L’IA en entreprise : Le grand saut… sans filet ?

C’est le paradoxe de ce début d’année 2026. Alors que l’Intelligence Artificielle s’est installée dans le quotidien de 62 % des entreprises françaises, une étude d’EQS Group révèle un angle mort colossal : 80 % des organisations avancent sans vision claire des risques associés. Entre enthousiasme technologique et vertige réglementaire, l’heure est à la reprise de contrôle.

Février 2026. Dans les open-spaces et les comités de direction, l’IA en entreprise n’est plus un sujet de prospective. Elle est là. Elle rédige des mails, optimise des lignes de code, analyse des comportements clients. En un an, le passage de l’expérimental à l’opérationnel a été fulgurant (+18 points). Mais derrière cette vitrine technologique, une réalité plus sombre se dessine : celle du Shadow AI.

Le syndrome de la voiture rapide sans phares

Le constat dressé par le dernier Baromètre Privacy est sans appel : on déploie vite, mais on documente peu.

  • 48 % des organisations avouent ne même pas savoir précisément quels systèmes d’IA sont utilisés en interne, ni où ils sont hébergés.
  • Si l’on ajoute les 32 % qui n’ont qu’une visibilité partielle, on arrive à ce chiffre record : 8 entreprises sur 10 naviguent à vue.

Comme le souligne Thomas Vini Pires, expert chez EQS Group : « Il est impossible de gouverner ou de réglementer ce que l’on ne peut pas voir. » L’IA se répand comme une traînée de poudre, dépassant la capacité des entreprises à cartographier les risques.

Le piège du « faux sentiment de sécurité »

C’est sans doute le point le plus surprenant de l’étude. Les entreprises françaises se sentent prêtes… mais pour le monde d’hier. 76 % des professionnels estiment que leur conformité RGPD s’est améliorée. Cette maîtrise des données personnelles crée un écran de fumée : on pense dompter l’IA parce qu’on sait gérer un fichier client. Or, l’AI Act impose des exigences de transparence et de supervision humaine bien plus complexes que le simple respect de la vie privée.

Le risque : Confondre « conformité administrative » et « maîtrise technique ». Ce décalage pourrait coûter cher lors des premiers contrôles européens cette année.

Le DPO, nouveau shérif de l’IA

Face à ce désordre, un visage connu reprend le flambeau : le Délégué à la Protection des Données (DPO). Désormais, 31 % des organisations lui confient officiellement la mise en conformité avec l’AI Act. Il quitte son costume de « gardien des données » pour enfiler celui de « Digital Ethics Officer ».

C’est un pivot stratégique. Le DPO devient le pont indispensable entre la DSI (le technique), le juridique et les métiers. Pourtant, le chemin est encore long : 40 % des entreprises ne voient toujours pas le lien entre gouvernance de l’IA et protection des données. Un contresens majeur quand on sait que l’IA se nourrit exclusivement de… données.

De la charte de bonne conduite au registre technique

Pour l’instant, les entrepreneurs français ont surtout activé les leviers « soft » :

  1. 44 % ont rédigé une charte d’utilisation.
  2. 42 % font de la sensibilisation interne. C’est un bon début, mais c’est insuffisant. Seules 14 % des organisations ont mis en place une documentation structurée (registres de systèmes, cadres de gestion de la qualité).

Ce qu’il faut retenir pour votre business

L’année 2026 marque la fin de l’insouciance. Pour transformer l’IA en véritable avantage concurrentiel sans risquer le retour de bâton réglementaire, trois chantiers sont prioritaires :

  • Sortir de l’ombre : Identifier chaque outil SaaS intégrant de l’IA générative.
  • Outiller la conformité : Abandonner les fichiers Excel manuels pour des outils de gestion digitalisés (déjà adoptés par 57 % des pros du secteur).
  • Investir dans le « Care » technique : Donner au DPO les ressources pour auditer les algorithmes, pas seulement les contrats.

L’IA en entreprise est un moteur puissant, mais en 2026, la performance ne se mesurera plus à la vitesse de déploiement, mais à la robustesse du freinage.

Quitter la version mobile