Le programme présidentiel vu par les entrepreneurs : un bilan mitigé

79% des dirigeants de PME sondés par l’étude TMO Régions du Journal des Entreprises estiment que le programme mis en place par le nouveau gouvernement et les promesses présidentielles sont nuisibles à la relance économique nécessaire en contexte de crise. Cela dit, les responsabilités économiques deviennent, sous la houlette du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, indissociables d’un développement social et solidaire. Les PME y acquièrent des prérogatives plus importantes et sont les principales intéressées du rétablissement social et fiscal engagé.

De nombreux ministères ont fait leur apparition, donc celui du redressement productif (dirigé par Arnaud Montebourg), de l’ESS (Economie Solidaire et Sociale de Benoît Hamon), et celui délégué aux PME, à l’innovation et à l’économie numérique (aux mains de Fleur Pellerin). C’est cet effort segmenté dans les divers domaines économiques qui va tenter d’assurer une relance économique.

L’assurance positive d’un « rééquilibrage » fiscal

Le gouvernement Ayrault s’est engagé à rétablir une justice fiscale qui permettrait selon les prévisions d’engranger une hausse des impôts de près de 7 milliards d’euros dès 2013. Les grandes entreprises, notamment celles de plus de 205 millions de chiffre d’affaire annuel, sont tenues de verser à la fin de l’année 2012 un acompte sur l’impôt des sociétés (déjà fixé à hauteur de 5%). La surveillance autour des grands groupes se resserre, et le gouvernement mise sur des réformes anti-abus et anti-paradis fiscaux afin de limiter d’éventuelles pertes d’imposition.

La promesse de taxer proportionnellement les entreprises, selon les marges effectuées, s’affirme en priorité du gouvernement. Il s’agit d’égaliser l’écart d’imposition moyen de 25% constaté notamment par l’étude Lowendalmasaï alors que la rentabilité n’entre pas en ligne de compte et favorise par conséquent les trésoreries des grands groupes. L’impôt sur les sociétés doit être modulé selon les bénéfices des entreprises, décision considérée comme bonne par 59% des chefs d’entreprise.

La mesure qui trouve grâce aux yeux des employeurs et des salariés est celle de la Banque Publique d’investissement, qui prévoit de financer les PME ainsi de leur accorder une part décisionnelle plus large et leur permettre d’oser former des projets ambitieux.

Entrée en lice d’une économie jeune, sociale et solidaire

Le contrat de génération s’avère être plébiscité à 62% par les entrepreneurs. Les emplois jeunes vont également être déployés sous l’appellation d’emplois d’avenir, prévus à titre provisoire au nombre de 150 000, au sein des associations.

La jeunesse des PME et la capacité des entreprises à se renouveler et se projeter dans l’avenir se veulent stimulées par le ministère mené par Fleur Pellerin. Si les moyens d’action sont encore limités selon la ministre, la mise en place du lobby associatif France Digitale promet d’ores et déjà d’orchestrer une collaboration étroite entre grands groupes, ETI et PME, afin que ces dernières tirent profit de la visibilité et de l’expertise des grosses entreprises.

La jeunesse et le dynamisme des entreprises passent par le développement d’un environnement numérique français de qualité, afin de tenir la concurrence face aux pays Anglo-Saxons ou Scandinaves, en avance sur les divers moyens de paiement et les interfaces numériques. Le résultat de cette entreprise de lobbying étant principalement d’attirer la confiance des investisseurs, puisque l’on compte 70% de startups maintenues financièrement par des groupes d’investissement comme OSEO. Le secteur des startups numériques est en effet en pleine expansion ; l’on y recense une croissance de 33% entre 2010 et 2011, et la part du chiffre d’affaire à l’international s’élève à 39%.

Les avancées économiques et technologiques sont bien sûr prévues pour entraîner des retombées politiques positives. France Digitale, association à but non lucratif, espère ainsi faire de Paris le premier pôle européen du numérique, et potentiellement la place future d’une bourse du numérique.

Une confiance mitigée face à la nécessité d’un rétablissement économique

Les décisions les plus impopulaires du point de vue des entrepreneurs demeurent celles de l’abaissement de l’âge de départ à la retraite à 60 ans pour les travailleurs précoces (60% de refus), jugée néfaste pour l’effacement de la dette. Selon le calcul, 100 000 personnes seraient concernées par cette mesure, qui introduit pour un petit nombre de cotisants des difficultés organisationnelles au sein des entreprises mais aussi un durcissement des conditions à réunir. Le coût de la mesure, pour un résultat qui apparaît assez faible en termes de personnes intéressées, s’élève à 3 milliards en fin de mandat présidentiel, financé par la hausse sur les cotisations sociales de l’assurance vieillesse, soit près de 5 euros par mois en 2017 pour une personne touchant le revenu mensuel français moyen (1600 euros).

La défiscalisation des heures supplémentaires n’est plus de mise, puisque les charges sociales seront rétablies, excepté pour les entreprises de moins de 20 salariés.

C’est encore le problème de la compétitivité qui se pose de façon naturelle pour les chefs d’entreprise, qui ne sont pas convaincus de l’efficacité suffisante de la réforme fiscale afin d’éponger la dette et les dépenses sociales diverses.

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