L’obsolescence programmée : le mal du 21ème siècle

L’obsolescence programmée fait la une des journaux et médias depuis déjà un certain temps. Les entreprises Epson et Apple ont été accusées d’être des instigateurs de ce mal du XXIème siècle . Celui-ci consiste à programmer la fin de vie d’un appareil électroménager ou High-tech. Les utilisateurs devant cette absence de transparence ne veulent pas fermer les yeux et ils n’hésitent pas à porter plainte. Alors quels sont les risques et les solutions face à cette pratique ?

Nintendo,  l’obsolescence programmée de ses manettes

Au nom d’UFC-Que Choisir et huit autres associations de consommateurs européennes  , Nintendo a fait l’objet d’une alerte auprès des instances européennes (BEUC) « pour pratiques commerciales trompeuses, agressives et déloyales« . Le constructeur japonais de la console Switch met sur le marché des manettes de jeu qui tombent en panne trop vite. Cette alerte va permettre d’ouvrir une enquête européenne sur les pannes constatées sur les Joy-Con. Elle devrait aussi forcer Nintendo à répondre de ces défaillances devant la Commission européenne mais aussi devant les autorités nationales des consommateurs. Pour la France, la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) va être saisie.

Les entreprises devant la justice

La loi définit l’obsolescence programmée comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. »

Depuis 2015, l’obsolescence programmée est un délit et donc punie par la loi. Pour comprendre comment agit cette loi, vous pouvez vous rendre sur le site l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP).

L’obsolescence programmée nourrit la surconsommation ainsi que la surproduction. Elle participe à l’accroissement des déchets, l’intensification de la pollution ainsi que l’augmentation du gaspillage des matières premières et d’énergie.

Cette technique alimente artificiellement la croissance

Depuis 2015, une loi existe sur l’obsolescence programmée. Elle fait partie de la loi transition énergétique et de la croissance verte. Dans son article 99, il est indiqué que « l’obsolescence programmée est punie d’une peine de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende. » Pour les entreprises concernées, l’amende peut entraîner des répercussions financières. Ces dernières les mettront en difficultés car son « montant peut être porté, de manière proportionnée aux avantages tirés du manquement, à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel, calculé sur les trois derniers chiffres d’affaires annuels connus à la date des faits. ».

Non seulement les risques juridiques sont conséquents pour les entreprises qui se risqueraient à tromper leurs consommateurs, mais le risque financier est encore plus élevé. Pour les juges, il s’avère compliqué de prouver la volonté programmée de réduire la durée de vie d’un objet. Mais les consommateurs ne sont pas dupes de telles pratiques. Il se réunissent le plus souvent sous la bannière d’une association pour porter plainte. C’est le cas de l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée) qui n’a pas hésité à porter plainte contre la marque américaine à la pomme pour ses produits volontairement obsolètes.

Une image écornée

Le plus dommageable pour une entreprise accusée d’obsolescence programmée est une image de marque écornée. Si la marque est très réputée pour la qualité de ses produits, la révélation de ce procédé fallacieux altère son image qu’elle le veuille ou non. Les consommateurs déçus vont douter de la transparence de l’entreprise qui a choisi volontairement de les conduire à consommer davantage et donc à dépenser en réduisant le temps de vie de leurs objets. Pour Epson et Apple, le retentissement de l’affaire semble avoir peu d’impact sur leur image de marque. En effet, ce sont des entreprises mondiales dont les produits donnent satisfaction aux consommateurs.

Bien entendu, certains sont devenus méfiants. Cependant, une grande partie continuera d’acheter les produits et ne se souciera pas de l’obsolescence programmée. Mais, pour une petite entreprise le problème risque de devenir insoluble. La mauvaise réputation risque de leur nuire davantage auprès des utilisateurs qui n’hésiteront pas à se tourner vers la concurrence. Quant au coût d’une telle pratique, la marge réalisée va servir à payer une amende qui risque de les conduire à la faillite. Pour tenter d’éradiquer ces pratiques controversées, l’Etat français a décidé de mettre en place un dispositif pour une plus grande transparence des entreprises. Il a pour but de rassurer les consommateurs dans leurs achats.

Quand l’Etat s’en mêle

Pour satisfaire les consommateurs, le ministère de la transition écologique et solidaire va développer un dispositif dès 2020. Non obligatoire pour les entreprises, il permettra de dévoiler la durée de vie d’un objet avant son achat. Les fabricants deviendront totalement transparents pour les consommateurs. Ils afficheront la durée de vie sous forme d’une notation. Celle-ci ira de 1 à 10 pour indiquer si les produits électroniques vivront plus ou moins longtemps.

Le gouvernement a fait ce choix pour répondre à la demande des écologistes mais surtout pour éviter de jeter des produits pas toujours recyclables. En plus de leur notation, ils indiqueront aussi leur facilité à à la réparation ou non. Même si le dispositif n’est pas obligatoire, il est possible que les entreprises en tirent profit. Les consommateurs s’attacheront d’autant plus à des produits « éco-responsables » ou tout du moins totalement transparents sur leur durée de vie. Non seulement cela deviendra un argument commercial de plus, mais les produits seront plus respectueux de l’environnement. Pour la crédibilité de ce dispositif, il faut souhaiter que des entreprises comme Epson ou Apple s’appliquent à donner l’exemple à tous.

Les entreprises et leurs solutions

Même si la solution du gouvernement n’est pas encore en place, des entreprises anticipent déjà en indiquant dans leurs notices la durée de vie de leur produit. D’autres ont même fait le choix de garantir leur produit à vie, comme la marque Herschel ou encore de donner les clefs aux utilisateurs pour réparer les produits en fin de vie.

Par exemple, depuis 2016, l’entreprise SEB stocke six millions de pièces détachées pour garantir une réparation optimale de ses appareils pendant 10 ans. Stocker autant de pièces peut s’avérer compliqué pour une entreprise. Pourtant a contrario elle permet de créer de l’emploi, de diffuser une excellente image de marque auprès des consommateurs. Ils n’ont plus besoin de racheter un produit. Pour certaines entreprises, cette pratique représente un manque à gagner. C’est la raison pour laquelle certaines entreprises préfèrent innover et apporter des transformations sur chaque nouvelle version pour inciter le consommateur à acheter. Si le produit possède une vraie nouveauté, le consommateur friand de nouveautés voudra peut-être l’acquérir, au lieu de se diriger vers une autre marque à cause de l’obsolescence programmée. Sur le long terme, les utilisateurs de la marque seront d’autant plus satisfaits.

L’obsolescence programmée reste décriée, car c’est une pratique malhonnête. Elle dégrade la relation client et mène à des plaintes juridiques qui ternissent l’image de l’entreprise. Même si le mal de la rentabilité vous guette, fuyez ! Les consommateurs préfèrent la transparence et les produits durables.

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