Le début d’année donne souvent l’illusion d’un nouveau départ. Les agendas se remplissent lentement, les boîtes mail semblent respirer, et l’on parle de résolutions. Pour certains dirigeants pourtant, janvier ne symbolise pas un élan vers l’avenir, mais une décision mûrie de longue date : céder leur entreprise.
Ce choix n’est jamais anodin. Il ne se prend pas sur un coup de tête, encore moins entre deux fêtes. Et pourtant, les chiffres montrent que le début d’année est un moment charnière. Selon Bpifrance (2024), près de 60 % des projets de cession de PME sont enclenchés entre janvier et juin. Une période où tout paraît plus lisible, plus posé, presque plus honnête.
La fin des comptes, le début des vérités
Janvier arrive avec ses bilans fraîchement clôturés. Les chiffres sont là, bruts, sans promesse ni projection excessive. Pour un repreneur, c’est une photographie claire de l’entreprise. Pour un cédant, c’est parfois un miroir difficile à regarder.
Céder en début d’année permet d’éviter les zones grises. Les performances sont arrêtées, les charges connues, les tendances identifiables. Selon une étude In Extenso Transmission 2024, les entreprises mises sur le marché à cette période bénéficient en moyenne d’une valorisation supérieure de 8 à 12 %, précisément parce que la visibilité est meilleure.
Mais cette rationalité économique ne suffit pas à expliquer le choix de janvier. Il y a autre chose, de plus intime.
Le poids émotionnel d’une décision silencieuse
Pour beaucoup de dirigeants, céder, c’est accepter de lâcher ce qui a structuré leur quotidien pendant des années. L’entreprise n’est pas qu’un actif. C’est une extension de soi, une somme de décisions, d’échecs, de réussites partagées.
Le début d’année, avec son rythme ralenti, laisse plus de place à l’introspection. Les fêtes sont passées, le bruit retombe, et les questions remontent. Est-ce le bon moment ? Ai-je encore l’énergie ? Que restera-t-il après ?
Les experts en transmission le constatent : ce sont souvent ces semaines calmes qui déclenchent le passage à l’acte. Pas dans l’urgence, mais dans une forme de lucidité.
Une décision stratégique… jamais improvisée
Céder en janvier ne signifie pas décider en janvier. Une cession réussie se prépare sur la durée. Deux à cinq ans, selon les cabinets spécialisés. Organisation interne, dépendance au dirigeant, solidité de l’équipe de management, structuration financière : tout compte.
Le début d’année agit comme un révélateur. Il met en lumière ce qui a été anticipé et ce qui ne l’a pas été. Une entreprise trop dépendante de son fondateur, par exemple, verra sa valeur fragilisée, quel que soit le mois choisi.
Céder en début d’année n’est donc pas un raccourci. C’est un moment de vérité, où la préparation rencontre enfin le calendrier.
Transmettre plus qu’une entreprise
Au-delà des chiffres, céder, c’est transmettre. Des équipes, une culture, une façon de travailler. De plus en plus de repreneurs y sont sensibles. Selon Bpifrance, plus de 70 % des candidats à la reprise considèrent désormais le climat social et la stabilité des équipes comme des critères déterminants.
Janvier offre un temps de passage. Un moment où l’on peut organiser la transition, accompagner, expliquer. Où la transmission prend le pas sur la simple vente.
