L’ADN de l’entrepreneur social

Carole Tawema     31/07/13    
entrepreneur social

Le temps de l’introspection est venu. En tant qu’entrepreneur vous n’êtes sans doute pas en vacances ou vous ne l’êtes qu’en apparence mais vos clients eux le sont encore pour quelques jours. Un créneau idéal pour analyser ce qui vous anime en tant qu’entrepreneur social et peut potentiellement vous permettre de faire la différence.

Votre histoire

Tout entrepreneur a une histoire passionnante à raconter. Celle des entrepreneurs sociaux est dans bien des cas digne d’intérêt car elle met en lumière la capacité d’entreprendre de tout un chacun. Quelle est la vôtre ? Pas celle de votre offre mais celle qui vous a mené à faire la transition d’une vie « normale », sécurisante, sans insomnies,à celle d’entrepreneur passionné par l’innovation sociale et le bien-être d’autrui mais défiguré… par des poches sous les yeux ?

Vous séchez ou estimez que cette histoire ne vaut pas qu’on s’y attarde ? Plongez-vous dans celle de Carl de Miranda (Greenweez) ou Cecile Galoselva (Etic) pour appréhender le mécanisme de transition vers une autre approche de l’entrepreneuriat. Vous pouvez également rejoindre le mouvement des entrepreneurs sociaux (MOUVES) ou toute autre organisation d’appui à l’Economie Sociale et Solidaire pour mesurer la spécificité de votre parcours et la valeur de ce que vous pourriez apporter aux nouvelles générations d’entrepreneurs, simplement en racontant votre histoire.

Votre histoire mettra en lumière un élément constitutif de votre ADN …

Votre éthique

Il est hasardeux d’attribuer à l’entrepreneur social une éthique particulière tant les profils et les domaines d’applications sont divers. L’objectif de bien-être social peut s’atteindre de différentes manières à partir de ressources et partenariats jamais exploités. C’est là toute la richesse de cette forme d‘entrepreneuriat.

Cependant l’altruisme et le sens des responsabilités peuvent être des valeurs communes aux entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire.

Compte tenu donc de votre éthique, ou placez-vous le curseur entre altruisme et sens des responsabilités ?

Cette question saugrenue à laquelle il peut être difficile de répondre, vous permettra d’identifier votre capacité à surmonter les nombreux obstacles auxquels vous serez confrontés en tant qu’entrepreneur social : l’accès au financement, l’équilibre entre l’activité marchande et l’impact social et environnemental visé, l’adéquation des valeurs entre le secteur privé et le secteur public…

Tandis que l’altruisme est inné, le sens des responsabilités s’acquiert grâce à une aptitude qui vous permettra de préserver, quels que soient les obstacles, l’intérêt des bénéficiaires de votre offre….

Votre sens de l’agilité

Comme le soulignait Catherine Fieschi , directrice du Think Tank Demos le 30 mai dernier lors d’une conférence sur les partenariats public privé organisé par le MOUVES, garder le bénéficiaire de la solution sociale au cœur de la définition de la solution, est l’une des conditions du succès d’un projet à impact social. En effet l’articulation de vos propositions avec celles des pouvoirs publics, des partenaires privés et vos clients pour l’atteinte d’un impact social accroît de fait les risques de dérives au détriment des bénéficiaires.  Ex : Le système de compensation carbone REDD+…une solution innovante qui mène cependant à l’expropriation de populations de leurs terres pour permettre à des multinationales de planter des arbres et afficher un bilan RSE positif…

Comment s’en prémunir ? Voici une piste puisée dans le secteur des Technologies de l’information et la communication, à priori imperméable aux problématiques sociales : la culture agile.

Certes l’entrepreneur social est un entrepreneur avant tout. Pourtant il se distingue de l’entrepreneur de l’économie conventionnelle non seulement par sa capacité à faire émerger des solutions inédites « from scratch », souples et structurées mais aussi par sa propension à les améliorer sans cesse pour et surtout avec les bénéficiaires, partenaires ou clients …conformément à la méthode agile issue du monde du développement informatique.

La corrélation entre paradigme agile et méthodologie d’innovation sociale peut paraître étonnante pourtant les valeurs portées par ces deux domaines d’expertise sont communes : l’équipe, la solution souple, parfaitement construite, évolutive par itération sur cycles courts, la collaboration, l’acceptation du changement et la capacité à s’y adapter rapidement.

Si la solution ou l’offre que vous proposez répond à un besoin social et se construit au fil du temps avec le bénéficiaire, si vous êtes à même d’apporter des aménagements à votre solution sociale innovante sans contraintes ou évolutions majeures pour les bénéficiaires , alors vous appliquez la méthodologie agile et êtes doté de cette qualité…tout comme les acteurs des NTIC rompus à cet exercice. Rien d’étonnant donc à ce qu’une part importante des innovations sociales soient portées par des entrepreneurs issus de ce secteur ou utilisateurs de solutions web. Quelques initiatives notables :

Makesense : le réseau international d’appui aux entrepreneurs sociaux par le challenge d’idées et de compétences http://beta.makesense.org/

Vous doutez de l’atout des TIC dans le développement de votre projet ? Reconsidérez cette position d’urgence. L’intégration des valeurs de la culture agile, développée dans ce secteur, pourrait bien vous apporter de nouvelles sources d’innovation sociale et préserver, à chaque étape, les bénéficiaires de votre solution sociale de dérives financières ou politiques.

La méthode agile appliquée à la gestion de projet web en image : http://www.youtube.com/watch?v=LqFiCCsknIs