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Hollande et les patrons : le divorce ?

Un climat de grand froid s’est installé entre le chef de l’Etat et les dirigeants des grandes entreprises. La cause ? L’alourdissement de la fiscalité. Après une prise de conscience tardive, l’exécutif tente de renouer le dialogue. 

Un bilan difficile à accepter 

Au lendemain de l’élection de François Hollande, les patrons des grandes entreprises, qui votent généralement à droite, se doutaient que les sujets sensibles se multiplieraient. Pourtant, les premiers contacts avec l’exécutif avaient dans un premier temps, rassuré. En effet, à l’Elysée, la nomination comme secrétaire général adjoint d’Emmanuel Macron, banquier transfuge de chez Rothschild, avait suscité des espoirs dans les milieux d’affaires.
Mais à la veille des un an de mandat de François Hollande, les dirigeants se réveillent. Ça en est trop !

« Il y a une totale incompréhension de la part de ceux qui nous gouvernent, une incompréhension des principes de base de l’économie », ajoute Pierre Gattaz, PDG de Radiall et candidat à la succession de Laurence Parisot à la tête du Medef.

Pour marquer le coup, début avril, les grands banquiers et assureurs français ont boycotté une réunion au Trésor, hostiles au projet gouvernemental de les faire entrer au nouveau tour de table d’Euronext, la société qui gère plusieurs places financières, dont celle de Paris. Une rébellion motivée par un ras-le-bol général devant l’accumulation des taxes nouvelles imposées à leur secteur. Un signe du découragement de nombreux patrons de grandes entreprises.

A l’origine de la crispation des chefs d’entreprise : les variations de la pression fiscale. La loi de Finances pour 2013 a servi de détonateur, accompagnée d’une liste de mauvaises nouvelles, pas toujours bien expliquées : moindre déductibilité des intérêts d’emprunts, augmentation des plus-values de cession pour aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, kyrielle de mesures techniques. Entre autres : le passage de 8 à 20 % du forfait social sur l’intéressement et la participation. Ou encore la suppression des allégements de charges sur les heures supplémentaires.

Au totale, c’est une ponction de 10 milliards d’euros de taxes supplémentaires qui a déjà commencé à transparaître dans les résultats financiers 2012 des groupes. Chez Bouygues, par exemple, le surcroît d’impôt au titre de l’exercice passé s’élève à 70 millions d’euros sur un total de 330 millions et il devrait encore augmenter de 10 millions en 2013.

Des voix s’élèvent pour dénoncer des mesures pénalisantes. Les Echos relèvent Laurent Burelle, le PDG de l’équipementier automobile Plastic Omnium : « J’ai été fier de donner beaucoup de stock-options à mes cadres ces dix dernières années, mais ceux qui les vendent pour s’acheter une maison ont une énorme fiscalité qui leur tombe dessus. Ils ont cru qu’ils disposeraient de 200.000 euros net et, après impôts, ils n’ont plus que 100.000 euros ! »

Dans ce contexte, l’insistance de l’Elysée pour imposer sa taxe à 75 % sur les salaires annuels de plus de 1 million d’euros est d’autant plus mal vécue par les dirigeants. Le PDG de France Télécom, Stéphane Richard, se dit déjà prêt à passer sa rémunération sous le seuil fatidique si le projet voit le jour, comme le rapporte les Echos. « Dans le contexte actuel de concurrence exacerbée dans les télécoms, je ne veux pas que la charge que représente mon salaire pour l’entreprise soit alourdie par la taxe. Cela fait aussi partie de mon pacte avec les salariés »,explique-t-il.
Autre risque ? Les entreprises risquent de répartir les rémunérations dans plusieurs pays pour échapper à cette nouvelle taxation.

Un retour vers le calme ?

Aujourd’hui l’exécutif semble, avec du retard, avoir pris conscience de la situation critique qui s’est installé entre le pouvoir et le monde patronal. Afin d’y remédier, la semaine dernière, le Premier ministre a lancé, via Les Echos, quelques signaux positifs aux chefs d’entreprises.

François Hollande, quant à lui, a prévu d’adresser très prochainement « des messages forts de confiance aux patrons », notamment lors de la conclusion des Assises de l’entrepreneuriat, prévue fin avril. Mais cela suffira-t-il ?

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