La vision de Seventure Partners et d’Isabelle de Crémoux

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     20/05/14    
seventure

Nommé récemment comme Président du directoire du fonds d’investissement Seventure Partners à 44 ans, Isabelle de Crémoux se confie sur son parcours et le financement en France.

Un parcours international

Aboutissement d’une carrière impressionnante et déjà bien remplie, Isabelle de Crémoux est le nouveau président de Seventure Partners, un des plus importants acteurs du financement en Europe. Née dans une famille d’entrepreneurs, c’est maintenant la dirigeante qui donne ses conseils aux créateurs d’entreprise.

A sortie de l’Ecole Centrale Paris, Isabelle se tourne vers de l’audit financier chez Arthur Andersen aux Etats-Unis. La jeune femme rejoint ensuite l’industrie pharmaceutique en gagnant les rangs de Pfizer France et Europe. Elle ne quittera plus le monde des « sciences de la vie », et passera 10 ans à « vendre des molécules et des entreprises », notamment chez les Laboratoires Fournier/Abott en tant que directeur adjoint du business development.

Isabelle est finalement appelée chez Seventure en 2001 pour y ouvrir le département Sciences de la vie. Sa mission est de créer une équipe, constituer un portefeuille d’entreprise et développer le groupe. Il faut croire que ces travaux sont menés à bien puisqu’en octobre 2011, elle se voit confier la direction générale de l’ensemble, dont le secteur numérique.

Isabelle de Crémoux confesse ne pas bien connaitre le monde des fonds d’investissement avant l’aventure avec Seventure Partners. Issue d’une famille entrepreneuse, fondatrice de La Roche Posay, la jeune dirigeante a cependant toujours été charmée par l’entrepreneuriat, et attirée par le challenge. Aujourd’hui, Isabelle travaille chez Seventure depuis 13 ans, et les difficultés quotidiennes sont nombreuses. « Les journées n’ont que 24h et l’on aimerait bien qu’elles durent le double ! »

Seventure et le financement en France

Quel est le travail d’un directeur de fonds d’investissement? La vie d’un fonds d’investissements, c’est à la fois de lever des fonds, donc de trouver des clients, et les convaincre qu’ils ont raison d’investir ; et en même temps d’être constamment à l’affut des bonnes opportunités pour dénicher des pépites et entrer dans leur capital. C’est donc un métier à multiples facettes, qui est extrêmement prenant.

Vers quels projets se tourne votre groupe ?
Nous avons deux domaines sectoriels d’intérêts : l’économie du numérique, et les sciences de la vie. Ce qui fait deux équipes qui cherchent les start-up et PME dans ces domaines. Dans l’économie du numérique, on investit en France et en Allemagne, avec des entreprises dans le secteur du web, du software ou du hardware. Pour les sciences de la vie, nous avons des équipes basées à Genève, Bâle, Paris et Londres, mais « chassons » dans toute l’Europe ! Ce qui regroupe les domaines des bio-tech (médicaments), des méd-tech (implants chirurgicaux, imagerie médicale), et la nutrition ou la flore intestinale.

Quand intervenez-vous ?
Etant donné qu’on est déjà spécialisé sectoriellement, on intervient de l’amorçage jusqu’au petit capital développement, de O jusqu’à 50 millions de CA. C’est donc très large comme stade de maturité.

Vous retenez une réussite en particulier ? D’ailleurs, comment se répartit votre action en Europe ?
Il est impossible de n’en citer qu’une seule ! Et puis, les critères de sélection ne sont pas les mêmes. Mais je retiens tout de même Tradoria et Retailo en Allemagne, et de belles réussites en France, telles que OPI, BiancaMed et Vistaprint pour le secteur digital. Quant à la répartition, Seventure est historiquement né en France, donc nous faisons près de 20% Outre-Rhin, et le reste ici. Pour les sciences de la vie, nous faisons environ la moitié des deals en France, et l’autre à l’étranger.

Vous êtes là depuis 2001. L’éclosion du web a-t-elle multiplié le nombre de demandes pour le secteur numérique ?
Oui ! En numérique, on reçoit entre 1200 et 1300 dossiers par an. Nous sommes très sélectifs, et en retenons entre 10 et 15.

Comment la sélection se passe t’elle ?
Pour le premier tri rapide, il y a des critères de base à respecter, comme ne pas avoir de portefeuille de société concurrente. On ne veut pas non plus des filiales de grands groupes mais des sociétés indépendantes, et surtout innovantes ! Nous investissons dans l’innovation avant tout. Après, on élimine 30% des dossiers restants à la lecture du business plan sur d’autres critères : si le niveau d’innovation ou de marché est assez important, si la société apporte suffisamment au marché, ou si elle n’arrive pas trop tard, etc. Nous recevons les 70% restants en rendez-vous, et en éliminons la moitié sur des critères liés, cette fois, à l’équipe et aux capacités d'exécution.

Y’a-t-il une équipe parfaite pour monter une société ?
Dans ce métier, on apprend que le projet parfait n’existe pas. Notre travail est plutôt de mesurer l’écart entre le projet que l’on voit et le projet parfait. A nous de prendre ensuite le risque, et de compléter l’équipe. L’idéal reste une équipe dirigeante pas trop nombreuse, qui dispose des compétences techniques, managériales, stratégiques, avec des qualités de « deal-maker ».

Les clichés sur la frilosité des banques et des investisseurs dans notre pays… Quelle est votre position ? 
Il y a un paradoxe. Les entrepreneurs trouvent qu’il n’y a pas assez d’investisseurs et qu’ils ne prennent pas assez de risques ; et si vous écoutez les investisseurs, ils vous diront qu’ils ont de l’argent mais ne trouvent pas assez de start-up et PME assez séduisants pour les financer ! Alors il y a forcément un problème de communication ! Je pense qu’il y a de l’argent, mais je conviens d’une certaine frilosité –conjoncturelle du moins- liée à l’incertitude économique mondiale. Par contre, je trouve que les belles histoires se font toujours financer.

Seventure Partners existe depuis 1997. Le monde de l’investissement a beaucoup changé en 17 ans ?
Oui, pour plein de raisons. C’est un monde qui s’est beaucoup professionnalisé. Les équipes d’investissement ont gagné en niveau d’expérience, en courbe de compétences. Les fonds sont plus gros et les équipes moins nombreuses. Avec internet, on a vu beaucoup de petites équipes d’investissement éclore, avec de petits fonds. Puis, il y a eu une concentration bénéfique. D’un autre côté, de nombreuses équipes françaises se sont aussi internationalisées, ce qui nous a fait quitter un système un peu trop « franco-français ». Quant à nous, nous avons réalisé notre 1er deal à l’étranger en 2005, et installé notre 1er bureau hors de l’hexagone en 2008.

Les erreurs récurrentes pendant un pitch et vos conseils ?
Très souvent, l’erreur est de croire que les investisseurs ont le dossier en tête, et de faire une présentation trop précise, trop technique, sans rappeler les enjeux. Les entrepreneurs français ont aussi –et c’est un cliché vrai- le défaut de sous-estimer. Ils parlent parfois plus des défauts que des qualités… Ayez confiance en vous et en votre projet ! Mais relativisons : une des grandes qualités des français est qu’ils sont agréables, dynamiques et drôles ! On est tout de suite beaucoup plus attentif. Un dernier conseil : absolument respecter le timing !

Votre plus grande fierté professionnelle ?
C’est notre joli parcours de croissance. A notre échelle, on a eu une trajectoire de start-up. On a levé progressivement des fonds, on s’est progressivement internationalisé, jusqu’à la consécration en 2013 avec l’arrivée de grands groupes industriels. Seventure est un peu lui aussi une success story !

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