Soyons honnêtes : gérer une entreprise ressemble parfois à remplir un ensemble de corvées à rallonge. Des chiffres, des process, des KPI, des check-lists. Tout est carré, tout est contrôlé, tout est rationalisé. Bref, tout est… plat. Mais qui a dit qu’une entreprise devait ressembler à une équation de maths ? Et si, au lieu de vous penser comme un gestionnaire cartésien, vous vous envisagiez comme… un artiste ?
Un peintre, un musicien, un chorégraphe, un écrivain. Quelqu’un qui cherche, qui tâtonne, qui improvise, qui ose la dissonance pour trouver l’harmonie. Car, au fond, diriger, c’est exactement ça : une performance vivante, pleine d’incertitudes, qui demande plus de flair que de calcul.
L’intuition, votre meilleure alliée
Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez “senti” une décision, sans pouvoir la justifier par une pile de graphiques ? Peut-être que vous avez choisi un collaborateur pour son énergie plus que pour son CV. Peut-être que vous avez lancé un projet parce que “ça vibrait” en vous, même si les chiffres n’étaient pas encore au rendez-vous.
Cette petite voix intérieure, souvent mise de côté dans le monde rationnel de l’entreprise, est l’une de vos plus grandes forces.
L’intuition n’est pas de la magie. C’est un raccourci de votre cerveau, nourri par des milliers de micro-expériences accumulées au fil du temps. Un artiste fait confiance à son instinct quand il choisit une couleur ou une note ; un dirigeant peut faire la même chose dans ses choix stratégiques.
La créativité comme muscle quotidien
On parle beaucoup de créativité comme d’un talent rare. Faux. C’est un muscle. Plus vous l’utilisez, plus il devient puissant.
Mais voilà : dans la plupart des organisations, ce muscle est atrophié. Parce qu’on passe ses journées à exécuter plutôt qu’à inventer, à cocher des cases plutôt qu’à jouer avec les possibles.
Alors que fait l’artiste, lui ? Il expérimente. Il rate, il recommence, il mélange, il détourne. Et c’est précisément ce processus qui fait jaillir l’étincelle.
Et si vous instauriez dans vos équipes des moments où l’erreur est autorisée, où l’on teste sans peur, où l’on ose sortir du cadre ? Ce ne serait pas du temps perdu : ce serait un investissement dans votre capacité à vous réinventer.
La désobéissance constructive : l’art du “et pourquoi pas ?”
Le mot “désobéissance” peut faire peur. Surtout dans des organisations habituées à la hiérarchie, à la discipline, aux règles écrites noir sur blanc. Mais attention : on ne parle pas ici de chaos, de rébellion gratuite ou d’anarchie.
On parle de désobéissance constructive. Celle qui dit : “Et si on faisait autrement ?” Celle qui ose bousculer une habitude parce qu’elle n’a plus de sens. Celle qui refuse la règle qui freine au lieu d’aider.
Les plus grandes innovations de l’histoire viennent de personnes qui n’ont pas respecté les règles du jeu. Les Impressionnistes ont défié l’Académie des Beaux-Arts. Les jazzmen ont rejeté les partitions trop rigides. Les entrepreneurs visionnaires ont ignoré les manuels de management.
Alors pourquoi pas vous ?
Quand les modèles cartésiens montrent leurs limites
Soyons clairs : la rationalité a ses vertus. Elle structure, elle sécurise, elle rassure. Mais face à un monde incertain, mouvant, imprévisible, elle atteint vite ses limites.
Les modèles cartésiens supposent que le futur est prévisible, que tout se calcule, que tout s’optimise. Mais le réel n’obéit pas à ces équations. Le réel est vivant, contradictoire, mouvant.
Un artiste, lui, accepte cette incertitude. Il compose avec elle. Il sait qu’une œuvre n’est jamais “parfaite”, mais toujours en devenir. Si vous acceptez d’adopter cette posture, vous libérerez une puissance énorme dans votre façon de diriger.
Le dirigeant-artiste : portrait en creux
À quoi ressemble, concrètement, un dirigeant qui gère comme un artiste ?
- Il écoute ses émotions autant que ses tableaux de bord.
- Il ose l’improvisation, quand la situation exige une réponse rapide et intuitive.
- Il invite ses équipes à co-créer, comme un metteur en scène fait confiance à ses acteurs.
- Il valorise les accidents, parce qu’ils ouvrent des voies nouvelles.
- Il accepte le doute, sans le voir comme une faiblesse.
- En somme, il ne cherche pas à être un ordinateur parfait. Il revendique son humanité.
- De Picasso à Steve Jobs : quand l’art inspire le business
Regardons les grands leaders qui ont marqué leur époque. Steve Jobs, par exemple, parlait plus de design et de poésie que de microprocesseurs. Walt Disney rêvait avant de compter. Elon Musk (qu’on l’admire ou qu’on le déteste) agit souvent comme un scénariste de science-fiction plus que comme un industriel classique.
Ils ont en commun de penser comme des artistes : ils imaginent, ils transgressent, ils donnent forme à des intuitions.
Et l’histoire leur a donné raison.
Comment injecter de l’art dans votre management ?
Bonne nouvelle : pas besoin de savoir peindre ou jouer du violon pour devenir un dirigeant-artiste. Quelques gestes simples suffisent à changer votre posture :
- Bloquez du temps pour rêver : une heure par semaine sans agenda, juste pour penser autrement.
- Entourez-vous de profils créatifs : même si leur logique vous déroute, elle élargira vos perspectives.
- Favorisez les métaphores et les images dans vos discours : elles parlent plus fort que les chiffres.
- Encouragez la liberté d’essai : un projet avorté peut valoir plus, à long terme, qu’un succès banal.
- Apprenez à écouter vos intuitions : notez-les, testez-les, osez les confronter à la réalité.
L’art comme antidote au burn-out du sens
Beaucoup de dirigeants finissent prisonniers de leurs propres systèmes. Ils deviennent gestionnaires de process plus que porteurs de vision. Résultat : l’enthousiasme s’érode, la mission se vide de sa flamme.
Gérer comme un artiste, c’est retrouver cette flamme. C’est réenchanter le quotidien en acceptant que la beauté, la surprise, la poésie aient leur place dans l’entreprise. C’est se rappeler que diriger, ce n’est pas seulement “atteindre des objectifs” : c’est créer une œuvre collective.
Et si, finalement, gérer comme un artiste, c’était simplement remettre de la joie dans l’acte de diriger ?