Remi Saby

Rémi Saby

Cofondateur de Mister-Auto.com

Interview de Rémi Saby, cofondateur de l’entreprise Mister-Auto.com, site spécialisé dans la vente de pièces détachées pour automobiles qui a été récemment racheté par Peugeot PSA.

Quel étudiant étiez-vous ?

Je ne suis pas passé par les études supérieures, car cela n’était pas ma motivation première. Je me suis plutôt consacré à mon sport, le waterpolo, jusqu’à 25 ans environ. Je jouais en Nationale 2 et cela me passionnait plus que tout, au grand désespoir de mes parents d’ailleurs ! J’ai néanmoins essayé de passer un BTS action commerciale, que je n’ai malheureusement pas obtenu, puis j’ai été embauché en tant que commercial chez ESIA, une filiale de la Cogema, société qui œuvrait dans le domaine de l’automatisation de la fabrication des bouteilles en verre.

Comment s’est structuré le début de votre parcours professionnel ?

J’ai eu très vite envie de créer ma boîte mais je devais apprendre le B.a.-Ba avant de me lancer. Au sein d’ESIA, je me suis d’abord occupé de l’Amérique du Sud, de l’Europe du Sud et des pays Arabes. J’ai ensuite travaillé pendant 8 ou 9 ans pour l’entreprise italienne GIESSE GROUP qui produisait des accessoires pour portes et châssis en aluminium, puis j’ai décidé en 2003 de racheter ASM, une entreprise qui distribuait des pièces automobiles et qui réalisait à l’époque 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. 

Est-ce le début de l’aventure Mister-Auto ?

Pas tout à fait. En réalité, l’entreprise que j’avais rachetée distribuait des produits qui pouvaient être taxés de contrefaçon. J’ai dû arrêter la distribution et je me suis bêtement retrouvé avec une entreprise qui ne fonctionnait plus… J’ai cherché comment faire pour la transformer et je me suis demandé si on ne pouvait pas distribuer des pièces détachées directement au particulier sans passer par le réseau de distributeur, ce qui aurait pour conséquence d’augmenter nos marges. Pour y parvenir, je me suis dit que l’on devait passer par la vente sur internet. C’est de ce constat qu’est né Mister-Auto. Nous avons réalisé une étude de marché en 2007 et lancé le site le 1er janvier 2008. Pour l’anecdote, aujourd’hui, l’entreprise ASM existe encore, elle agit en tant que fournisseur pour Mister-Auto, en stockant les pièces détachées. 

Aviez-vous un associé au lancement ?

Oui. Un Lyonnais, Christophe Calice, spécialiste d’internet, qui a lancé la boîte à mes côtés. Mais nous nous sommes séparés en 2010, au moment de notre première levée de fonds. Nous avions deux visions stratégiques différentes. Il pensait qu’il valait mieux développer la France avant de se lancer à l’international, alors que j’étais persuadé du contraire. Au vu de ce désaccord, Christophe a accepté que la première augmentation de capital coïncide avec le rachat de ses parts. 

Comment vous êtes-vous financé ?

Christophe avait un peu de fonds disponibles, ce qui a permis de mettre une équipe sur le projet au démarrage. Dans ce genre de business, nous sommes en BFR négatif, c’est-à-dire que nous encaissons d’abord l’argent des commandes, puis nous payons nos fournisseurs 45 ou 60 jours plus tard. Jusqu’en 2010, notre développement a été financé en majeure partie ainsi. Nous avons ensuite réalisé une première levée de 6 millions avec CM-CIC Capital Privé, ce qui nous a permis d’ouvrir 15 pays en 2011. Puis, nous avons réalisé une seconde petite opération financière d’1 million d’euros en 2012. Deux ans plus tard, Iris Capital et Bpifrance ont investi 10 millions d’euros. 

En 2011, vous passez le cap des 50 salariés et vous développez la société à l’international. Aviez-vous anticipé une telle croissance ?

Pas du tout ! Le site a décollé tellement vite que je n’ai rien vu venir ! La première année, nous avons réalisé 2,5 millions de chiffre d’affaires. La 2e année, ce chiffre est monté à 9 et nous l’avons doublé pour atteindre 18 millions la troisième année… C’est en observant cette croissance que j’ai été convaincu que se développer à l’international était essentiel. Cela ne faisait pas vraiment partie de nos plans initiaux. Cette stratégie a véritablement été planifiée au cours de l’année 2010 et s’est traduite de manière opérationnelle en 2011. Globalement, nous avons avancé pas à pas. Il demeure beaucoup plus facile de gérer la croissance que la perte ! En vivant un développement comme le nôtre, nous estimions avoir le droit de nous tromper, ce qui reste très appréciable dans le business. Nous avions du cash et donc la liberté de prendre des décisions et de se développer comme nous le souhaitions. 

Vous avez été racheté par Peugeot en mars 2015. Cela a-t-il modifié vos ambitions de développement ?

Clairement. Ce rachat va nous permettre un développement à l’international encore plus rapide, puisque nous allons bénéficier de l’ensemble des bases logistiques de Peugeot en Europe et dans le monde, ainsi que de moyens bien supérieurs à ceux que nous avions jusqu’à présent ! L’entreprise devrait dépasser les 150 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année et nous avons pour ambition d’atteindre au minimum les 400 millions en 2016. 

Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ? 

La conciliation n’existe pas. Lorsque l’on crée une société en partant de zéro, sa vie, c’est la start-up. En tous cas, votre entreprise demeurera la priorité sur une période de temps, qui peut varier en fonction du succès de votre projet. Logiquement, cela ne doit pas vous coûter, car vous êtes porté par un projet, une envie, une ambition ! Pour ma part, cela s’est déroulé de la manière suivante : j’ai d’abord travaillé 24h/24, 7 jours sur 7. Puis la vie a repris un cours quasiment normal au bout de 18 mois environ. Mais il ne faut pas se leurrer, la vie reste très différente si l’on est salarié ou chef d’entreprise. On ne peut pas imaginer avoir des heures de bureau lorsque l’on crée sa boîte.

Quelles sont vos perspectives pour les prochaines années ?

Je souhaite développer le nom « Mister-Auto » à travers l’Europe et dans le monde entier pour atteindre nos objectifs de chiffre d’affaires. Nous allons essayer de profiter pleinement de la logistique et des connaissances du groupe Peugeot pour les adapter à notre activité. à titre personnel, je m’attache à ce que les collaborateurs de l’entreprise possèdent toujours le même dynamisme et la même envie de venir travailler. Quand j’en aurai terminé avec Mister-Auto, je ne pense pas créer à nouveau une entreprise dans le web, cela ne me motive pas spécialement. J’essaierai sans doute de partager mon expérience, même si dans le domaine de l’internet, les choses changent trop rapidement pour rester constamment à la page. 

4 Conseils de Rémi Saby

  • Il faut travailler ! Sans travail, rien n’est possible, pas même la chance ! 
  • Ne pas se poser trop de questions en amont. Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un projet ficelé à 100 % avant de se lancer. De toutes les façons, il existe une part d’inconnu dans la création d’entreprise. Je ne suis pas convaincu par les personnes qui planifient tout. On ne peut pas tout imaginer, ni connaître tous les marchés… à force de vouloir tout mesurer, tout calculer ou tout prévoir, vous allez rester sur le bord de la route. 
  • Aller vite lors du lancement. Il ne faut pas essayer de faire les choses trop lentement. Il ne faut pas forcément trouver la meilleure solution avant de se lancer, ni attendre d’avoir les meilleurs prix. Il faut accepter la prise de risque et prendre l’entrepreneuriat comme une aventure, dans le sens où tout n’est pas balisé. 
  • Rester rationnel. Il faut rester lucide sur son business et la manière dont vous avez envie de le mener. Demeurer rationnel implique de savoir placer le curseur entre l’envie et la réalité. Balisez les points que vous désirez atteindre afin de savoir si vous allez dans la bonne direction. Corrigez le tir si vous pensez que vous déviez du chemin initial. Cela implique parfois de changer de business model, il faut l’accepter.