le taux d’absentéisme demeure très bas.
OpenClassrooms est une plateforme d’apprentissage en ligne qui permet de démocratiser le savoir. Créée à l’origine en 1999 sous le nom du Site du Zéro par Mathieu Nebra alors âgé de 13 ans, l’entreprise prône la transparence. Les salariés gèrent leur temps de travail et l’échec n’est plus stigmatisé. Grâce à cette gestion agile et transparente, la motivation et l’implication des salariés ont placé OpenClassrooms parmi les leaders européens de la formation en ligne et de l’éducation numérique.
La transparence pour impliquer les collaborateurs
La transparence permet aux collaborateurs de cerner la direction empruntée par son entreprise. Les informations comme la stratégie, les résultats ou tout autre sujet lié à l’entreprise et aux équipes, lui donnent la motivation pour mieux réaliser ses tâches, parce qu’il comprend la finalité et la raison d’être des actions et le corollaire en est que le turn-over est réduit.
