Des supermarchés sans caisses, la nouvelle donne ?

L'équipe Dynamique Entrepreneuriale     15/04/19    
supermarches sans caisses nouvelle donne

Des communiqués incessants nous préparent à l’implantation des supermarchés sans caisses. La réalité présentée consisterait à en finir avec les files d'attente aux caisses des supermarchés. Des mouvements se dressent contre cette mise en place. Que peut-on en penser ?

Les supermarchés sans caisses seront-ils les magasins de demain ? En tout cas les projets se multiplient, aux Etats-Unis, au Japon comme en France. Derrière les géants d’internet comme Amazon, les acteurs traditionnels de la grande distribution n’ont pas dit leur dernier mot.

Comment en finir avec les files d'attente aux caisses des supermarchés, alors que selon un sondage OpinionWay, 40 % des Français trouvent le temps d'attente en caisse «trop long» dans les supermarchés, et 24 % vont jusqu'à renoncer à acheter pour cette raison ? Peut-être avec des magasins… sans caisses.

Déployé depuis 2017 en Chine, Auchan Minute fait ses premiers pas opérationnels en France depuis quelques jours à Villeneuve d’Ascq (Nord) où il a été installé sur le parking du siège d’Auchan Retail France. Mis à disposition des collaborateurs du site uniquement, ce magasin/container d’une vingtaine de m² "propose une offre alimentaire courte pour des courses d'appoints, le paiement s'effectuant avec les  badges entreprise" nous indique Auchan. "L’idée est de servir de laboratoire d’innovations permettant de renforcer la connaissance clients, de tester de nouveautés produits, d’expérimenter des nouveautés en matière de merchandising, d’information dynamique"précise le distributeur, qui ne manque pas d’ajouter qu’ "aucun développement sur la voie publique n'est prévu en France", pour couper court à toute polémique sur l'emploi. Mis au point et déployé en Chine depuis 2017 (ou l’on en recense plusieurs centaines à ce jour), Auchan Minute fonctionne là-bas via la très populaire application WeChat. Elle sert à s’identifier pour déverrouiller la porte d’accès et effectuer le paiement (après avoir scanné les produits sur la caisse).

Le concept est arrivé à maturité avec le géant Amazon qui a ouvert sa supérette Amazon Go l'an dernier après deux ans de tests avec ses propres employés (Avec ce nouveau type de magasins, le géant du net entend bien révolutionner les courses alimentaires comme il a révolutionné le marché du livre à ses débuts, puis l'ensemble du commerce en ligne en suivant. Les ambitions d'Amazon dans la distribution alimentaire – la société a récemment racheté Whole Foods Market, une chaîne de supermarchés «bio», pour 13,7 milliards de dollars – ont de quoi inquiéter les concurrents numériques d'Amazon comme Google (qui multiplie les partenariats avec des chaînes) et bien sûr les acteurs traditionnels de la grande distribution.

En France, Carrefour doit tester auprès de ses employés du siège de Massy (Essonne) sa première supérette automatisée, sans caisses ni caissiers, qui fonctionnerait grâce à des caméras équipées d'un système de reconnaissance faciale mis au point par le géant chinois Tencent. Carrefour doit aussi expérimenter à Bruxelles une supérette entièrement automatisée : pas de rayons mais des écrans pour sélectionner ses produits dont la préparation sera robotisée. Ce magasin high-tech disposera aussi de casiers de retrait pour les commandes passées en ligne.

Le groupe Casino s'est lui aussi lancé dans des boutiques sans caisse. Pour l'heure, le groupe en est à la réflexion expérimentale avec son espace «Le 4», dans le quartier des Champs-Elysées.

Quand la grande distribution s'allie aux géants du web

Après l'annonce d'une alliance entre Monoprix et Amazon, Carrefour s'est allié en juin dernier avec un autre géant d'internet : Google. Le partenariat stratégique s'articule autour de trois piliers : le déploiement de l'offre Carrefour sur une nouvelle interface du site de Google Shopping et sur l'Assistant Google en France, la création d'un Lab Carrefour-Google et l'accélération de la digitalisation du groupe Carrefour.

Carrefour et Google veulent ainsi proposer une nouvelle expérience d'achat aux clients du roi des hypermarchés en France. «Les utilisateurs français pourront effectuer leurs courses – dont les achats alimentaires – que ce soit via l'enceinte connectée Google Home, ou via l'Assistant Google depuis leur téléphone portable, ou enfin sur le web via la nouvelle interface du site Google Shopping en France, et ainsi se faire livrer à domicile ou récupérer les marchandises en magasin», explique Carrefour. Dicter ses courses sera donc une nouvelle façon de consommer.

Auchan allié à Alibaba en Chine

Carrefour s'engage donc dans les commandes vocales de la même manière que le géant américain Wallmart, qui donne souvent le «la» en matière d'innovations dans la grande distribution. Auchan s'est également allié avec un géant du numérique. Sun Art, co-entreprise détenue par Auchan Retail et Ruentex s'est, en effet, alliée avec Alibaba, l'Amazon chinois. Cette alliance entre les trois acteurs doit participer à la construction «du commerce phygital alimentaire en Chine», et «permettre à l'ensemble des activités de Sun Art de bénéficier de l'écosystème digital d'Alibaba» selon le communiqué commun publié lors de l'annonce de l'opération en novembre dernier.

Monoprix en partenariat avec Amazon

Le groupe Monoprix a scellé de son côté une alliance de ses magasins Monoprix avec Amazon. Certains des produits de l'enseigne française (Monoprix Gourmet ou Monoprix Bio) doivent être commercialisés sur la plateforme du géant américain et proposés à ses clients Amazon Prime Now, qui comprend une livraison en moins de deux heures à Paris et proche banlieue. Aux Etats-Unis, Amazon Prime Now peut d'ailleurs fonctionner avec Alexa, l'assistant vocal d'Amazon qui est présent dans les enceintes Echo commercialisées depuis juin dernier en France.

Amazon Go, supérette sans caisses

C'est un peu la fiction qui rejoint la réalité : des supérettes sans caisses ni caissiers. Et il fallait bien la capacité d'innovation et l'aisance financière d'un géant du web comme Amazon pour se lancer dans une telle aventure qui pourrait bouleverser la grande distribution, en premier lieu en supprimant des milliers d'emplois. La société de Jeff Bezos avait annoncé son concept d'Amazon Go le 5 décembre 2016 en inaugurant un magasin de 167 mètres carrés au rez-de-chaussée du nouveau siège d'Amazon à Seattle, dans l'Etat de Washington. Initialement réservé aux employés de la société, ce magasin a été ouvert, avec un an de retard, au grand public, le 22 janvier 2018. Comment fonctionne cette supérette ? Tout d'horizon.

Un simple QR code pour entrer dans le magasin

Pour entrer dans le magasin, le client doit ouvrir son application Amazon Go sur son smartphone. Cette application est reliée à son compte Amazon. Le client doit sélectionner alors un moyen de paiement. L'application génère un QR Code qu'il suffit de scanner sur l'un des portiques à l'entrée du magasin (comme on le fait aux portiques des aéroports).

Une fois à l'intérieur du magasin, qui peut accueillir au maximum 90 personnes simultanément, le client remplit son panier avec les produits qu'il désire. Il est surveillé en permanence par une batterie de capteurs et une centaine de caméras qui observent tout ce qu'il fait. Le système est capable de faire la différence entre deux clients devant une même étagère, le premier mettant un yaourt dans son panier quand l'autre ne fait que regarder le rayon. Mieux, le système est capable de détecter quand un client choisit un produit et le remet en rayon… Amazon a pensé à tout : lors d'achats avec plusieurs membres de sa famille, chacun peut se connecter au compte principal sur un autre téléphone.

La capacité d'analyse du parcours client est une mine d'informations pour Amazon qui peut ainsi connaître quels sont les produits achetés durant certains créneaux horaires, de savoir quand commander de nouvelles marchandises, quand les remettre en rayon, et par exemple comment les présenter pour déclencher un acte d'achat, etc.

On sait peu de choses sur les technologies déployées par Amazon, réunies sous l'intitulé «Just Walk Out» et qui n'utiliseraient ni la reconnaissance faciale, ni le suivi téléphonique. La société explique qu'il s'agit des mêmes technologies utilisées dans les voitures autonomes : vision par ordinateur, fusion de capteurs et apprentissage en profondeur (deep learning).

Les clients peuvent faire leurs courses sans croiser de présence humaine. Car dans le premier magasin Amazon Go, il n'y avait que deux vendeurs : l'un au rayon bières et vins pour vérifier la majorité légale des clients, et l'autre à l'entrée du magasin pour accueillir les clients.

Une fois les produits achetés, le client peut quitter le magasin en scannant à nouveau le QR code sur l'un des portiques. L'ensemble de son panier lui sera facturé sur son compte Amazon. Il peut également vérifier son ticket de caisse et le corriger le cas échéant.

Durant la période de test avec les employés d'Amazon, le concept a toutefois connu quelques déboires. Le système de caméras a notamment eu du mal à distinguer les personnes de même corpulence. Les enfants amenés dans le magasin provoquaient des difficultés en déplaçant les produits aux mauvais endroits. Pas de quoi doucher les ambitions de Jeff Bezos, qui a depuis ouvert d'autres magasins de ce type, notamment à New York. Et qui, surtout, a fait des émules chez ses concurrents de la grande distribution traditionnelle.

BIENTÔT LA FIN DES CAISSES DANS LES MAGASINS ?

Les solutions technologiques se multiplient pour supprimer le passage en caisse : achats via des caméras, applications sur smartphone pour scanner les produits, paiement par reconnaissance faciale. Mais si les caissières disparaissent, quid alors des relations humaines ?

Finies les caisses, Amazon propose l'ouverture de 3 000 enseignes Amazon Go d’ici 2021 outre-Atlantique

Et si les attentes interminables pour passer en caisse c'était du passé ? Avec les nouvelles technologies de plus en plus présentes dans les magasins, les chaînes de supermarchés envisagent de dire adieu aux caissières. Une bonne nouvelle pour les impatients, toujours pressés. Une chose est sûre : le changement est en marche. Les géants de la grande distribution testent depuis quelques mois déjà de nouvelles options.

Premier exemple et il est emblématique : Amazon propose l'ouverture de 3 000 enseignes Amazon Go d’ici 2021 outre-Atlantique, où tout est automatisé. Le client se retrouve alors dans un magasin façon film de science fiction. Il suffit de s'identifier à l’entrée avec son smartphone, puis ce sont des caméras qui enregistrent vos courses choisies dans les rayons. Enfin, pas d'attente puisque tout est débité automatiquement au moment de la sortie.

En Chine, le paiement par reconnaissance faciale est testé

Et les autres n'ont pas perdu de temps pour suivre l'exemple du géant américain. En France, le groupe Casino a ainsi ouvert à Paris "Le 4", un magasin ouvert 24h/24h. Là encore, le principe est simple : scanner les achats via l’application Casino Max, et validation le ticket de caisse en fin de parcours permet d'ouvrir les portiques de sortie, comme dans certains magasins Leclerc après les caisses automatiques.

Monoprix et Auchan ne sont pas en reste puisqu'il auraient également des projets identiques. Ailleurs dans le monde, certains vont déjà beaucoup plus loins dans la façon de régler la note. Ainsi, en Chine, Alibaba teste le paiement par reconnaissance faciale dans un restaurant KFC. Mai quid alors des relations humaines ?

Certains résistent aux technologiques et prônent le dialogue. Ainsi, en Ecosse et en Angleterre, Tesco, pour sa part, teste dans ses magasins le concept de slow lane (file lente). Au final, si de nombreuses critiques sont émises quant aux emplois supprimés ou la disparition d’interaction, « les limites humaines ne tiendront pas longtemps si le bénéfice consommateur est avéré », estime Philippe Moati, cofondateur de l’Observatoire société et consommation. 

Auchan lancera son premier magasin sans caisse ni employé en 2019

Auchan s'apprête à lancer Auchan Minute : un concept de magasin sans caisses ni personnel, calqué sur le modèle des enseignes Amazon Go aux États-Unis.Déjà bien présents en Chine, les magasins "phygitaux" (contraction de physique et digital) Auchan Minute devraient faire leur apparition en France dès le mois de mars 2019.Il s'agira dans un premier temps d'une période d'essai réservée - comble du cynisme - aux employés de l'entreprise.Un premier Auchan Minute ouvrira à Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord

D'ici le mois de mars 2019, les employés du groupe Auchan pourront ainsi se rendre dans le magasin Auchan Minute pour y faire leurs courses, raconte France 3 Hauts de France. Le concept est simple : une boutique alimentaire sans personnel ni caisses, où tous les achats doivent être scannés via une application sur smartphone, qui débitera alors automatiquement les consommateurs à la sortie.Un concept calqué sur celui des Amazon Go qui, forts de leur succès à Seattle aux États-Unis, pourraient fleurir sur tout le territoire américain d'ici quelques années.Destinés aux citadins, et ouverts 24h/24, ces enseignes d'un nouveau genre représentent ainsi une manne financière des plus importantes pour les entreprises qui misent sur le phygital. Mais les syndicats ne l'entendent guère de cette oreille.

Les syndicats sur le pied de guerre

"Les nouvelles technologies devraient être là pour aider l'humain, regrette Ludovic Vinchon, délégué central France Ouvrière chez Auchan France dans les colonnes de France 3. Les concepts totalement autonomes menacent fortement les emplois, déjà précaires, des caissiers". En jeu selon les délégations syndicales : l'existence pure et simple du métier d'hôte et d'hôtesse de caisse, menacée par une automatisation à outrance.Ce banc d'essai de la part de Auchan est pourtant d'autant plus dangereux pour l'emploi que s'il se révélait fructueux, c'est tout le secteur de la grande distribution qui viendrait à adopter le modèle du phygital.

Carrefour prévoit d’ouvrir en mars 2019 un magasin automatisé de 56 m² réservé à ses employés, au siège du groupe à Massy (Essonne). Le supermarché ne disposerait pas de caisse et fonctionnerait grâce à des caméras équipées d’un système de reconnaissance faciale, rapporte le site spécialisé Linéaires.

Le dispositif permettrait de détecter les clients et les articles choisis, selon une source syndicale. Grâce à une technologie développée par son partenaire Tencent, Carrefour a déjà testé en Chine un système de paiement par reconnaissance faciale.

Création d’une société

Le nouvel espace francilien devrait être géré par le géant du commerce comme une start-up. Une société a été créée avec un effectif total de quatre personnes. Le groupe Casino s’est lui aussi lancé dans un projet similaire qui en est encore au stade expérimental avec son espace « Le 4 », situé dans le quartier parisien des Champs-Elysées.

Amazon utilise aussi dispositif d’automatisation de ce type dans ses sept magasins connectés Amazon Go à San Francisco, Seattle et Chicago ( Etats-Unis), où sont principalement vendus des produits alimentaires. Le géant de l’e-commerce a prévu plusieurs autres ouvertures prochainement.

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